Patrick Gagnon est de passage dans la région pour le congrès Québec Mines 2017.

Le marchand d'or repenti

Il y a trois ans, presque jour pour jour, Patrick Gagnon, président de la compagnie Sofior, était arrêté à Ouagadougou pour contrebande d’or. Aujourd’hui, il revient sur son parcours en Afrique où il vit avec sa famille et exerce toujours le métier de marchand d’or.

Les premiers pas

L’histoire débute en 2011. M. Gagnon travaillait comme promoteur pour différents festivals, notamment le festival Saguenay Mords de rire. Il agissait également comme patron des Fêtes gourmandes de Laval, lorsqu’une «opportunité d’affaires» s’est présentée à lui. Le Québécois, originaire de l’Abitibi-Témiscamingue, choisit alors de tourner le dos à sa carrière et de plier bagage pour le continent africain.

À 30 ans, il débarque pour la première fois à Ouagadougou, au Burkina Faso. Une décision qui l’amènera quelques années plus tard derrière les barreaux.  

«J’avais été sollicité par des membres de l’ancien gouvernement du Burkina Faso pour les aider à organiser une Fête gourmande. Je n’avais pas de salaire, c’était de l’aide humanitaire», raconte l’homme d’affaires, de passage dans la région pour le congrès Québec Mines 2017. «Durant mon séjour, j’ai rencontré une dame qui avait des difficultés avec une transaction d’or. Puisque je parlais français et elle non, elle m’a demandé de lui donner un coup de main.»

Les deux individus se sont rencontrés au bar de l’hôtel Pacific où ils résidaient, se remémore l’entrepreneur, précisant qu’il ne possédait aucune connaissance à ce moment dans le domaine minier. La dame, Élaine Marquez, originaire du Brésil, avait acheté de l’or de contrefaçon. «C’est cela qui m’a permis de commencer dans le domaine. J’ai trouvé intéressante l’idée d’acheter et d’exporter de l’or».

La contrebande

De fil en aiguille, l’homme d’affaires prend du galon, se développe un réseau de contacts et démarre son entreprise (Sofior) en 2012. 

Au début de l’année 2013, il commence à exporter «légalement» de l’or, en payant ses taxes. Il exportait entre deux et cinq kilos aux deux semaines. Pour continuer de grossir, il avait toutefois besoin de nouveaux partenaires financiers. Ce qu’il a déniché du côté de la Suisse, des îles Caïmans et de la Belgique.

«J’ai perdu beaucoup de temps durant les six premiers mois, car lorsque tu es blanc, les gens t’approchent souvent pour te vendre de faux permis ou de l’or de contrefaçon», dit-il.

Les premiers transports de marchandises se sont réalisés par avion et par cargo, explique M. Gagnon, qui recevait une partie de l’argent lorsque la commande arrivait à bon port. «Jusqu’à présent, j’ai exporté environ 6000 kilos d’or, dont 60 % vers la Belgique», analyse-t-il. Au prix d’aujourd’hui, 6000 kilos représentent sur le marché une somme d’environ 315 millions $CAN.

À la fin de 2013, les deux à cinq kilos étaient devenus des 10 à 15 kilos et finalement, en 2014, 75 à 125 kilos quittaient le pays par semaine.

«J’ai ouvert plusieurs bureaux d’achat d’or [15] au Burkina Faso et en Côte d’Ivoire. [...] J’avais environ 300 employés et deux petits sites miniers», relate M. Gagnon, concédant que son commerce n’était pas légal aux yeux de la loi.

L’arrestation

Le 24 novembre 2014, l’empire du marchand d’or s’écroule, quelques jours après la chute de l’administration du président Blaise Compaoré, en poste depuis 27 ans. Le Québécois est arrêté à l’aéroport de Ouagadougou avec deux autres individus. Le trio est accusé d’avoir participé à la contrebande de 77,8 kg d’or. Ce qui représenterait aujourd’hui un montant de 3,5 millions $. Seulement 2 kg avaient été déclarés aux autorités.

«Lorsque j’ai commencé à être régulier dans mes voyages, j’ai été approché par les autorités locales, soit la police et les douanes. Ils m’ont montré une façon pour que je paie moins de taxes», avance-t-il. «Lorsque tu achètes de l’or en Afrique, les marges bénéficiaires sont très petites. Au Burkina Faso, les taxes d’exportation sont très élevées, environ 1100 $CAN du kilo d’or. Il y a beaucoup d’exportations illégales.»

Afin d’augmenter ses profits, l’entrepreneur offrait «aux douaniers, à la police et à la gendarmerie», environ «4500 $CAN» par exportation.

«Le modus operandi, c’était que tu déclares un ou deux kilos, mais que tu transportes toujours plus», dit-il. «J’avais comme profit brut environ 1000 $CAN par kilo. En 2014, j’ai fait près d’un million de dollars.»

Malgré le changement de gouvernement, M. Gagnon a choisi de poursuivre ses opérations. «J’ai décidé de continuer, mais cela n’a pas duré longtemps. Un employé nous a dénoncés.»

À ce moment, la société Sofior exportait de l’or en Belgique, aux îles Caïmans et à Dubaï.

La prison

Incapable de se tirer d’affaire, notamment en raison de l’arrivée du nouveau gouvernement, M. Gagnon prend la direction de la prison. Il est condamné à deux ans d’emprisonnement ferme. 

Il se souvient de sa première nuit à l’ombre. Une pièce d’environ 12 pieds par 12 avec 13 autres individus. «Tu ne pouvais pas dormir sur le dos. Les gens dormaient en cuillère.»

Le lendemain, il a été transféré dans une autre cellule avec d’autres détenus. Il estime que le fait de parler français l’a aidé à traverser cette période. 

Durant son séjour en prison, il a fait une grève de la faim pour protester contre son emprisonnement. Il est finalement sorti après avoir signé un accord avec la brigade antifraude du pays. 

«Ils voulaient garder l’or et qu’on débourse 2 millions $CAN. J’ai payé 220 000 $ et ils ont gardé l’or», explique-t-il. «C’était une entente légale. Je me suis dit que j’allais sortir d’ici proprement.»


Le modus operandi, c’était que tu déclares un ou deux kilos [d’or], mais que tu transportes toujours plus. J’avais comme profit brut environ 1000 $CAN par kilo. En 2014, j’ai fait près d’un million de dollars
Patrick Gagnon

Aujourd’hui

Malgré cette aventure, le père de trois enfants est toujours dans le domaine aurifère et brasse aussi des affaires dans le domaine de l’énergie solaire. Il possède des bureaux au Burkina Faso (Sofior) et en Côte d’Ivoire ainsi qu’une «petite mine» de production. Il regrette ses gestes et le tort que cela a causé à ses proches. 

«Je travaille aujourd’hui en Côte d’Ivoire avec ma société Siavor, car les lois en lien avec l’exportation de l’or sont plus raisonnables. On parle de taxes d’environ 125 $ par kilo, cela permet d’être plus compétitif avec les gens qui exportent illégalement», affirme celui qui expédie entre 15 et 18 kilos par cargo aux deux semaines.

Afin d’aider les entrepreneurs souhaitant mieux connaître le marché de l’or et ses risques en Afrique subsaharienne, M. Gagnon entamera prochainement une série de 75 conférences à travers le monde (Africa Gold Insider), la première étant au Château Frontenac, le 5 février 2018. Il sera notamment entouré d’un ancien ministre des Mines du Burkina (Dr Kader Cissé). Le prix du billet est de 895 $.