Yves-François Blanchet, chef du Bloc québécois

Le Bloc québécois et le NPD appuient la ratification rapide de l’ACEUM

Après l’avoir fait avec le NPD, voilà que la vice-première ministre Chrystia Freeland s’est assurée du soutien du Bloc québécois pour une ratification rapide du nouvel ALÉNA.

La semaine dernière, Mme Freeland avait accepté de rendre les futures négociations de libre-échange plus transparentes à la demande des néo-démocrates, selon une lettre obtenue par La Presse canadienne.

En échange, ils avaient convenu de soutenir une ratification rapide de l’Accord Canada-États-Unis-Mexique (ACEUM), qui est toujours à l’étude au Parlement.

Le même scénario s’est reproduit avec le Bloc.

Le parti avait jusqu’ici refusé d’appuyer l’ACEUM, disant que l’industrie de l’aluminium n’avait pas obtenu les mêmes garanties que l’acier. Il avait voté contre à la Chambre des communes.

Mercredi, Mme Freeland a envoyé une lettre au chef Yves-François Blanchet dans laquelle elle explique les efforts entamés pour assurer une meilleure traçabilité de l’aluminium avec les États-Unis et le Mexique.

Elle y explique entre autres qu’elle se dit prête à travailler avec les deux pays pour échanger des tendances sur les importations et identifier les différents types d’aluminium importés.

Si les données démontrent qu’il y a un «problème», Mme Freeland indique que «le Canada s’efforcera de travailler avec le Mexique et les États-Unis» pour modifier l’accord afin d’y inclure les mêmes exigences que pour l’acier.

Réuni avec l’ensemble de son caucus, mercredi matin, M. Blanchet a brandi ces engagements comme une victoire. Il a également salué la collaboration de la vice-première ministre.

«Si j’avais à reprendre une discussion avec quelqu’un dans ce gouvernement-là, j’aurais tendance à dire que je discuterais avec Mme Freeland», a lancé le chef bloquiste. «Ils devraient essayer d’envoyer Mme Freeland négocier avec les Premières Nations, d’ailleurs, elle est une meilleure négociatrice que le premier ministre», a-t-il ajouté, hilare.

Chez les libéraux et les conservateurs, on a tempéré les ardeurs des bloquistes.

Le lieutenant québécois et leader parlementaire du gouvernement, Pablo Rodriguez, a soutenu que ce que Mme Freeland a détaillé dans sa lettre sont des choses sur lesquelles elle travaille depuis un «bon bout de temps».

«Je pense que le Bloc aujourd’hui est rassuré par les efforts de la ministre (Freeland) et du gouvernement du Canada pour travailler avec nos partenaires pour assurer un mécanisme de contrôle à l’entrée et la traçabilité», a-t-il laissé tomber pour expliquer la nouvelle position des bloquistes.

«Ils n’ont rien réglé aujourd’hui, là», a opiné Richard Martel, député conservateur de Chicoutimi-Le-Fjord.

«Ils font un show de boucane (...). Ils ont fait une erreur majeure en partant et ils le savent. Les équipementiers, les PME, M. Legault, tout le monde était contre eux autres quand ils ont dit qu’ils n’appuient pas l’ACEUM. Alors aujourd’hui, ils s’en rendent compte, ils ont chaud et ils s’organisent pour sortir de là», a-t-il ajouté.

M. Martel soutient que la situation ne change rien pour les investissements dans l’industrie de l’aluminium dans la région du Saguenay-Lac-Saint-Jean.

Les syndicats du secteur de l’aluminium, eux, ont de leur côté salué la «persévérance» du Bloc.

«Ce qui pouvait être fait l’a été», a fait valoir Alain Croteau, directeur québécois du Syndicat des Métallos, par voie de communiqué.

«C’est une grande fierté de savoir qu’on a pu faire bouger les choses, même si l’accord n’est pas modifié en tant que tel», ont affirmé Éric Drolet, qui représente les travailleurs d’ABI, et Sylvain Maltais, qui représente les travailleurs de l’aluminium d’Alma.

Par ailleurs, le Canada a dévoilé mercredi son évaluation des retombées économiques de l’ACEUM.

Le document mentionne que le nouvel accord présente de nouveaux incitatifs pour l’utilisation de matériaux nord-américains, ce qui sera bénéfique pour les secteurs de l’acier et de l’aluminium du Canada.

Ces nouvelles conditions pourraient cependant augmenter les coûts totaux de production et affecter la compétitivité du secteur de l’automobile en Amérique du Nord.