En échange d'une restructuration de la dette, les créanciers recevront une dette non garantie de 50 millions $US en plus de détenir 45 % du Cirque, ce qui fera fléchir les participations des actionnaires actuels.
En échange d'une restructuration de la dette, les créanciers recevront une dette non garantie de 50 millions $US en plus de détenir 45 % du Cirque, ce qui fera fléchir les participations des actionnaires actuels.

Le Cirque du Soleil se place à l'abri de ses créanciers

Privé de revenus depuis la mi-mars en raison de la pandémie de COVID-19, le Cirque du Soleil se place à l'abri de ses créanciers pour restructurer sa dette et relancer ses activités par l'entremise d'une convention d'achat conclue avec ses actionnaires actuels.

Annoncée lundi, la nouvelle se traduit par le licenciement de 3480 employés qui avaient été mis à pied à la mi-mars, lorsque l'entreprise de divertissement avait annulé ses 44 spectacles dans la foulée de la crise sanitaire.

«On sait, à cause de la proposition qui est sur la table, que le Cirque est sauvé, a expliqué son président et chef de la direction, Daniel Lamarre, au cours d'une entrevue téléphonique. Je suis assuré qu'au bout du processus, qui devrait culminer à la mi-septembre, j'aurai un propriétaire.»

Appuyés par le prêt de 200 millions $US offert par Investissement Québec, le fonds texan TPG Capital (60 %), la firme chinoise Fosun (20 %) et la Caisse de dépôt et placement du Québec (20 %) injecteront 100 millions $US supplémentaires en plus de mettre sur pied deux fonds totalisant 20 millions $US pour épauler les travailleurs du Cirque et payer les pigistes qui attendent toujours.

L’offre valorise l’entreprise à 420,25 millions $US, d’après un document déposé auprès des tribunaux. En date du 31 mars, les diverses créances de l’entreprise totalisent près de 1,6 milliard $US, peut-on constater, dont 60 millions $US en prêts non garantis à la Caisse et au Fonds de solidarité FTQ.

Dans un communiqué, les actionnaires ont déclaré que leur proposition jetait les bases de «solides fondations» sur lesquelles le Cirque «pourra s’appuyer pour commencer à rebâtir et à repositionner sa marque pour l’avenir».

Il y a toujours de «cinq à six groupes» intéressés à acquérir l'entreprise établie à Montréal, a précisé M. Lamarre, mais ceux-ci devront respecter au minimum les conditions de l'offre actuellement sur la table, qui prévoit notamment le maintien du siège social à Montréal.

«Tout le monde attendait que l'on se place à l'abri de nos créanciers», a expliqué le dirigeant du Cirque, qui estime toutefois que la compagnie n'a pas trop tardé avant de faire appel à la Loi sur les arrangements avec les créanciers des compagnies (LACC).

Dans le cadre du processus visant à trouver un investisseur ou un acquéreur, 34 ententes confidentialité ont été signées et six offres non contraignantes ont été déposées, peut-on lire dans le document transmis au tribunal.

Participation en baisse

En échange d'une restructuration de la dette, les créanciers recevront une dette non garantie de 50 millions $US en plus de détenir 45 % du Cirque, ce qui fera fléchir les participations des actionnaires actuels. TPG détiendrait ainsi 33 %, tandis que Fosun et la Caisse auraient chacun 11 %.

«Je suis très à l’aise avec le plan du Cirque, a commenté le ministre de l’Économie, Pierre Fitzgibbon, au cours d’une conférence de presse sur une autre annonce économique. Il n’y aura pas trop de dettes, on [relance] les spectacles progressivement. Je pense que le 200 millions $ du gouvernement est relativement [en sécurité]. C’est un très bon instrument financier.»

M. Fitzgibbon croit qu’il faudra de deux à trois ans au Cirque pour se relever. Il risque ainsi de s’écouler plusieurs années avant de voir TPG Capital et Fosun quitter le navire.

Avec 300 millions $US, l'entreprise sera en mesure de traverser la tempête actuelle jusqu'à ce qu'elle puisse recommencer à générer des revenus, probablement dès que ses spectacles permanents à Las Vegas et Orlando pourront reprendre.

«Ce que les gens ne réalisent pas, c'est qu'on parle de déconfinement et d'entreprises qui peuvent reprendre leurs activités, alors que ce n'est pas notre cas, a dit M. Lamarre. Tant et aussi longtemps qu'on ne pourra pas relancer nos spectacles, on ne pourra pas rappeler nos employés.»

La compagnie a retenu environ 15 % de son effectif, a expliqué son président, afin d’être prête pour la relance. M. Lamarre espère que des spectacles pourront reprendre vers la fin de l’année ou au début de 2021.

Pour la période de 12 mois terminée en septembre dernier, le Cirque aurait généré des revenus d'environ 950 millions $US, avait calculé l'agence de notation Moody's dans un rapport publié en mars dernier. Ses profits étaient estimés à 155 millions $US.

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LES MOMENTS MARQUANTS DU CIRQUE DU SOLEIL

1984: En vue des célébrations du 450e anniversaire de la venue de Jacques Cartier au Québec, le gouvernement du Québec embauche la troupe de Guy Laliberté et de Gilles Ste-Croix. Baptisée le Cirque du Soleil, la compagnie crée son premier spectacle: Le Grand Tour du Cirque du Soleil, présenté dans 11 communautés de la province.

1985: Pour la première fois de son histoire, le Cirque du Soleil se produit à Ottawa, Toronto et Niagara Falls. En 1987, Le Cirque réinventé, présenté en Californie, s’attire des critiques élogieuses.

1990: Présentation du spectacle Le Cirque réinventé à Londres, au Royaume-Uni, ainsi qu’à Paris, en France. Daniel Gauthier devient également président du Cirque du Soleil.

1994: Le Cirque du Soleil marque son 10e anniversaire avec Alegria, présenté à Montréal. Jusqu’en décembre 2013, le spectacle aura été présenté dans 250 villes et vu par 14 millions de spectateurs.

1998: L’entreprise présente O, à l’hôtel Bellagio de Las Vegas, son premier spectacle aquatique.

2001: Guy Laliberté rachète la participation de son partenaire Daniel Gauthier dans le Cirque du Soleil.

2003: Zumanity, destiné aux adultes, est présenté dans un autre hôtel à Las Vegas.

2004: Daniel Lamarre devient président-directeur général du Cirque du Soleil alors que Guy Laliberté demeure président du conseil d’administration.

2008: Guy Laliberté vend 20 % de son entreprise à des intérêts de Dubaï en expliquant qu’il s’agit d’un partenariat stratégique et qu’il continue d’être le seul maître de l’entreprise.

2009: Guy Laliberté se rend dans l’espace.

2013: L’entreprise met à pied 400 de ses employés principalement à Montréal. De plus, l’acrobate Sarah Guyard-Guillot fait une chute mortelle d’une hauteur de 25 mètres à Las Vegas.

2014: Le Cirque du Soleil souligne ses 30 années d’existence.

2015: La firme d’investissement privée TPG Capital met la main sur une participation majoritaire du Cirque du Soleil. La firme chinoise Fosum Capital Group ainsi que la Caisse de dépôt et placement du Québec achètent également une participation minoritaire. Guy Laliberté conserve des parts dans la société.

2017: Une première acquisition est réalisée avec les nouveaux actionnaires du Cirque du Soleil aux commandes. L’entreprise met la main sur Blue Man Productions, l’entreprise new-yorkaise derrière le spectacle musical Blue Man Group.

2018: Le Cirque du Soleil se tourne vers le secteur du divertissement familial avec l’achat de VStar Entertainment Group et de sa division Cirque Dreams. Cette entreprise met en scène des marques bien connues des plus jeunes, notamment l’émission Pat’Patrouille.

2019: The Works Entertainment, qui crée, produit et présente des spectacles d’illusion et de magie comme The Illusionists et Now You See Me Live, passe dans le giron du Cirque du Soleil.

Février 2020: Guy Laliberté vend sa participation restante de 10 % dans l’entreprise à la Caisse de dépôt et placement du Québec, qui devient actionnaire du Cirque du Soleil à hauteur de 20 %.

Mars 2020: La pandémie de COVID-19 oblige le Cirque à mettre à pied près de 4700 employés, soit 95 % de son effectif en plus d’annuler ses 44 spectacles. Du jour au lendemain, l’entreprise perd la quasi-totalité de ses revenus générés grâce à la vente de billets.

Avril 2020: Avec une dette de plus de 900 millions $US, l’entreprise étudie toutes les options afin de se renflouer. Cela comprend un scénario où elle se placerait à l’abri de ses créanciers.

Mai 2020: Après avoir obtenu un financement d’urgence de 50 millions $US de ses trois actionnaires, la compagnie entame officiellement des démarches afin de dénicher un investisseur, un acquéreur ou de renégocier une autre injection de capitaux auprès de ses propriétaires actuels.

Mai 2020: Le gouvernement Legault met à la disposition du Cirque un prêt de 200 millions $US, accompagné d’une disposition lui permettant éventuellement d’acquérir l’entreprise, si la restructuration proposée par les actionnaires actuels se concrétise. L’aide est également disponible si d’autres acquéreurs potentiels la demandent.

29 juin 2020: Le Cirque du Soleil se place à l’abri de ses créanciers pour restructurer sa dette et relancer ses activités par l’entremise d’une convention d’achat conclue avec ses actionnaires actuels. Appuyés par le prêt de 200 millions $US offert par Investissement Québec, le fonds texan TPG Capital (60 %), la firme chinoise Fosun (20 %) et la Caisse de dépôt et placement du Québec (20 %) injectent 100 millions $US supplémentaires en plus de mettre sur pied deux fonds totalisant 20 millions $US pour épauler les travailleurs du Cirque et payer les pigistes qui attendent toujours.  La Presse canadienne