Le directeur général de la Fromagerie St-Albert, Éric Lafontaine

La Fromagerie St-Albert a une «crotte sur le cœur»

Le nouvel Accord États-Unis–Mexique-Canada (AEUMC), c’est l’entente de trop pour la Fromagerie St-Albert, qui s’inquiète pour son industrie.

L’Accord économique et commercial global (AECG), signé en octobre 2016, avait permis l’augmentation d’importations non tarifées de fromages européens, passant de 13 500 à 32 000 tonnes par année, représentant 7,5 % du marché canadien. Ensuite, le Partenariat transpacifique global et progressiste (PTPGP), signé en mars 2018, avait lui aussi ouvert une brèche de 3,25 % dans le marché laitier canadien.


«  On savait qu’il y aurait des concessions dans le domaine laitier, parce qu’on est toujours touchés.  »
Éric Lafontaine, directeur général de la Fromagerie St-Albert

La signature de cette nouvelle entente qui remplace l’ALÉNA, qui ouvre une brèche de 3,59 % du marché des produits laitiers canadiens aux producteurs américains, n’est que la goutte qui fait déborder le vase, affirme le directeur général de la Fromagerie St-Albert, Éric Lafontaine. « On savait qu’il y aurait des concessions dans le domaine laitier, parce qu’on est toujours touchés. C’est décevant, parce que c’est notre secteur [fromager] qui est constamment ciblé par ces ententes », déplore M. Lafontaine.

L’accord stipule entre autres l’annulation de la classe 7 sur le lait diafiltré. Cette classe permettait au Canada de diminuer les prix du lait diafiltré dans le but d’encourager les transformateurs et les producteurs d’ici à choisir un produit canadien plutôt qu’américain pour fabriquer leurs fromages.

En un peu plus de deux ans, ces trois ententes auront eu comme effet d’enregistrer des pertes d’environ 9 % chez les producteurs fromagers canadiens. L’inquiétude plane au-dessus des fermes laitières canadiennes, et M. Lafontaine craint le pire pour l’industrie fromagère. « Les États-Unis sont de gros producteurs de cheddar, ce qui va directement affecter la production de tous nos produits cheddars, soit ceux en blocs, ou pour les produits de vieillissement. »

Des préoccupations que partage le représentant régional de l’association Dairy Farmers of Ontario (DFO), Bart Rijke. « Nous sommes déçus que notre gouvernement nous abandonne ainsi. Ils parlent de l’entente comme si c’était une ‘bonne journée pour le Canada’. Ce sont des politiciens, bien sûr qu’ils vont trouver un angle positif, mais pour l’industrie laitière, c’est une mauvaise journée, peu importe l’angle qu’ils peuvent trouver », dénonce M. Rijke.

Les régions rurales aussi affectées

Ce genre d’entente nuira aussi au développement économique tant espéré au sein des régions rurales de l’Est ontarien. C’est du moins ce qu’en pense le directeur général de l’Union des cultivateurs franco-ontariens (UCFO), Simon Durand. « Pour des jeunes qui souhaitent venir s’établir en agriculture ou pour des producteurs qui veulent prendre de l’expansion, ça va mettre un frein sur les perspectives de croissance de l’industrie, explique-t-il, et les producteurs ne seront plus en mode croissance, mais bien en mode adaptation. »

Celui-ci rappelle que ce ne sont pas que les fermes laitières qui sont affectées par ces réformes, mais aussi tous ceux qui travaillent au développement des infrastructures. « Il faut prendre en considération que l’agriculture consomme énormément de biens et services très près de fermes. Si ton système de refroidissement fait défaut, par exemple, tu n’as que 12 heures pour le réparer. Tu ne peux pas aller trop loin, il faut que le service soit dans une région très proche de la ferme. Même chose pour les mécaniciens lors de bris de tracteurs ou pour les vétérinaires. Si ta vache est malade, le vétérinaire doit être là », décrit M. Durant.

Pour le directeur général de la Fromagerie St-Albert, l’avenir des producteurs laitiers de l’Est ontarien est incertain. « On ne sait pas ce qui va arriver. Est-ce que les fermiers vont décider que ça ne vaut plus la peine, que c’est le temps de vendre ? Notre région est forte en agriculture, donc c’est certain qu’il va y avoir des conséquences », conclut M. Lafontaine.