Le nouvel Accord de libre-échange Canada–États-Unis–Mexique a été signé mardi après-midi lors d’une cérémonie à Mexico. La vice-première ministre canadienne Chrystia Freeland a apposé sa signature aux côtés de celles du représentant américain au Commerce, Robert Lighthizer (à droite), et de son homologue mexicain Jesus Seade (second à droite).
Le nouvel Accord de libre-échange Canada–États-Unis–Mexique a été signé mardi après-midi lors d’une cérémonie à Mexico. La vice-première ministre canadienne Chrystia Freeland a apposé sa signature aux côtés de celles du représentant américain au Commerce, Robert Lighthizer (à droite), et de son homologue mexicain Jesus Seade (second à droite).

L'ACEUM modifié: l’industrie de l’aluminium inquiète

Lina Dib
La Presse Canadienne
OTTAWA — L’encre n’a pas eu le temps de sécher sur les documents signés à Mexico que déjà des voix québécoises réclament que l’accord de libre-échange entre le Canada, les États-Unis et le Mexique (ACEUM) ne soit pas ratifié.

On s’inquiète du sort réservé à l’aluminium dans cette nouvelle version.

En fin de journée mardi, la vice-première ministre Chrystia Freeland a déclaré en conférence de presse qu’un minimum de 70 pour cent d’aluminium nord-américain devrait désormais entrer dans la fabrication des automobiles. Un quota présenté comme un gain par la ministre puisqu’il n’en existait pas jusqu’ici, a-t-elle précisé.

Par ailleurs, Mme Freeland s’est également réjouie d’annoncer la fin des tarifs américains à l’importation d’aluminium canadien.

«Aujourd’hui, le Canada est le seul grand producteur d’aluminium mondial qui a un accès sans tarif au marché américain», a souligné en français la ministre qui s’est directement adressée aux Québécois durant sa conférence de presse.

Plus tôt dans la journée, le Syndicat des travailleurs de l’aluminium d’Alma disait croire que des changements de dernière minute, obtenus par les Mexicains, faisaient en sorte de lever la protection qui aurait été accordée à l’aluminium nord-américain, le Mexique utilisant de l’aluminium de Chine et d’ailleurs pour fabriquer ses pièces automobiles.

«On n’a pas été protégé. On pense qu’on a été sacrifié pour protéger l’acier», a protesté le président du syndicat, Sylvain Maltais, à l’autre bout du fil.

L’entente «déçoit»

L’entente «déçoit» l’industrie canadienne de l’aluminium. «L’accord permet au Mexique de continuer d’importer à sa guise du métal en provenance de Chine et d’autres régions du monde» s’est désolée, dans un communiqué, l’Association de l’aluminium du Canada qui prévoit que «la compétitivité» du produit canadien sera affectée.

«On va demander au gouvernement et aux partis politiques (...) que l’entente ne soit pas ratifiée s’il n’y a pas de protection pour le marché de l’aluminium», a déclaré, pour sa part, M. Maltais.

À Ottawa, ses récriminations étaient reprises à l’intérieur de la Chambre et dans les corridors par des élus québécois, les bloquistes parlant le plus fort.

«J’avise le gouvernement (...) si quelqu’un pense que le Bloc québécois va voter en faveur d’un traité qui sacrifie l’aluminium québécois, ce sera non», a tonné Yves-François Blanchet pendant la période des questions.

En sortant de la Chambre, il s’en est pris à la ministre qui a piloté la négociation de l’ACEUM.

«Mme (Chrystia) Freeland version 1 sacrifie la gestion de l’offre. Mme Freeland version 2 sacrifie l’aluminium. Il faudrait s’arranger pour qu’il n’y ait pas de Mme Freeland version 3. Que restera-t-il de l’économie québécoise?» a-t-il lancé.

Ce sera deux sans trois

Après un appui au discours du Trône et à la première mesure législative du gouvernement minoritaire - une baisse d’impôt -, le chef bloquiste a trouvé une première pomme de discorde avec Justin Trudeau.

«La ligne rouge est là», a annoncé M. Blanchet. Il a enjoint les deux autres partis d’opposition à refuser aussi de ratifier l’accord.

Néo-démocrates et conservateurs ne l’ont pas suivi jusque là.

«Ça fait deux défaites de suite pour le Québec, gestion de l’offre et aluminium», a fait remarquer Alexandre Boulerice. Mais le Nouveau Parti démocratique (NPD) attend d’étudier plus en détail la nouvelle version de l’accord avant de décider s’il appuiera sa ratification par le Parlement canadien.

«Ce qu’on entend, au départ, c’est qu’il y aurait des progrès concrets pour les travailleurs et pour l’environnement», a tenu à souligner le néo-démocrate Daniel Blaikie.

«On crée de l’incertitude dans le marché de l’aluminium chez nous», s’est plaint le conservateur Richard Martel qui, lui aussi, veut voir l’accord avant de s’avancer davantage.

Dépêché pour répondre aux critiques, le lieutenant québécois du gouvernement Trudeau a assuré qu’il y a là «un gain net pour le Québec».

«Si on regarde l’accord signé aujourd’hui et l’ALÉNA qui est en vigueur jusqu’à maintenant, il y a un gain net», a insisté Pablo Rodriguez, refusant toute autre comparaison.

Certains estiment que les producteurs d’acier ont mieux tiré leur épingle du jeu que les producteurs d’aluminium. Réponse du lieutenant québécois: son gouvernement défend «tous les secteurs».

Seconde cérémonie de signature

Le nouvel ACEUM a été signé mardi après-midi lors d’une cérémonie à Mexico.

La vice-première ministre canadienne Chrystia Freeland a apposé sa signature aux côtés de celles du représentant américain au Commerce, Robert Lighthizer, et de son homologue mexicain Jesus Seade.

L’accord a été initialement signé par les trois pays l’année dernière. Les Mexicains l’ont rapidement ratifié, mais aux États-Unis, les démocrates, majoritaires à la Chambre des représentants, réclamaient des protections pour les travailleurs. Et au Canada, on ne voulait pas procéder à la ratification avant que les républicains et les démocrates ne s’entendent.

Le gouvernement canadien vante cette nouvelle version, mais les parlementaires canadiens n’auront pas le temps de la ratifier avant le congé de fin d’année, qui commence vendredi et se poursuit jusqu’au 27 janvier.

«Nous, on veut essayer de faire tout ça le plus rapidement possible», a dit Pablo Rodriguez dans son rôle de leader parlementaire du gouvernement. «J’espère qu’on va avoir l’appui des autres partis», a-t-il dit après avoir pris acte de la position du Bloc québécois.

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DE L’ALENA À L’ACEUM

Après de longues négociations pimentées de représailles de part et d’autres, Ottawa, Mexico et Washington signeront le 30 novembre 2018 un nouveau traité de libre-échange, l’Accord Canada, États-Unis, Mexique (ACEUM).

WASHINGTON — Voici les principales étapes depuis l’entrée en vigueur de l’Accord de libre-échange nord-américain (ALENA) en 1994 jusqu’à sa refonte dans un nouveau traité, l’ACEUM, entre les États-Unis, le Mexique et le Canada.

1994 naissance de l’ALENA

Signé fin 1992 entre les États-Unis, le Canada et le Mexique, l’ALENA entre en vigueur le 1er janvier 1994, donnant naissance, à l’époque, au plus grand marché du monde.

Le traité permet la suppression progressive de la plupart des tarifs douaniers pour les marchandises et l’élimination des barrières aux investissements, permettant aux entreprises de s’installer plus facilement dans les autres pays signataires.

Août 2017 Trump impose de renégocier l’ALENA

Le nouveau président américain Donald Trump impose une renégociation de l’ALENA, qu’il accuse d’avoir encouragé l’exode d’emplois manufacturiers américains vers le Mexique.

Donald Trump souhaite réduire le déficit commercial américain avec le Mexique.

Washington veut également supprimer le système de règlements des litiges de l’ALENA («chapitre 19») qu’il juge inéquitable.

Mai 2018 guerre commerciale

Washington annonce que des taxes américaines sur l’acier et l’aluminium, dont le Mexique et le Canada ont été d’abord exemptés, leur seront désormais appliquées, la renégociation de l’ALENA tardant à aboutir.

Ottawa et Mexico portent plainte devant l’Organisation mondiale du commerce (OMC).

juin 2018 représailles

Le 5 juin, le Mexique publie une liste de produits américains taxés en représailles (viande de porc, whisky, fromages, pommes, raisins...). Le 29, le Canada annonce à son tour des taxes sur des produits américains (acier et aluminium, mais aussi whisky, ketchup, jus d’orange, bateaux à voile et à moteur, tondeuses à gazon...).

Washington conteste ces représailles devant l’OMC.

27 août 2018 un nouvel accord nait, l’ACEUM

Donald Trump annonce avoir conclu «un très bon accord» commercial avec le Mexique. Le 30 novembre, Washington, Ottawa et Mexico signent un nouveau traité de libre-échange, l’Accord Canada, États-Unis, Mexique (ACEUM), en marge du G20 à Buenos Aires. Le texte doit ensuite être entériné par les parlements des trois pays.

23 avril 2019 opposition syndicale américaine

Le 23 avril 2019, le patron de l’AFL-CIO, principal syndicat américain, dit son opposition à la ratification de l’ACEUM, estimant que Mexico ne tiendra pas ses engagements en matière de réforme du travail.

17 mai 2019 obstacles

Donald Trump met fin aux tarifs douaniers sur l’acier et l’aluminium canadiens et mexicains, levant un important obstacle à la ratification de l’accord.

Fin mai, le premier ministre canadien Justin Trudeau et le président mexicain Andrés Manuel López Obrador présentent à leurs parlements respectifs un texte pour ratifier l’accord.

L’administration américaine lance également le processus de ratification. Les démocrates, majoritaires à la Chambre des représentants, exigent rapidement des amendements.

juin 2019 tarifs douaniers

Donald Trump suscite une levée de boucliers en annonçant imposer à partir du 10 juin des tarifs douaniers sur les biens mexicains, pour forcer le Mexique à agir contre l’afflux de migrants clandestins aux États-Unis et le trafic de drogues. Ces menaces sont levées après l’annonce le 7 juin d’un accord sur l’immigration.

Le 19 juin, le Mexique ratifie le nouveau traité de libre-échange. Le Canada se dit également prêt à le faire, mais seulement quand les Américains auront franchi le pas.

10 décembre 2019 ratification

Après de longs mois de négociations avec l’administration Trump, les démocrates annoncent qu’ils sont satisfaits des amendements apportés au texte paraphé initialement.

Cela ouvre la voie à une ratification avant Noël par la Chambre des représentants américaine. Les Canadiens ont promis de faire de même dans la foulée.

La nouvelle mouture a été signée ce 10 décembre à Mexico, où se retrouvent les principaux négociateurs américains, mexicains et canadiens.

La cérémonie de signature s’est tenue à midi, heure locale, et a été présidée par le président mexicain López Obrador.