Près de trois années se sont écoulées depuis et voilà que les contenants de lait de la coopérative sont désormais disponibles sur les tablettes des quatre magasins de la chaîne situés sur les boulevards du Plateau, Saint-Joseph, de la Gappe et Maloney Ouest.
Près de trois années se sont écoulées depuis et voilà que les contenants de lait de la coopérative sont désormais disponibles sur les tablettes des quatre magasins de la chaîne situés sur les boulevards du Plateau, Saint-Joseph, de la Gappe et Maloney Ouest.

La Laiterie de l’Outaouais est arrivée chez Walmart

Daniel LeBlanc
Daniel LeBlanc
Le Droit
Daniel Leblanc
Le Droit - 6 Solutions
L’accomplissement est symbolique : après plus de 10 ans d’existence, la Laiterie de l’Outaouais arrive sur les tablettes des quatre magasins gatinois du géant Walmart.

Les pourparlers et les approches avaient débuté il y a déjà longtemps. Rappelons que la multinationale avait rapidement cogné à la porte de la Laiterie, mais que celle-ci avait décidé de la mettre sur la voie d’accotement, le temps de percer le reste du marché régional. Puis, en 2011, le président-directeur général Georges Émond reconnaissait dans les pages du Droit que la coopérative ne pourrait pas repousser éternellement le débat au sujet de Walmart. En décembre 2017, il affirmait que le géant américain « faisait partie de l’équation », qu’on le veuille ou non.

Près de trois années se sont écoulées depuis et voilà que les contenants de lait de la coopérative sont désormais disponibles sur les tablettes des quatre magasins de la chaîne situés sur les boulevards du Plateau, Saint-Joseph, de la Gappe et Maloney Ouest.

« À la Laiterie, ce qu’on tente de faire, c’est de pouvoir rendre accessibles nos produits à la majorité de la population. Pour ce faire, il faut être présent dans tous les points de vente où il y a du lait. Ce serait inacceptable qu’on ne soit pas partout, surtout avec l’effervescence pour les produits régionaux. Et dans ces marchés-là (Walmart), il y a maintenant beaucoup d’alimentation, alors compte tenu qu’on veut offrir nos produits au plus grand nombre de gens possible, ça allait de soi qu’il fallait être présents là-bas. Au même titre qu’on travaille toujours pour se rendre dans certains magasins où nous ne sommes pas encore », lance aujourd’hui M. Émond.

Ce dernier affirme par exemple que la Laiterie souhaite mettre en valeur sa gamme de produits dans d’autres dépanneurs de la région, sans compter Tigre Géant, dont certaines succursales n’offrent pas encore le lait produit quotidiennement à l’usine du chemin Industriel, à Gatineau.

« On travaille à rendre nos produits disponibles partout. Il y a toutes sortes de raisons qui peuvent expliquer qu’on ne soit pas quelque part. Ce n’est pas nécessairement de la mauvaise volonté. Des fois, ce sont des ententes avec des multinationales, mais un jour ou l’autre celles-ci viennent à échéance et nous on sera là pour les desservir quand ils voudront bien nous accepter dans leur magasin », note-t-il.

Les produits de la Laiterie de l’Outaouais seront dorénavant en vente chez Walmart.

Même s’il ne connaît pas les motifs de cette décision d’affaires, M. Émond croit que l’appel à l’achat de produits locaux lancé depuis le début la pandémie au Québec pourrait avoir joué un rôle dans la percée de la Laiterie de l’Outaouais chez l’enseigne Walmart. L’aspect de l’autonomie alimentaire est également un facteur à considérer, selon lui.

Il faut dire que depuis le début de la crise il y a sept mois, la coopérative a senti un appui sans précédent de la population. De nouveaux clients se sont tournés vers les produits de la Laiterie.

« On a vu une progression au niveau de notre implantation, les gens ont été sensibilisés par cet appel à l’achat local, on a vu les résultats. Est-ce que c’est juste cela ? Je ne crois pas. Je pense qu’il y a aussi l’effet du confinement, qui s’est traduit par une hausse de la consommation de produits laitiers. Les gens font plus de cuisine à la maison, les enfants ont été plus présents à la maison, etc. Tout ça a fait augmenter la consommation de lait par habitant, c’est évident. Je suis sûr et persuadé que par sensibilité, beaucoup de gens nous ont adopté», soutient-il.

Si la COVID-19 préoccupe la coopérative et l’a forcé à faire certains ajustements, par exemple investir pour l’achat d’une unité mobile à l’extérieur de l’usine pour respecter la distanciation sociale en raison de l’étroitesse de la cafétéria des employés, elle a aussi eu plusieurs effets positifs.

« Au sommet de la pandémie, on a eu une grosse augmentation des volumes, on a même dû produire durant les fins de semaine, car les multinationales n’arrivaient pas à amener leurs produits jusqu’en région. Les tablettes de la compétition étaient donc vides pendant plusieurs semaines, ce qui nous a obligé à continuer la production même le week-end. Tous les travailleurs l’ont fait avec joie. Je l’ai souvent répété, mais si la population se prenait en main et on suivait l’exemple du Saguenay avec les laiteries régionales comme Nutrinor et de la Baie, ça faciliterait la venue de nos produits. Là-bas, ce sont elles qui occupent la plus grande partie des tablettes. Plus on aura de consommateurs, plus les marchands auront presque l’obligation d’agrandir leur espace tablette », de dire M. Émond, qui précise cependant que les marchands de la région sont très collaboratifs.

La Laiterie de l’Outaouais, dont les produits sont distribués à quelque 200 endroits, détient des parts de marché d’environ 35 % dans la région.

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« Si on est une entreprise régionale, il y a quand même un gain à faire affaire avec des joueurs comme Walmart. »
Sylvain Charlebois

« IL Y A UN MOMENTUM PRÉSENTEMENT »

Quoi qu’on en pense, le fait qu’une coopérative locale comme la Laiterie de l’Outaouais ait réussi à apposer sa gamme de produits dans les comptoirs réfrigérés de Walmart et à obtenir la confiance de ce détaillant majeur s’avère « une très bonne nouvelle », estime le professeur en distribution et politique agroalimentaire à l’Université Dalhousie, Sylvain Charlebois.

« Si on est une entreprise régionale, il y a quand même un gain à faire affaire avec des joueurs comme Walmart. Il faut quand même valoriser le fait qu’il s’agit d’une coopérative (la Laiterie) et que les coops fonctionnent relativement bien, surtout en temps de crise. Elles ont toujours été en mesure de reconnaître rapidement les opportunités. Elles s’adaptent assez bien et les membres démontrent souvent une certaine flexibilité et une volonté de miser sur la croissance. C’est un modèle d’affaires qui selon moi n’est pas suffisamment valorisé au Québec et ailleurs au Canada », dit-il. 

Pour le directeur du Laboratoire en science analytique agroalimentaire, ce n’est pas une énorme surprise que le géant mondial du commerce au détail ait accepté de donner un peu d’espace tablette à de tels produits régionaux. 

« Il y a un momentum présentement. Je pense que les grandes bannières sont plus sensibles à la cause de l’achat local de façon générale. Même chez Costco, il y a un effort délibéré. Par contre, il faut quand même que les entreprises qui veulent se retrouver là fassent une proposition de valeur. Pour Walmart, ce n’est pas une question de générosité ou de bonté de coeur, surtout pas quand on parle de bouffe. Le secteur agroalimentaire est un secteur de haut volume avec une marge de manoeuvre et de profit extrêmement mince. Et Walmart n’est pas un petit joueur dans ce domaine, il prend de plus en plus de place, on y vend désormais autant de nourriture que Metro », explique M. Charlebois.

En 2018, selon une compilation des ventes au détail de produits alimentaires dans les grands magasins du Québec effectuée pour le compte du ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation (MAPAQ), les produits laitiers et les oeufs représentaient des ventes estimées à
2,9 milliards $. Le lait frais représentait à lui seul des dépenses de 660 millions $.