Pendant le témoignage de Pierre Karl Péladeau, Anne-Marie Péladeau a échappé quelques sanglots, en plus de temporairement quitter la salle d’audience.

La famille Péladeau devant le juge pour régler une vieille querelle

Une querelle judiciaire entre les héritiers du fondateur de Québecor qui s’étire depuis près de 20 ans est venue à un cheveu de se régler, mardi, avant que la question des honoraires d’avocats ne fasse tout dérailler.

Cela n’a rien fait pour apaiser les relations familiales au sein de la famille Péladeau, puisque Anne-Marie, qui est à l’origine de la poursuite, a blâmé son frère Pierre Karl pour son refus de défrayer la note et tirer un trait définitif sur cette affaire.

«Vous avez entendu qu’il y avait un litige qui dérangeait mon frère et c’était de payer les avocats, a-t-elle expliqué à sa sortie de la salle d’audience. Il était prêt à négocier, mais les avocats, il ne veut pas les payer.»

Mme Péladeau réclamait 88 millions $ à ses frères Pierre Karl et Érik en lien avec une entente qui remonte à 2000 entourant le rachat de ses actions dans Placements Péladeau inc. (PPI) qui contrôle Québecor.

Les procédures se déroulent en chambre civile de la Cour supérieure, au palais de justice de Mont­réal, sous la supervision du juge Gérard Dugré. M. Péladeau, qui a ignoré sa sœur tout au long de la journée, n’a pas fait de commentaires à sa sortie de la salle.

En l’absence d’accord, l’actuel président et chef de la direction de Québecor a ainsi débuté son témoignage, où il est notamment revenu sur certains épisodes plus difficiles du passé de sa sœur, qui, en plus d’échapper quelques sanglots, a temporairement quitté la salle d’audience.

Jusqu’à présent, 12 millions $ ont été versés par PPI dans une fiducie, puisque Mme Péladeau, âgée de 54 ans, est sous la supervision de tuteurs. La défense propose de verser les 38,5 millions $ restants afin de tourner la page. L’argent se trouve dans une fiducie afin de s’assurer que la fille de Mme Péladeau, une infirmière maintenant âgée de 34 ans, puisse également profiter de la fortune familiale.

Impasse

En lever de rideau, devant la chambre civile de la Cour supérieure au palais de justice de Montréal, le juge avait, à plusieurs reprises, invité les membres de la famille Péladeau à laver leur linge sale à l’abri des regards.

Si une entente semblait à portée de main en après-midi, l’avocat de la défense, François Fontaine, a expliqué que les pourparlers achoppaient sur les honoraires qui seront touchés par les avocats de la poursuite — laissant le juge Dugré incrédule.

«Je n’ai jamais vu de cause comme celle-ci dans ma carrière», a lancé ce dernier, avant l’ajournement, prenant bien soin d’inciter une fois de plus les deux parties à s’entendre.

Selon ce qui a été expliqué, les avocats représentant Mme Péladeau toucheraient en honoraires 15 % du montant versé, soit plus de 7,5 millions $. Visiblement, cet aspect irritait l’actionnaire de contrôle de Québecor.

Cette question a monopolisé les échanges pendant presque une heure, le juge suggérant plusieurs pistes de solution pour tenter de dénouer l’impasse entre la poursuite et la défense.

Le ton des échanges a fini par monter, au point où l’un des avocats de Mme Péladeau, Philippe Trudel, a affirmé que la position de M. Péladeau invitait sa sœur à «violer une entente contractuelle, l’une des seules qu’elle a signées dans sa vie».

«C’est très habile de nous dire «ce sont les avocats qui vont faire achopper le deal», mais est-ce que nous pouvons régler, avec Mme Péladeau, ce qu’elle nous doit, comme une personne responsable?»

De son côté, l’avocat de la défense, François Fontaine, a estimé qu’il était «impensable» pour M. Péladeau de ne pas «soulever ses préoccupations sur les honoraires», étant donné que l’entente qui remonte à 2000 avait été conclue dans les meilleurs intérêts de sa sœur et de sa fille, actuellement sous la supervision de tuteurs.

Soulignant les progrès réalisés au cours de la journée dans le but d’en arriver avec un accord, le juge Dugré a demandé aux avocats de poursuivre leurs efforts même si le témoignage de M. Péladeau avait débuté.

«Endormez-vous avec cette question-là : est-ce que c’est raisonnable de garder le capital de Mme Péladeau, qui est peut-être de 40 millions $, parce qu’on ne veut pas qu’elle ait à payer 7 millions $?» a-t-il demandé.

Le témoignage de M. Péladeau doit se poursuivre mercredi.