Âgé de 54 ans, Dave Wye, ce chauffeur originaire de Windsor, en Ontario, craignait que le trajet qu’il effectuait entre le Québec et le Kentucky pour transporter du vin et du whiskey ne mette en danger sa propre santé ainsi que celle de sa famille.
Âgé de 54 ans, Dave Wye, ce chauffeur originaire de Windsor, en Ontario, craignait que le trajet qu’il effectuait entre le Québec et le Kentucky pour transporter du vin et du whiskey ne mette en danger sa propre santé ainsi que celle de sa famille.

La pandémie de COVID-19 préoccupe de nombreux camionneurs

Christopher Reynolds
La Presse canadienne
Lorsque la pandémie de COVID-19 a frappé, le camionneur Dave Wye a longuement réfléchi afin de savoir s’il était prêt à continuer.

Âgé de 54 ans, ce chauffeur originaire de Windsor, en Ontario, craignait que le trajet qu’il effectuait entre le Québec et le Kentucky pour transporter du vin et du whiskey ne mette en danger sa propre santé ainsi que celle de sa famille.

«C’est toujours dans mon esprit, a-t-il déclaré, dans le cadre d’une entrevue depuis un relais routier situé à Cornwall, en Ontario. J’ai une femme à la maison qui est asthmatique, j’ai une fille qui est asthmatique.»

M. Wye a continué à rouler — mangeant presque exclusivement dans son véhicule de mars à juin pour éviter une exposition potentielle dans les lieux publics —, mais de nombreux chauffeurs qui approchent l’âge de la retraite, préoccupés par leur santé, ont choisi de garer leurs tracteurs routiers.

Alors que le nouveau coronavirus se propage aux États-Unis, l’absence de ces camionneurs donne des maux de tête supplémentaires aux compagnies qui font des pieds et de mains afin de répondre à la demande pour le transport de biens essentiels. Cela accentue également les préoccupations, à plus long terme, d’une pénurie de conducteurs.

La situation actuelle a alimenté la croissance de certaines entreprises, comme International Truckload Services, qui exploite une flotte d’environ 600 tracteurs routiers.

«Pour tous ceux qui transportent des articles essentiels, nous sommes très, très occupés», a déclaré Monty Chrysler, chef du recrutement et de la formation à l’entreprise établie à Belleville, en Ontario, qui transporte essentiellement du papier hygiénique et des couches ces jours-ci.

Rares recrues

Mais de nombreuses écoles de camionnage restent fermées et les recrues se font rares. Pendant ce temps, environ 35 des chauffeurs sous la responsabilité de M. Chrysler ont demandé congé ou souhaitent demeurer en territoire canadien.

«Ce sont généralement des conducteurs plus âgés, qui arrivent à la fin de la soixantaine ou qui ont plus de 70 ans, qui se sentent plus vulnérables», a-t-il dit.

De nombreux camionneurs ont quitté volontairement.

«La préoccupation soulevée par des employeurs est «avons-nous perdu ces chauffeurs pour de bon?» a déclaré Angela Splinter, de Trucking HR Canada, un groupe qui représente le secteur.

Plus de 75 % des employeurs ont licencié des travailleurs en raison de la COVID-19, selon une enquête réalisée en juin par le groupe. Dans le secteur du camionnage et de la logistique, l’emploi s’est contracté d’environ 10 %, ou 72 000 postes, pendant le premier semestre. Les chauffeurs représentaient environ un travailleur sur deux.

La diminution des revenus découlant de la situation actuelle coûtera à l’industrie environ 3,2 milliards $ cette année, selon un rapport publié en juillet par le Conference Board du Canada et commandé par Trucking HR Canada.

Pour Nachhattar Singh Chohan, qui dirige une entreprise de 20 camions à Mississauga, en Ontario, la hausse des expéditions de désinfectants et de produits alimentaires n’a pas contrebalancé la perte de revenus constatée dans d’autres secteurs.

«Les affaires sont à 50 %», a déclaré M. Chohan, qui exploite également une station de lavage pour camions, où les chauffeurs font part de leurs préoccupations. «Ils ont très peur. Ils mangent et dorment dans leur camion.»

La pandémie a accentué la pression sur une main-d’œuvre vieillissante. Selon le Conference Board du Canada, jusqu’à 60 % des travailleurs de l’industrie du camionnage ont plus de 45 ans, comparativement à 45 % pour la main-d’œuvre canadienne dans son ensemble.

Alors que le rôle des camionneurs pour acheminer des biens essentiels pendant la pandémie a été souligné, les conditions de travail difficiles — plusieurs journées sur la route, salaire plutôt bas au départ — ont tendance à repousser les jeunes recrues, a estimé Stephen Laskowski, président de l’Alliance canadienne du camionnage.