Le marché du bois d’oeuvre vers la stabilité

Louis Tremblay
Louis Tremblay
Le Quotidien
Les prix du bois d’œuvre ont atteint des records historiques au cours des trois derniers mois avec des ventes pouvant atteindre les 1000 US$ le 1000 pieds mesure de planche (PMP) pour les marchés des Grands Lacs et de Boston alors que certains éléments conjoncturels pointent à l’horizon pour ramener le marché à une situation plus stable.

Les mêmes produits ont atteint des prix de l’ordre de 1200 $ CAN pour les marchés de proximité au Canada.

«Ce sont des prix qui compensent pour l’année 2019 qui a été très difficile avec des prix de l’ordre de 360 US$ le 1000 PMP pour les mêmes marchés avec en prime les taxes à l’exportation aux États-Unis. Les scieurs profitent de cette montée, mais plusieurs d’entre eux préféreraient un marché plus stable et moins sensible aux crises comme nous le connaissons depuis le début de la pandémie», explique Michel Vincent, économiste au Conseil de l’industrie forestière du Québec (CIFQ).

La fluctuation des prix dans deux produits bien spécifiques illustre à elle seule le phénomène qui s’est produit depuis le début de la pandémie et des grandes mesures de confinement en Amérique du Nord. Il s’agit des prix pour le 2x4x8 pieds et du 2x4x9 pieds. Ce sont des produits qui permettent de mesurer la fluctuation de l’industrie de la construction en général.

Normalement, explique Michel Vincent, le 2x4x9 pieds se vend plus cher que le 2x4x8 pour chaque 1000 PMP. Le prix du 2x4x9 pieds qui entre aujourd’hui dans la construction des nouvelles résidences avec des plafonds plus hauts a affiché un prix plus stable alors que le 2x4x8 pieds qui constitue l’indicateur du marché de la rénovation s’est mis à monter. Vers le mois de juin, la courbe du 2x4x8 a croisé celle du 9 pieds et au sommet, le prix du 2X4X8 pieds se vendait entre 40 met 50 US$ plus cher le 1000 PMP que le 2x4x9 pieds.

«Il y a eu un phénomène important avec la mise au chômage de centaines de milliers de travailleurs de la construction aux États-Unis. Les gens ont donc profité de l’abondance de travailleurs, qui souvent sont un beau-frère ou un cousin, pour entreprendre des travaux de rénovation. Quand le phénomène se produit dans l’ensemble de l’Amérique du Nord, ça fait une pression sur la demande.»

La même fluctuation a été constatée dans le panneau de copeaux (OSB), dont le prix est passé de 200 US$ le 1000 pieds carrés à 600 $», reprend Michel Vincent. L’économiste du CIFQ ajoute que des augmentations ont également été constatées dans d’autres matériaux qui peuvent se substituer au bois comme l’acier ou même le plastique. Selon les statistiques consultées par Le Quotidien, l’augmentation du prix du bois peut causer une hausse du prix de construction d’une résidence moyenne de l’ordre de plus ou moins 5000 $.

Une vague d’achat

La demande n’explique pas à elle seule la hausse des prix. L’économiste du CIFQ explique qu’au cours des dernières semaines, il y a eu un phénomène d’achat de bois sur les marchés comparable à ce qui s’est produit avec le papier de toilette avant la pandémie. Il est toutefois difficile d’établir si cette vague d’achat a pu se concrétiser en raison de la rareté du bois d’oeuvre, d’autant plus que les scieurs au Québec ont des approvisionnements limités. Il n’est d’ailleurs pas simple de trouver des volumes importants de bois rond du jour au lendemain, dont la récolte n’a pas été planifiée d’avance.

Le dernier facteur à considérer dans la flambée des prix a été la fermeture dans l’Ouest canadien d’usines dotées de grandes capacités de transformation qui avaient été affectées au traitement du bois récolté dans le contexte de l’épidémie de dendroctone du pin. Cette épidémie a eu un impact à la baisse sur le prix du bois d’oeuvre aux États-Unis pendant quelques années.

L’économiste identifie deux freins à ce cycle historique pour le bois d’œuvre. La situation économique n’est pas à son meilleur aux États-Unis et rien ne permet de croire que cette situation s’améliorera à court terme. Le nombre de mises en chantier qui sert habituellement de guide pour la santé de l’industrie du bois d’oeuvre au Canada n’a pas connu de hausse significative. Le boom de la rénovation ne perdurera pas dans le temps, même si l’économiste Michel Vincent rappelle qu’il est toujours impossible de trouver un morceau de bois traité dans une quincaillerie aux États-Unis en ce moment.

Un autre événement conjoncturel va influencer les prix à la baisse. Les pays producteurs de bois d’œuvre en Europe font aussi face à une épidémie d’insectes. Le prix du bois rond a chuté dramatiquement, selon Michel Vincent : «Ça ne coûte que 50 $ du 1000 PMP pour l’Allemagne et d’autres pays d’Europe d’exporter du bois aux États-Unis. Ils n’ont pas à payer de surtaxe puisqu’ils exportent pour moins de 5 % du marché américain.»

Finalement, les scieurs risquent de connaître d’autres difficultés puisque la pandémie a accéléré la chute de la demande du papier journal comme en témoigne la fermeture temporaire de deux usines au Québec (Amos et Baie-Comeau). D’autres usines ont fermé aux États-Unis. La fabrication de papier constitue un marché pour les copeaux produits dans les scieries qui représentent toujours un revenu pour les scieurs.