WOW Air a été fondé en 2012 par l'entrepreneur Skuli Mogensen. La compagnie assurait des liaisons entre 27 aéroports d'Europe et d'Amérique du Nord.

Islande: WOW Air jette l'éponge, des milliers de passagers bloqués

MONTRÉAL — La fin des activités du transporteur à bas prix Wow Air, qui a mis la clé sous la porte, donne des maux de tête à des milliers de passagers, dont plusieurs Québécois, qui font des pieds et des mains afin de rentrer chez eux.

En grande difficulté financière, l’entreprise islandaise fondée en 2011, qui n’avait plus d’options pour effectuer un redressement, a d’abord annulé tous ses vols, jeudi, avant d’aviser les voyageurs de se renseigner auprès d’autres compagnies aériennes pour se rendre à destination. D’après les estimations du gouvernement islandais citées par divers médias européens, il y aurait environ 4000 voyageurs bloqués, dont 1300 en transit.

Cette nouvelle est venue compliquer les plans de nombreux touristes, dont ceux d’Anne Dongois, qui terminait jeudi un séjour de quatre jours en Islande et qui s’est empressée de réserver deux billets auprès d’Icelandair.

«Nous avons été chanceux parce que nous avons vu le courriel de Wow Air très tôt et nous avons pu nous tourner vers une autre option», a-t-elle expliqué au cours d’une entrevue téléphonique avec La Presse canadienne, en route vers l’aéroport de Reykjavik.

En voyage avec son conjoint, Mme Dongois a toutefois dû allonger 1700 $ pour acheter deux billets auprès d’Icelandair - une dépense qui n’était initialement pas planifiée.

D’autres voyageurs sont toutefois plongés dans l’incertitude. C’est le cas de Vincent Ribes, un Français qui vit désormais au Québec, qui devait rentrer à la maison samedi. Il ignorait toujours, jeudi, si cela allait être possible.

La fin de Wow Air a forcé M. Ribes et un ami, qui se trouvent dans le nord de l’Islande, à modifier leurs plans et retourner vers Reykjavik plus tôt que prévu alors qu’ils sont attendus au travail lundi prochain.

Après de multiples vérifications, ceux-ci ont dû se résigner à rentrer le 3 avril puisque les prix demandés étaient trop exorbitants avant cette date.

«Ce sera 450 $ (le billet) alors nous allons avoir des frais supplémentaires pour les nuits d’hôtel, a indiqué M. Ribes, dans un échange de messages. Sinon, c’est plus de 2000 $. Et on ira vers New York, alors il faudra rentrer par nos propres moyens, ce qui engendrera d’autres coûts.»

Sur son site web, Icelandair indiquait, jeudi après-midi, qu’il n’était pas possible d’acheter un billet aller simple vers Montréal avant samedi - où le prix était d’au moins 2170,68 $.

À l’instar de M. Ribes, Sean Tinschert et sa conjointe se sont aussitôt dirigés vers l’aéroport de la capitale islandaise après avoir appris que leur itinéraire de vol ne tenait plus.

«Nous tentons de trouver une façon de rentrer, a-t-il dit à l’Associated Press. Nous vivons à Boston. Nous devons être au travail demain. Je ne crois pas que ça sera le cas.»

Assis dans un café de l’aéroport de Berlin, Jamey Fierce, un Torontois de 62 ans, tentait de trouver un itinéraire abordable pour rentrer chez lui et pensait qu’il pourrait peut-être réserver un vol qui ferait escale à Lisbonne, au Portugal.

«Non seulement le vol a été annulé, mais la compagnie aérienne aussi», a-t-il déclaré à la blague.

Un remboursement possible?

C’est en 2015 que la compagnie fondée par l’entrepreneur Skuli Mogensen a commencé à offrir des liaisons depuis Montréal et Toronto vers l’Europe en passant par Reykjavik - la capitale islandaise. Wow Air desservait également Vancouver.

Au total, l’entreprise assurait des liaisons entre 27 aéroports d’Europe et d’Amérique du Nord. Le site web d’Aéroports de Montréal n’affiche aucun vol de Wow Air dans sa liste de départs prévus jeudi.

Par l’entremise d’un communiqué et de courriels envoyés à ses clients, Wow Air indiquait qu’il serait possible de tenter d’obtenir un remboursement pour leur vol manqué auprès de leur compagnie de carte de crédit.

«Dans le courriel, il y a également un lien pour demander un remboursement auprès de la compagnie, mais je n’y crois pas trop, a dit Mme Dongois. Les compagnies qui font faillite ne remboursent généralement pas leurs clients en priorité. Nous avons des assurances, mais je n’ai pas encore entamé les démarches.»

Au Québec, le Fonds d’indemnisation des clients des agents de voyages offre une protection à ceux qui ont acheté leur billet d’avion auprès d’un agent titulaire d’un permis au Québec, a rappelé l’Office de la protection du consommateur.

Toutefois, pour ceux ayant réalisé la transaction d’une autre façon, comme par internet, les options sont moins nombreuses.

«La convention d’utilisation de la carte de crédit, généralement, prévoit que l’émetteur va rembourser le montant au client si ce dernier n’obtient pas le service qu’il a acheté, a expliqué le porte-parole de l’Office, Charles Tanguay. Lors de situations semblables dans le passé, les Visa et MasterCard de ce monde avaient rapidement signalé leur intention de rembourser rapidement leurs clients.»

Toutefois, à moins d’avoir une assurance à cet effet, les voyageurs devront assumer eux-mêmes des dépenses supplémentaires comme l’achat d’un autre billet d’avion pour rentrer au bercail.

Avec des informations de l'Associated Press

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UN SECTEUR TOUJOURS EN CRISE

Après Germania en février, l'Islandais WOW Air est une victime de plus dans le secteur de l'aviation à bas coûts qui a souffert de la hausse du prix des carburants en 2018.

Une crise qui touche même Ryanair

Liquidation pour le belge VLM, dépôt de bilan pour le danois Primera Air, cessation d'activité brutale du chypriote Cobalt Air : en 2018, près d'une dizaine de compagnies aériennes low cost ont mis la clé sous la porte.

Et 2019 ne s'annonce pas mieux. WOW Air, qui transporte plus d'un tiers des voyageurs en Islande, a dû renoncer à poursuivre son activité, faute d'investisseurs pour la sauver de la faillite.

En février, c'était Germania — quatre millions de passagers chaque année — qui se déclarait insolvable et annonçait l'annulation de tous ses vols.

D'autres compagnies en difficulté se sont sauvées de justesse, à l'image de la britannique Flybe, cible d'une offre de rachat pour un pence par action par Virgin Atlantic ou Norwegian Air Shuttle, qui a eu recours à une augmentation de capital.

Pour Ryanair, le leader du secteur, la situation n'est pas encore aussi critique, mais la compagnie a annoncé une réorganisation pour redresser ses comptes qui ont affiché 20 millions d'euros (30 M$CAN) de perte nette au troisième trimestre 2018, une première depuis 2014.

Concurrence effrénée

La concurrence est particulièrement forte sur le secteur du court-courrier en Europe, ce qui pousse les compagnies à baisser fortement leurs prix et donc à réduire les marges.

Le prix moyen d'un vol sur Ryanair se situe par exemple aujourd'hui sous la barre des 30 euros.

«On se retrouve très vite dans des situations de concurrence effrénée. Pendant longtemps, on voyait que les low cost s'implantaient là où elles étaient seules. Aujourd'hui le marché commence à se remplir», explique à l'AFP Olivier Fainsilber, consultant pour l'aérien, pour le cabinet de conseil Oliver Wyman.

Le secteur est par ailleurs encore assez peu concentré, avec une multitude d'acteurs qui profitent de faibles barrières à l'entrée sur le marché du transport aérien.

«Le darwinisme économique a toujours très bien fait son travail dans le secteur aérien. Pour tenir la route, il faut être très performant alors que c'est un secteur dans lequel on peut facilement se lancer», estime Olivier Fainsilber.

Les compagnies doivent enfin faire face aux nouvelles filiales à coûts réduits des opérateurs historiques comme IAG avec sa low cost long-courrier Level.

«La faillite de Germania, une compagnie qui avait depuis un certain temps du mal à lutter avec ses rivaux, montre que pour survivre dans ce secteur bien fourni en Europe, il faut soit être un acteur de niche soit avoir un réseau étendu comme Ryanair ou Lufthansa et IAG», explique Sebastian Zank, analyste pour Scope Ratings, dans une note.

«La marginalisation des petites compagnies et davantage de consolidation semblent inévitables», ajoute t-il.

Une facture pétrolière qui pèse lourd

À ces difficultés sectorielles s'ajoutent les hausses spectaculaires du prix du kérosène l'été dernier.

En juillet 2018, une période de fort trafic pour l'aviation, le baril de pétrole avait flirté avec les 75 $ contre moins de 50 $ l'année précédente à pareille époque.

«Il y aura toujours des hauts et des bas, mais quand il y a une période où ça se tend, c'est là qu'on voit qui arrive à tenir. Il faut avoir un peu de trésor de guerre pour tenir», relève Olivier Fainsilber.

Les compagnies européennes ont également subi la dépréciation de l'euro, qui a perdu 5 % face au dollar en 2018.

Les perspectives pour cette année ne sont cependant pas uniquement sombres, avec un prix du pétrole qui a reflué et une hausse du nombre de passagers qui devrait perdurer.

«Il y a toujours de la croissance, simplement la pente n'est plus aussi forte que dans le passé», conclut M. Fainsilber.  AFP