L’amende imposée à Google crée «une énorme opportunité», a déclaré mercredi Denelle Dixon, la chef de l’exploitation de Mozilla.

La punition de l'UE donne une chance aux rivaux de Google

BRUXELLES — La dernière attaque des régulateurs européens contre la domination du géant technologique américain Google pourrait offrir de nouvelles occasions à ses rivaux dans le secteur des moteurs de recherche et des navigateurs web — mais uniquement si les fabricants de téléphones décident de tirer le meilleur parti de la situation.

La Commission européenne a condamné mercredi Google à une amende record de 5 milliards $US (6,7 milliards $CAN) pour avoir forcé les fabricants de téléphones portables utilisant le système d’exploitation Android de la société à installer les applications de recherche et de navigation de Google. Elle a également fixé un délai de 90 jours pour que Google rectifie le problème ou s’expose à de nouvelles amendes.

Une solution pourrait impliquer la séparation des applications de base Search, Chrome et Play Store des huit autres applications qui accompagnent Android. La société pourrait également décider de cesser d’interdire aux fabricants de combinés Android de vendre des appareils utilisant des versions modifiées d’Android, telles que Fire OS d’Amazon.

La commissaire à la concurrence de l’UE, Margrethe Vestager, a déclaré que les préoccupations concernant la restriction de la concurrence «n’étaient pas seulement une possibilité tirée des livres théoriques». Elle a dit qu’Amazon avait essayé d’obtenir une licence pour son système d’exploitation Fire basé sur Android en 2012, mais que les contrats de Google l’en avaient empêché.

«Les fabricants ne pouvaient pas lancer Fire OS sur un seul appareil», a-t-elle dénoncé.

Google a immédiatement prévenu qu’il ferait appel de la décision, arguant que son système d’exploitation gratuit a conduit à des téléphones à bas prix et créé une concurrence avec son principal rival, Apple.

Android a «créé plus de choix pour tout le monde, pas moins», a lancé sur Twitter le pdg de Google, Sundar Pichai.

La Fondation Mozilla — le groupe à but non lucratif qui a créé le navigateur Firefox Focus, qui bloque les publicités et offre une meilleure protection de la vie privée — croit que la décision lui donne l’occasion de remplacer Chrome comme navigateur par défaut ou d’être préinstallé avec lui sur certains téléphones. Il discute de la possibilité avec des fabricants allant de Huawei à Samsung.

La décision crée «une énorme opportunité», a déclaré mercredi Denelle Dixon, la chef de l’exploitation de Mozilla.

Il est également possible que rien ne change, ou presque. Google Search, Chrome et le Play Store sont populaires auprès des consommateurs et des développeurs. Les fabricants de combinés pourraient les choisir malgré le dégroupage.

«Il est possible que les fabricants de téléphones ne profitent pas de la nouvelle liberté qu’ils ont», a prévenu Thomas Vinje, l’avocat principal pour FairSearch, le groupe de lobbying basé à Bruxelles et soutenu par Oracle, TripAdvisor et d’autres, et qui était le plaignant principal. «Cela ouvre au moins la possibilité.»

L’amende, qui représente le point culminant d’une enquête de trois ans, est la plus lourde jamais imposée à une entreprise par l’UE pour un comportement anticoncurrentiel.

Cela pourrait attiser les tensions entre l’Europe et les États-Unis, qui réglementent l’industrie de la technologie d’une main plus légère.

Dans sa décision, l’UE a expliqué que Google enfreignait les règles en obligeant les fabricants de téléphones portables à prendre un paquet d’applications Google, sinon ils n’auraient rien.

Deuxième sanction

Cette pénalité s’ajoute à une amende de 2,42 milliards d’euros (environ 3,74 milliards $CAN) que les régulateurs ont imposée à Google il y a un an pour avoir favorisé ses listes d’achats dans les résultats de recherche.

Aucune des deux sanctions ne va paralyser l’entreprise. Google Alphabet a réalisé un bénéfice de 9,4 milliards $US (12,47 G $CAN) au cours des trois premiers mois de l’année et elle dispose de réserves de liquidités de plus de 100 milliards $ US (133 G $CAN).

La répression de Google arrive à un moment critique dans les relations transatlantiques, le président Donald Trump ayant qualifié l’UE d’«ennemi» pas plus tard que la semaine dernière. Les États-Unis ont imposé des droits de douane sur l’acier et l’aluminium de l’UE cette année, et l’UE a réagi en imposant des droits sur des produits américains.

Android est techniquement un système d’exploitation libre que Google permet aux fabricants de téléphones cellulaires d’utiliser gratuitement. En conséquence, c’est le système le plus largement utilisé, devançant largement l’iOS d’Apple.