Micheline Desbiens a développé une recette de pâte à modeler aux parfums de fruits.

La saga de la pâte à modeler Tutti Frutti

Après avoir été des partenaires d’affaires durant plusieurs années, Micheline Desbiens et la compagnie Bojeux se parlent aujourd’hui par l’entremise de leurs avocats.

Cette saga dure depuis près d’une décennie. En juillet, un nouveau jugement de la Cour supérieure du Québec avait donné raison à la femme d’affaires dans sa longue bataille. Elle devait finalement recevoir ses redevances.

Mardi, Bojeux n’avait toutefois pas dit son dernier mot. La compagnie a décidé d’interjeter appel pour un énième round.

Mais qui est Micheline Desbiens?

En fait, il s’agit de l’inventrice d’une pâte à modeler «aux parfums de fruits», baptisée Tutti Frutti. On peut retrouver aujourd’hui ses produits sur les tablettes de plusieurs grandes chaînes spécialisées dans les jeux pour enfants.

L’histoire débute en 1992, comme on peut le lire dans les documents de la cour. Mme Desbiens est à la recherche d’un partenaire d’affaires pour «assurer la fabrication et la commercialisation» de sa recette de pâte à modeler.

Un produit qu’elle a développé dans sa cuisine avec ses enfants alors qu’elle était bénéficiaire de l’aide sociale dans la région de Montréal.

Elle fait breveter son «invention» et, en 1993, cogne à la porte de l’entreprise québécoise «Bojeux 1», propriété de Georges Gareau et de Jacques Richard. Voyant une opportunité d’affaires, une entente est signée le 19 juin.

Les années suivantes, elle reçoit en moyenne annuellement 50 000 $ pour la commercialisation de ses produits, mentionne un reportage de l’émission Enquête.

En 2009, éprouvant des difficultés financières, «Bojeux 1» se place sous la protection de la Loi sur la faillite et l’insolvabilité. À partir de ce moment, Mme Desbiens ne reçoit plus de chèque.

En parallèle, Georges Gareau devient actionnaire et président d’une nouvelle compagnie à numéros, «Bojeux 2», qui poursuit les activités de «Bojeux 1» entre 2009 et 2015. La fille de Georges Gareau, Sabrina, devient également l’une des actionnaires.

Olivier Mailloux, spécialiste dans le sauvetage des entreprises, est aussi nommé chef financier de «Bojeux 2».

Lorsqu’elle prend connaissance de la situation, Mme Desbiens se tourne vers les tribunaux pour que la nouvelle entité soit tenue des obligations de «Bojeux 1».

Le 26 septembre 2014, le verdict tombe. La Cour supérieure lui donne raison, et ce, même si le brevet du produit est expiré depuis 2011. La compagnie est condamnée à lui verser 85 000 $ en redevances.

En février 2016, «Bojeux 2» interjette appel du jugement, mais la demande est rejetée.

L’entité fait faillite quelques mois plus tard, en juillet 2016. Les coffres de la compagnie sont vides. Mme Desbiens ne reçoit pas d’argent.

Nouveaux propriétaires

Entre le jugement de la Cour supérieure et celui de la Cour d’appel, le 15 juin 2015, Olivier Mailloux et Sabrina Gareau deviennent propriétaires de la plupart des actifs de «Bojeux 2» sous la compagnie «Bojeux 3».

Cette dernière continue de produire et de commercialiser la pâte à modeler, «bien qu’avec une recette modifiée par rapport à l’origine», indiquent les documents de la cour.

M. Mailloux affirme lors d’un témoignage que «Bojeux 3» ne voulait acheter que des actifs et non pas les actions ou l’ensemble de l’entreprise de «Bojeux 2», notamment les dettes. Il clame aussi que la recette pour la pâte à modeler Tutti Frutti a été modifiée. Il estime ne pas devoir d’argent à Mme Desbiens.

Cette dernière affirme plutôt le contraire, que la compagnie continue «d’exploiter illégalement son invention» et qu’elle a droit à ses redevances.

Retour au point de départ. Mme Desbiens retourne devant les tribunaux. Comme lors de la dernière transaction, elle souhaite que «Bojeux 3» respecte les obligations de «Bojeux 2».

En juillet dernier, le tribunal lui donne en partie raison et l’entreprise doit lui verser les sommes dues pour ses redevances. Elle ne recevra toutefois pas d’argent pour des «dommages moraux, punitifs et l’abus de droit ou de procédure», comme elle le souhaitait.

La bataille n’est toutefois pas encore terminée pour la Québécoise. Le dossier étant maintenant sur le bureau de la Cour d’appel.

Mercredi, en raison des procédures devant les tribunaux, les avocats de Micheline Desbiens ont préféré n’émettre aucun commentaire. Même son de cloche du côté de Bojeux.

La demanderesse a toutefois mentionné au Soleil ne pas avoir l’intention de baisser les bras.

«Chaque fois que je pense à ce dossier, je me dis qu’il ne faut pas abandonner avant que le miracle se produise. Je continue à tenir mon bout pour faire respecter ce contrat. Pour mes enfants et aussi pour les femmes qui se font souvent varloper dans le monde des affaires. Moralement, je suis très à l’aise. Il y a un contrat qui a été signé il y a 25 ans et ils ne s’en sortiront pas de même», conclut Mme Desbiens, âgée de 62 ans, précisant avoir éprouvé des problèmes de santé au cours des dernières années.