La directrice général du Fonds monétaire international, Kristalina Georgieva

La chef du FMI observe un ralentissement mondial lié aux conflits commerciaux

WASHINGTON — La nouvelle responsable du Fonds monétaire international affirme que l’économie mondiale est aux prises avec un «ralentissement mondial synchronisé» qui se traduira par un ralentissement de la croissance pour 90 % du monde cette année.

La directrice générale de l’organisation, Kristalina Georgieva, a prévenu que les prévisions du FMI, qui seront dévoilées la semaine prochaine, témoigneront d’une croissance qui ralentit à sa plus faible cadence depuis le début de la décennie.

Elle a attribué la plus grande partie de ce ralentissement à l’augmentation des conflits commerciaux. Ces derniers pourraient entraîner une perte de production d’environ 700 milliards $ d’ici la fin de l’an prochain, soit 0,8 % du produit intérieur brut (PIB) mondial.

«Tout le monde perd dans une guerre commerciale», a-t-elle affirmé dans des remarques exhortant tous les pays à éviter les conflits commerciaux semblables à celui qui oppose les États-Unis à la Chine.

Mme Georgieva, économiste bulgare qui occupait le deuxième poste à la Banque mondiale, a été choisie le mois dernier pour succéder à Christine Lagarde, appelée à devenir la nouvelle directrice de la Banque centrale européenne, qui supervise la politique monétaire des 19 pays dont la devise est l’euro.

Les conséquences négatives des conflits commerciaux se font déjà sentir, a affirmé Mme Georgieva.

«La croissance du commerce mondial est pratiquement au point mort», a-t-elle souligné. «En partie à cause des tensions commerciales, l’activité manufacturière et les investissements dans le monde ont considérablement diminué.»

Le président Donald Trump a insisté sur le fait que l’économie américaine n’avait pas été affectée par les tarifs plus élevés qu’il a imposés à la Chine et à d’autres pays et qui ont déclenché l’imposition de tarifs de rétorsion sur certaines marchandises américaines.

Il a imputé tout ralentissement américain aux erreurs qu’aurait commises la Réserve fédérale des États-Unis en relevant trop les taux d’intérêt l’année dernière et en hésitant trop à les réduire cette année.

Non seulement les batailles commerciales nuisent à l’économie mondiale, a affirmé Mme Georgieva, mais elles pourraient avoir un impact durable.

«Même si la croissance s’accélérait en 2020, les divisions actuelles pourraient entraîner des changements qui s’étireraient sur une génération: chaînes d’approvisionnement brisées, secteurs commerciaux cloisonnés, un "mur de Berlin numérique" obligeant les pays à choisir entre différents systèmes technologiques», a-t-elle estimé.

La solution durable aux conflits commerciaux nécessitera la coopération de tous les pays, a fait valoir Mme Georgieva.

Les pays doivent répondre à des préoccupations légitimes telles que les subventions commerciales injustes et la protection insuffisante des droits de propriété intellectuelle et des transferts de technologie, a-t-elle précisé. Ces questions sont au coeur des revendications des États-Unis dans leurs négociations avec la Chine.

«La clé est d’améliorer le système, pas de l’abandonner», a-t-elle affirmé.

Le premier discours de Mme Georgieva à la tête du FMI était présenté comme un avant-goût des réunions annuelles du FMI et de son organisation soeur, la Banque mondiale, la semaine prochaine à Washington.

Ces discussions devraient être dominées par le ralentissement de la croissance mondiale, les conflits commerciaux et les inquiétudes suscitées par l’impact que pourrait avoir une sortie désordonnée du Royaume-Uni de l’Union européenne sur les perspectives de croissance de l’Europe.