Le président du conseil et chef de la direction de La Capitale, Jean St-Gelais.

La Caisse de dépôt octroie 150 M$ à La Capitale

Noël est arrivé avant l’heure chez La Capitale. Pour soutenir sa croissance, la Caisse de dépôt et placement du Québec (CDPQ) lui a octroyé un financement de 150 millions $.

Et maintenant que les coffres sont pleins, ce ne sont pas les projets qui manquent du côté de la mutuelle de Québec. Dans ses cartons figure une expansion chez nos voisins de l’ouest et plusieurs innovations technologiques.

Rencontré par Le Soleil, le président du conseil et chef de la direction de l’entreprise, Jean St-Gelais, a accepté de lever le voile sur le plan d’affaires de l’assureur qui gère un actif de 6,4 milliards $. 

Et force est de constater que «le futur s’annonce très prometteur», pour reprendre les propos du grand patron qui bataille également pour empêcher qu’un «Uber de l’assurance» vienne brouiller les cartes dans son industrie. Il souhaite un combat à armes égales.

Expansion

Depuis des années, La Capitale s’étire le cou du côté de l’Ontario afin d’augmenter ses parts de marchés. La province de Québec représente 82 % de son portefeuille et l’Ontario 15 %. L’Ouest canadien 2 % et les provinces de l’Atlantique 1 %. Une situation qui s’apprête à changer, parole du président.

Le numéro un de la compagnie avance que sa croisade à travers le Canada anglais se réalisera entre autres par une augmentation de son réseau de partenaires. Il concède regarder aussi pour des acquisitions. Il refuse toutefois de dire si l’immobilier ontarien pourrait s’avérer une avenue alléchante pour ses finances. 

«Il y a de la place pour le développement hors Québec. Actuellement, à Mississauga, nous avons une compagnie avec deux filiales. [...] Le gros du marché est en Ontario, mais on veut y aller par étape», note celui qui a déjà été à la tête de l’Autorité des marchés financiers (AMF). «Nous avons beaucoup d’édifices pour notre usage propre et aussi un peu pour de la location. Au cours des prochains mois, on va devoir se positionner, soit qu’on fait de l’immobilier un métier ou on le traite comme un placement. Ce n’est pas clair pour nous pour le moment», poursuit-il. 

Mentionnons que La Capitale immobilière MFQ, une filiale, est l’un des cinq plus grands gestionnaires immobiliers de la région de Québec avec un parc de près de 1,6 million de pieds carrés. 

Pour Québec, l’assureur souhaite dans son plan hausser sa présence dans le domaine de l’assurance collective. Le président estime toutefois que «le potentiel de développement» de cette branche d’affaires est plutôt limité. 

«Si on veut croître davantage, il faut sortir de la province», martèle M. St-Gelais.

Ce dernier n’est pas en mesure de chiffrer pour le moment les investissements qui se feront chez nos voisins. «On veut appliquer là-bas, notre recette du Québec».

Pour réaliser son expansion à travers le pays, La Capitale n’écarte pas non plus la possibilité d’une fusion ou d’un partenariat avec une autre compagnie.

Quant à une percée du côté des États-Unis, M. St-Gelais préfère fermer la porte au pays de Donald Trump pour le moment.

Innovations

Dans le contexte où la population québécoise et canadienne est vieillissante, le secteur financier est appelé à se revoir ses pratiques. Plusieurs compagnies devront payer les assurances vie de leurs clients. 

«Historiquement, le domaine de l’assurance était un milieu plus conservateur», explique au Soleil M. St-Gelais, «Maintenant, nous vivons une transformation. Nous attendons souvent parler des nouvelles technologies, fintech ou assurtech. Le secteur financier doit investir en technologie et en innovation. Nous avons d’ailleurs plusieurs initiatives», poursuit-il, faisant entre autres référence aux conseillers-robots. 

Il assure du même souffle que ce service ne prendra pas la place d’humain, mais «la question des ressources disponibles sera un problème dans le futur», estime-t-il. 

Le fait que les taux d’intérêt soient très bas depuis des années entraîne aussi une pression supplémentaire sur l’industrie. 

«On devra être plus agile dans le futur», prévient celui qui a occupé différentes fonctions au ministère des Finances du Québec entre 1985 et 2001. «Suite à la crise financière de 2008-2009, l’AMF a aussi prévu dans ses réformes d’augmenter les capitaux réglementaires [fonds que doit détenir une institution financière afin d’assurer sa solidité]. Cela sera en vigueur en 2018», ajoute-t-il, pour expliquer ce qui poussera son secteur d’affaires à refaire ses devoirs.

Comme cible dans l’entreprise pour les prochaines années, La Capitale, qui investit annuellement plus de 50 millions $ pour le développement de nouvelles technologies, souhaite diminuer le travail de bureau et le temps pour effectuer des soumissions. «On va s’assurer que les machines fassent de plus en plus le travail clérical», révèle le patron.

Uber de l’assurance

Selon M. St-Gelais, le secteur financier pourrait un jour faire face à un «Uber de l’assurance». Il estime que le projet de loi 141, déposé à l’Assemblée nationale, visant principalement à améliorer l’encadrement du secteur financier, offrira une confrontation à armes égales. 

S’il est adopté, le projet de loi permettra entre autres la vente d’assurance sur Internet sans l’intervention d’un conseiller. La compagnie d’assurance devra tout de même mettre à la disposition du consommateur un spécialiste s’il en fait la demande. Cette situation avait notamment été dénoncée par le Regroupement de la relève pour l’avenir du courtage.

«Les gens veulent acheter de l’assurance par Internet. Notre intérêt, c’est que le client soit bien servi [...] C’est pourquoi on recommande le projet de loi. Si ce sont les mêmes règles pour tous, cela va être parfait pour la compétition. C’est important d’avoir un cadre», souligne celui qui occupe la chaise de président depuis un peu plus d’un an. «Ceux de l’extérieur qui souhaitent s’installer ici, ils vont devoir mettre en place l’appareillage Canadien et Québécois», poursuit-il.

La Capitale, qui a comme partenaire d’affaires la firme française Covéa, œuvre dans les secteurs de l’assurance de personnes ainsi que dans celui de l’assurance de dommages. Le siège social de la compagnie est situé près de la Grande Allée.

Changements climatiques

Devant une augmentation du nombre de catastrophes naturelles, La Capitale envisage maintenant de revoir son budget pour les caprices de Dame nature. D’ailleurs, les inondations printanières de 2017 ont laissé quelques ecchymoses à son portefeuille. 

Actuellement, le bas de laine pour ces événements est d’environ 10 millions $.

«Cette année, cela nous coûte cher», concède l’économiste de formation. «On essaie maintenant de mieux prévenir ce qui pourrait arriver et on a aussi des protections inondations», poursuit-il.

L’un des impacts, c’est qu’un produit d’assurance pour une demeure dans une zone à risque est aujourd’hui plus dispendieux. 

Marijuana

Avec la légalisation de la marijuana à l’été 2018, plusieurs assureurs canadiens devront refaire leurs devoirs. 

Il ne serait pas surprenant que la question fumez-vous du cannabis? s’ajoute à la liste lors d’une demande pour une police d’assurance.

«Pour l’heure, on ne sait pas si la légalisation de la marijuana va accroître la consommation ou pas», affirme le président. «C’est certain qu’en assurance vie, cela va être une question importante», ajoute-t-il.

Et si la réponse est oui, on peut facilement penser que la prime d’assurance va grimper.

***

LA CAPITALE EN TROIS CHIFFRES

- 2685 employés, dont 1800 au siège social de Québec

- 1 million de clients au Canada

- 6,4 milliards $ d’actifs

Source : La Capitale