Alexandr Kogan a témoigné, mardi, devant une commission parlementaire britannique.

L'auteur de l'application au coeur du scandale des données accuse Facebook de laisser-faire

LONDRES - Alexandr Kogan, concepteur de l’application qui a permis à la société Cambridge Analytica (CA) de recueillir les données de dizaines de millions d’utilisateurs de Facebook, a dit mardi refuser de porter le chapeau pour le compte du réseau social qui selon lui a laissé faire.

Entendu par une commission parlementaire britannique, le psychologue américano-russe, qui enseigne à l’université de Cambridge, a dénoncé sa mise en cause par Facebook, le géant américain étant conscient de ses propres défaillances, selon lui.

«Je pense qu’ils ont conscience que leur plateforme a été exploitée par des milliers d’autres», a-t-il déclaré aux députés britanniques qui enquêtent sur l’influence des réseaux sociaux dans les campagnes électorales britanniques, et notamment celle du Brexit.

«J’ai simplement eu la malchance d’être la personne qui a fini par être associée à la campagne de Trump. Il est facile de montrer du doigt une personne», a-t-il ajouté, diminuant le rôle qu’il a joué dans l’affaire.

L’application de tests psychologiques développée par sa société GSR, fondée en 2014, et téléchargée par 270,000 utilisateurs du réseau social, a permis à CA d’accéder à leur insu aux données de leurs amis, soit à près de 90 millions de personnes au total, selon Facebook.

Ces informations auraient été utilisées pour élaborer un logiciel permettant de prédire et d’influencer le vote des électeurs afin de peser dans la campagne présidentielle américaine de 2016, remportée par Donald Trump.

Cependant, le chercheur de 32 ans a qualifié de «ridicule scientifiquement» l’idée que les données qu’il a fournies à CA aient pu être utilisées afin de cibler des utilisateurs de Facebook pour leur envoyer des messages politiques. Il a assuré que ces données étaient «très imprécises» et «peu pertinentes».

Dans une déclaration écrite transmise à la Commission parlementaire, il affirme aussi que «les outils que Facebook fournit aux entreprises sont bien plus efficaces pour cibler les gens en fonction de leurs personnalités que l’utilisation des résultats issus de notre travail».

Spectre comme lumière

Kogan a par ailleurs affirmé qu’il pensait agir en toute légalité, assurant qu’il avait respecté les conditions d’utilisation de Facebook, qu’il accuse de feindre l’ignorance sur l’usage fait des données de leurs utilisateurs.

«Ils m’ont donné les données sans aucun accord préalable signé», a-t-il affirmé, soulignant qu’ils n’étaient venus lui faire signer un accord qu’un peu plus tard.

Un ancien responsable d’exploitation de Facebook, Sandy Parakilas, avait affirmé fin mars à la même commission parlementaire britannique qu’une fois que «les donnés quittaient les serveurs de Facebook, ils perdaient la connaissance et le contrôle de ce qui était fait avec ces données». «Facebook était au courant de ce qui se passait et n’a prévenu personne», avait-il ajouté.

Dimanche soir, sur la chaîne américaine CBS, Alexandr Kogan avait affirmé avoir «des conditions d’utilisation durant un an et demi selon lesquelles je pouvais transférer et vendre les données. On ne m’a jamais rien dit». Selon lui, l’impression générale à l’époque était que les utilisateurs du réseau social savaient que leurs données étaient vendues et partagées.

Né en Moldavie et élevé en Russie, avant d’émigrer aux États-Unis avec sa famille à l’âge de sept ans, Alexandr Kogan a étudié à l’Université de Californie à Berkeley et a obtenu un doctorat à l’Université de Hong Kong. Il a rejoint le département de psychologie de l’Université de Cambridge en 2012.

Le scientifique, également employé par l’université russe de Saint-Petersbourg, se fait aussi appeler Alexandr Spectre, le nom qu’il a adopté après son mariage.

«Nous voulions un nom de famille lié à la lumière parce que ma femme et moi sommes tous deux scientifiques, et assez religieux, et la lumière est un fort symbole dans ces deux domaines», s’est-il expliqué devant les députés britanniques.

Tandis qu’on lui faisait remarquer que «Spectre» était le nom d’une organisation malfaisante dans les films de James Bond, le psychologue a répondu: «c’est une coïncidence malheureuse».