Le gouverneur de la Banque du Canada, Stephen Poloz, a annoncé que la banque centrale a relevé son taux directeur d’un quart de point pour la cinquième fois depuis l’été 2017.

La Banque du Canada hausse le taux directeur

OTTAWA — La Banque du Canada a haussé mercredi son taux d’intérêt directeur en évoquant la résilience de l’économie et la disparition d’une importante source d’incertitude avec la conclusion d’un nouvel accord commercial nord-américain.

En annonçant sa décision, la banque centrale a également envoyé un signal suggérant qu’elle adopterait une approche plus dynamique en ce qui a trait aux prochaines hausses.

La banque centrale a relevé son taux directeur d’un quart de point pour la cinquième fois depuis l’été 2017 - et la première fois depuis juillet - pour le porter à 1,75 pour cent. Il se trouve maintenant à son plus haut niveau en environ 10 ans.

Il s’agissait de la première décision de la Banque du Canada au sujet de sa politique monétaire depuis que le pays s’est entendu avec les États-Unis et le Mexique, plus tôt en octobre, sur un nouveau pacte de libre-échange.

«Le nouvel Accord États-Unis-Mexique-Canada (AÉUMC) réduira l’incertitude entourant les politiques commerciales en Amérique du Nord, laquelle a restreint de façon importante la confiance et les investissements des entreprises», a affirmé la banque dans un communiqué.

«L’économie canadienne continue de tourner près de son potentiel, et la composition de la croissance est plus équilibrée.»

Le retrait de l’obstacle que représentait l’incertitude commerciale a également coïncidé avec un changement notable dans la formulation de la déclaration de mercredi, par rapport aux autres communiqués de presse publiés récemment par la banque.

Cette fois, l’institution a omis de qualifier les futures hausses de taux de «graduelles» dans ses explications - un détail qui pourrait laisser croire à certains observateurs que les prochaines hausses viendront plus rapidement que prévu.

La Banque du Canada a indiqué que des augmentations supplémentaires seraient nécessaires pour ramener le taux à une «orientation neutre», afin d’empêcher que l’inflation n’augmente trop au-dessus du point médian de 2 pour cent de sa fourchette cible. L’équipe du gouverneur Stephen Poloz a fixé le taux neutre entre 2,5 pour cent et 3,5 pour cent, de sorte que plusieurs autres augmentations sont probablement à venir.

La Banque du Canada a cependant précisé que la cadence des augmentations continuerait d’être alignée sur la réponse des ménages face aux hausses du coût de l’emprunt, compte tenu de leurs niveaux d’endettement déjà élevés.

La banque a noté que les ménages canadiens avaient déjà apporté certains ajustements à leurs dépenses dans la foulée des hausses de taux précédentes et du resserrement des politiques visant le marché du logement, et que la croissance du crédit continuait de se modérer.

«Par conséquent, les vulnérabilités des ménages diminuent légèrement à plusieurs égards, quoiqu’elles demeurent élevées», a précisé la banque centrale.

La banque s’attend toujours à ce que les dépenses de consommation continuent de croître à un «bon rythme», en grande partie grâce à la «solide» croissance du revenu du travail et à la confiance élevée des consommateurs.

Avant la hausse de mercredi, le taux directeur n’avait pas dépassé 1,5 pour cent depuis décembre 2008. À cette époque, pendant la crise financière, la banque avait procédé à une réduction de trois quarts de point sur l’indice de référence, le faisant ainsi passer de 2,25 pour cent à 1,5 pour cent.

La banque centrale a laissé son taux directeur inchangé en septembre et sa première sous-gouverneure, Carolyn Wilkins, avait ensuite indiqué que les suites inconnues des négociations commerciales continentales - ainsi que le différend sur les tarifs douaniers - avaient été au coeur de la décision.

Prévisions révisées

Avec la conclusion de l’AÉUMC, la banque s’attend maintenant à ce que les tensions commerciales persistantes, telles que les tarifs américains sur les métaux et les représailles du Canada, ne réduisent les investissements des entreprises que de 0,7 pour cent d’ici la fin de 2020, par rapport à la prévision d’une réduction de 1,4 pour cent émise en juillet. Les exportations devraient maintenant subir un impact négatif de seulement 0,3 pour cent, par rapport à la prévision antérieure d’une réduction de 0,7 pour cent.

Des données indiquent que la dispute tarifaire a entraîné une réduction des exportations et des importations d’acier, mais qu’elle n’a pas encore eu d’incidence notable sur les livraisons d’aluminium, a souligné la banque centrale.

Les projections étaient présentées dans la dernière édition du rapport trimestriel sur la politique monétaire de la banque, qui a également été publiée mercredi.

Le rapport prévoit que les investissements des entreprises - autres que ceux du secteur pétrolier et gazier - augmenteront en raison de la vigueur de la demande intérieure et étrangère.

Il a toutefois noté que le Canada se heurtait toujours à des problèmes de compétitivité liés aux changements importants apportés à la fiscalité et la réglementation aux États-Unis, ainsi qu’à l’incertitude entourant l’approbation des projets de pipelines. La banque centrale prévoit que ces facteurs inciteront certains exportateurs à retarder leurs investissements ou à les effectuer à l’extérieur du Canada.

Les exportations devraient continuer de croître à un rythme modéré, a précisé la banque, mais plusieurs facteurs vont limiter cette croissance, notamment les contraintes de capacité de transport, l’incertitude du commerce mondial et la vive concurrence, notamment des États-Unis.

Dans ses prévisions économiques actualisées, la Banque du Canada a prédit que le produit intérieur brut réel du Canada augmenterait de 2,1 pour cent en 2019, en baisse par rapport à sa prévision de 2,2 pour cent de juillet, puis de 1,9 pour cent en 2020. Les prévisions de croissance pour cette année ont augmenté légèrement à 2,1 pour cent, en hausse par rapport à la prévision précédente de 2,0 pour cent.

L’inflation, qui a atteint 2,7 pour cent au troisième trimestre de 2018, devrait reculer près de 2,0 pour cent d’ici le printemps prochain, en raison de l’effacement des effets temporaires de la hausse des tarifs aériens, des prix de l’essence et de la hausse du salaire minimum dans certaines provinces. La banque a noté que les chiffres de l’inflation sous-jacente, qui excluent les éléments plus volatils tels que les prix de l’essence à la pompe, sont restés proches de 2,0 pour cent.

Le rapport a également noté que l’activité économique générée par la légalisation récente du cannabis récréatif n’aurait probablement qu’un impact mineur sur les décisions de politique monétaire.

Les grandes banques emboîtent le pas

Par ailleurs, le coût des emprunts liés aux taux préférentiels des grandes banques va augmenter dans la foulée de la décision de la Banque du Canada de relever son taux directeur d’un quart de point de pourcentage.

La Banque Royale, la Banque de Montréal, la Banque CIBC, la Banque TD, la Banque Laurentienne et le Mouvement Desjardins ont annoncé mercredi une hausse d’un quart de point de leur taux préférentiel.

Leur taux préférentiel passera ainsi de 3,70% à 3,95% à compter de jeudi.

L’augmentation fera grimper le coût des emprunts liés aux taux préférentiels, comme les hypothèques à taux variable et les marges de crédit hypothécaires.

La Banque du Canada a haussé mercredi son taux d’intérêt directeur d’un quart de point de pourcentage, pour le porter à 1,75%.

Il s’agissait de la cinquième hausse de ce taux depuis l’été 2017.