André-Ann Adam fondatrice d'Animora

La bonne recette d’Animora

Parfois, entreprendre, ce n’est pas plus compliqué que d’essayer de se mettre aux fourneaux pour créer une nouvelle recette avec des canneberges. C’est ce qu’ont fait André-Ann Adam et Jean-Philippe Côté pour mettre au point non pas une sauce aux atocas, mais bien un gel dentaire pour animaux!

Mais commençons par le vrai début. André-Ann Adam, après une technique en santé animale, poursuit ses études en microbiologie à l’Université Laval. Pendant un stage de recherche à la Faculté de médecine dentaire, elle en découvre plus sur les propriétés de la cannelle et de la canneberge sur la santé dentaire - humaine, celle-là.

En grande amie des animaux, elle a un déclic : pourquoi ne pas utiliser ces connaissances pour les bêtes à poil? «Les gens ont beaucoup de difficultés à prendre soin de la santé buccale de leurs animaux», explique-t-elle. Durant ses études collégiales, elle a souvent vu des détartrages finir avec des dents arrachées. Brosser les dents de son animal de compagnie, c’est essentiel, mais ce n’est pas évident, admet-elle.

«J’ai commencé à en parler avec mon conjoint [Jean-Philippe]. Il est en train de finir son bac en biochimie et il a aussi fait sa pharmacie, ça nous a vraiment aidés. On a juste commencé à aller acheter des ingrédients à l’épicerie. On a commencé à faire le mélange, à essayer de trouver la bonne texture, le bon goût. C’est vraiment venu petite étape par petite étape. On n’avait pas en tête de devenir entrepreneurs», raconte la moitié féminine du duo. 

Ils se sont intéressés aux propriétés de l’extrait de canneberge, un antibactérien reconnu. «L’extrait de canneberge n’est pas là pour la saveur, c’est vraiment l’ingrédient actif, poursuit-elle. Ça vient tapisser et faire une pellicule protectrice qui empêche les bactéries de s’accrocher aux dents. Quand on vient empêcher les bactéries, la plaque donc, qui devient du tartre, on vient agir à la source du problème et empêcher l’inflammation de la gencive.»

Les premiers tests en collaboration avec une clinique vétérinaire sont concluants : le produit a fait effet, en 30 jours seulement. La chatte du couple, Trixie, première testeuse, en est aussi devenue accro. L’avantage du gel dentaire Animora, c’est qu’il colle aux dents. Pas besoin de l’appliquer directement ou de brosser, bien que ce soit possible. Pour les animaux récalcitrants, on peut la déposer dans le bol de nourriture ou sur un jouet de dentition, et l’effet sera présent aussi. 

Des coups de pouce

Voilà pour l’histoire, voilà pour l’idée. La commercialisation d’un produit, c’est encore une autre recette à apprendre pour les deux scientifiques. Ils ont profité de tous les cours et concours possibles, à l’Université Laval, entre autres, sur la plateforme de sociofinancement La Ruche, et même à l’émission Dans l’œil du dragon, où on les a vus en mai dernier. 

Ils y ont décroché une entente, qui ne s’est finalement pas concrétisée hors d’ondes, les partenaires n’ayant pas la même vision d’avenir pour l’entreprise. L’effet de cette visibilité sur les ventes du produit, par contre, a été phénoménal. «On a fait 70 % de notre chiffre d’affaires en trois semaines», raconte André-Ann. 

Le couple a toutefois tenté de garder la tête froide, craignant un effet passager. Or, la demande n’a fait que croître depuis. Animora a aussi remporté le mois dernier un nouveau concours organisé par Bureau en gros, «C’est ma façon de faire évoluer mon entreprise». En terminant au premier rang à travers le Canada, ils ont gagné une bourse pour utiliser les services aux entreprises du détaillant, mais aussi une séance de mentorat à Toronto avec l’homme d’affaires Joe Mimran, derrière les marques de vêtements Club Monaco et Joe Fresh.

André-Ann Adam parle encore avec des étoiles dans les yeux de cette rencontre. «On est présentement en croissance, on a beaucoup de décisions stratégiques à prendre. Ça nous a vraiment aidés d’avoir un regard extérieur sur les avenues à prendre en premier, sur ce qu’on devrait prioriser. Ça nous a vraiment donné un gros coup de pouce», souligne-t-elle. 

Vrai que les décisions seront nombreuses pour les deux entrepreneurs de Québec durant la prochaine année. Comme ils sont encore seuls maîtres à bord, à tout faire de A à Z, ils devront penser à embaucher de l’aide pour suffire à la demande. À trouver de nouveaux locaux, aussi. Et à développer de nouveaux produits dans le même domaine. Ah! Et à finir leurs études, dans quelques mois. Mais à respectivement 27 et 25 ans, André-Ann Adam et Jean-Philippe Côté sont en droit de penser qu’ils partent avec les bons ingrédients. 

Pour infos : animora.ca