« (Le système du Parti progressiste-conservateur) est plus coûteux sur une base quotidienne, et il n’y a pas de garantie qu’il réduira effectivement les émissions de gaz à effet de serre », a soutenu la première ministre Kathleen Wynne.

Le doute plane en Ontario entre le système d’échanges ou la taxe sur le carbone

La première année de tarification du carbone en Ontario a généré près de 2 milliards $, mais l’incertitude plane sur l’avenir du programme alors que la province fait face à des élections en 2018 qui pourraient signifier le remplacement du système de plafonnement et d’échanges par une taxe sur le carbone.

Le système, lancé en 2017, vise à réduire les émissions de gaz à effet de serre en établissant des plafonds pour des entreprises dans certains secteurs. Si ces entreprises surpassent ces plafonds d’émissions polluantes, elles doivent acheter des crédits d’émissions lors d’encans ou auprès d’autres entreprises qui émettent des quantités inférieures au plafond.

Le plafond est abaissé d’environ quatre pour cent chaque année jusqu’en 2020, et au fil du déclin, le gouvernement espère que la motivation sera encore plus grande pour les entreprises afin qu’elles réduisent leurs émissions.

L’Ontario a généré 1,9 milliard $ cette année grâce à quatre encans de plafonnement et d’échanges, dont trois ont épuisé tous les crédits.

Certains craignent qu’une fois que l’Ontario aura joint le marché du carbone du Québec et de la Californie le 1er janvier, les recettes des encans soient moindres — à tout le moins à court terme — puisqu’il sera moins dispendieux pour les entreprises ontariennes d’acheter des crédits au Québec ou en Californie. Cela ferait aussi en sorte que les émissions de gaz à effet de serre ne seraient pas effectivement réduites en Ontario, selon la Commissaire à l’environnement de l’Ontario et la vérificatrice générale.

Néanmoins, le gouvernement libéral de l’Ontario a argué que les émissions de gaz à effet de serre sont rejetées dans l’atmosphère sans distinction entre une province ou l’autre, et qu’il importe peu de quel territoire elles émanent.

La question de l’usage des sommes générées par le programme a été au cœur du débat politique dans la province. Le gouvernement investit ces recettes dans des projets environnementaux tels que les améliorations de l’économie d’énergie dans les hôpitaux, les thermostats intelligents pour les propriétaires de logement et les voies cyclables, qui feront en sorte, espère-t-il, de réduire encore davantage les émissions de gaz à effet de serre.

Les critiques de l’opposition

Le Nouveau Parti démocratique (NPD) estime qu’il manque de transparence dans la gestion du fonds vert, et le Parti progressiste-conservateur y a vu un moyen pour le gouvernement d’aller chercher encore plus d’argent dans les poches des contribuables.

Le Parti progressiste-conservateur a promis, s’il remporte les élections en juin, de retirer la province du système de plafonnement et d’échanges pour plutôt implanter une taxe sur le carbone, avec une différence clé sur la manière de dépenser les revenus. Les conservateurs proposent d’utiliser les recettes pour financer une réduction de l’impôt sur le revenu, afin de compenser les impacts pour les contribuables.

Les libéraux font valoir que le système de plafonnement et d’échanges offre des garanties de réductions des émissions aux coûts les plus bas.

« (Le système du Parti progressiste-conservateur) est plus coûteux sur une base quotidienne, et il n’y a pas de garantie qu’il réduira effectivement les émissions de gaz à effet de serre », a soutenu récemment en entrevue la première ministre Kathleen Wynne.

Le prix du carbone dans les encans en Ontario en 2017 a été d’environ 18 $ la tonne. D’ici 2022, le gouvernement s’attend à ce qu’il grimpe à plus de 20 $, bien que certains prévisionnistes l’anticipent à un niveau supérieur.

Selon les termes de la taxe sur le carbone du gouvernement fédéral privilégiée par le Parti progressiste-conservateur — Ottawa a indiqué que les provinces devaient agir en choisissant entre un système de plafonnement et d’échanges et une taxe sur le carbone —, le prix serait de 50 $ la tonne d’ici 2022.

« Il s’agit de la loi fédérale. Je crois que nous devrions faire notre part pour combattre les changements climatiques, et je ne crois pas cela incompatible d’être un progressiste-conservateur et de se préoccuper de l’environnement », a dit en entrevue le chef du parti, Patrick Brown.