Les jouets contribuent à reproduire les stéréotypes sexuels, selon certains chercheurs.

Jeux roses, jeux bleus

MONTRÉAL — Les enfants québécois seront nombreux à se précipiter vers le sapin de Noël pour découvrir leurs cadeaux le matin du 25 décembre. Au moment où ils secoueront leurs boîtes dans l’espoir de deviner ce qui s’y cache, il y a fort à parier que peu d’entre eux se préoccuperont de savoir si leur contenu est rose ou s’il est bleu.

Pourtant, nombreux sont les magasins et les compagnies de jouets qui séparent leur offre en « jouets de garçon » et en « jouets de fille », même si des parents se disent préoccupés par les options stéréotypées qui se retrouvent sur les tablettes.

« Ce n’est pas que ça me dérange que les jouets soient identifiés «garçon-fille». C’est plutôt quand un jouet, pour moi, me semble unisexe et que je le retrouve seulement en version «fille» ou quand la version pour garçon en est une plus violente, ça, parfois, ça me dérange », soulève Caroline Murray, mère d’un garçon de quatre ans qui a demandé pour Noël une variété de jouets, incluant une poupée et une poussette.

« Quand j’ai dit à la caisse que je voulais deux sacs pour ne pas que mon petit garçon voie ses cadeaux de Noël, la réaction du caissier était assez flagrante, il est vraiment resté surpris que je dise que c’était pour un petit garçon », souligne la maman.

Une étude publiée ce mois-ci par la campagne britannique Let Toys Be Toys, s’intéressant à la façon dont les jouets sont présentés dans les catalogues, indique que les filles sont près de 12 fois plus souvent représentées en train de jouer avec des poupées que les garçons, tandis que ces derniers étaient quatre fois plus souvent montrés avec des voitures. 

Dans les catalogues étudiés par le groupe, 97 % des enfants montrés avec des fusils ou des jeux de guerre étaient des garçons. Les filles étaient plus souvent montrées avec du matériel d’artisanat et les garçons, avec des jeux de construction.

Selon la directrice scientifique du Réseau québécois en études féministes, Francine Descarries, qui a participé en 2013 à l’élaboration du document Les livres et les jouets ont-ils un sexe ?, sous la responsabilité du Secrétariat à la condition féminine, les parents répondent à une offre de l’industrie et sont sensibles au marketing, mais elle croit aussi qu’il n’y a peut-être pas une prise de conscience suffisante pour montrer à quel point les jouets sont importants dans la socialisation de l’enfant et comment les jouets contribuent à reproduire constamment des stéréotypes sexuels.

« Dans une certaine mesure, les jouets sont construits en fonction de généralisations. On ne pense pas que les petites filles peuvent être actives, peuvent aimer l’action, peuvent vouloir faire du sport, pouvoir aller dans l’espace alors qu’on dit aux petits garçons : ce sont toutes des choses que vous pouvez faire », explique-t-elle, citant en exemple les jeux d’expériences scientifiques ou de construction qui ne montrent que des garçons sur la boîte, alors que du côté des ensembles de maquillage ou de fabrication de bijoux, on ne voit souvent que des fillettes.

Pour Marie-France Simard, propriétaire depuis près de quatre ans de la boutique de jouets et de décoration Comme des enfants à Montréal, l’enfance est une période de découvertes intense et il est important pour les enfants de ne pas se limiter à un genre.

Sa boutique offre d’ailleurs en grande partie des jouets non sexués, puisqu’ils font partie des valeurs qu’elle cherche à véhiculer et qu’une grande partie de sa clientèle recherche également... même s’il se trouve toujours quelques récalcitrants.

« J’ai encore des gens qui cherchent le rayon fille, le rayon garçon et on leur dit : «Mais non, tout est unisexe, tout est mélangé !» », lance-t-elle.

« C’est toujours une vision d’adulte. je pense. L’adulte a une vision de l’enfant. «Ah elle est très girly, elle aime les paillettes, le rose, le mauve.» C’est correct, elle peut aimer tout ça, mais elle en a sûrement déjà beaucoup, alors allons-y pour un robot jaune, voyons ce que ça va donner. Je pense que c’est possible d’aller ailleurs. »

Mme Simard, maman d’un bambin de près de deux ans et demi, confie que son garçon préfère lui-même les voitures et qu’elle n’a rien contre ce type de jouets.

« Par contre, il ne va pas jouer avec une voiture toute la journée. Il va quand même aimer jouer avec des livres, il va quand même aimer faire la cuisine avec sa petite cuisinette... »

Pour Mme Descarries, l’idée n’est pas nécessairement de retirer tous les camions et toutes les poupées du circuit, mais plutôt de faire en sorte que ces jouets soient attirants pour les enfants des deux sexes.

Elle aimerait toutefois que les parents évitent d’offrir aux fillettes de cinq ou six ans des jeux de maquillage, de fabrication de bijoux et de poupées à habiller à la mode, pour qu’on cesse de mettre l’accent sur le corps et l’apparence dans les jouets dits « pour filles ».

Caroline Murray, elle, a choisi une approche simple lorsque vient le temps de choisir les cadeaux de Noël de son fils. «

J’achète ce que lui souhaite. Quand il me demande quelque chose, je ne me pose pas la question à savoir si c’est un jouet de fille ou de garçon, je vais lui acheter ce qu’il me demande. »