La ferme Brylee, à Lochaber

Investir dans son assiette

Le secteur agroalimentaire de l'Outaouais est peuplé de petites entreprises qui offrent plus de 15 000 emplois et un Produit intérieur brut (PIB) estimé à plus de 350 millions de dollars. Un secteur économique à fort potentiel qui se retrouve jour après jour dans nos assiettes.
«Les choses changent depuis un bon dix ans, il y a un intérêt pour les nouvelles façons de produire l'agriculture, mais aussi de nouvelles occasions de mises en marché pour les agriculteurs», avance Brian Maloney qui, depuis plus de 35 ans, élève des boeufs sur sa terre familiale située à Thurso. Quatrième génération à diriger la Ferme Brylee, cet agriculteur croit tout de même qu'il y a encore beaucoup de travail à réaliser pour faire comprendre l'importance de privilégier les producteurs locaux quand vient le temps de regarnir frigo et garde-manger. «Je dirais que pour encore 90% des gens, la provenance des aliments importe peu. C'est encore une minorité qui est prête à payer un peu plus cher.»
Directeur à la Table agroalimentaire de l'Outaouais (TAO), Vincent Philibert rappelle que pour chaque dollar dépensé chez un producteur local, c'est entre 60 et 80 sous qui sont réinvestis dans la collectivité.
«Les agriculteurs emploient des gens d'ici, achètent leurs essences ici, dépensent dans leurs loisirs, bref, l'argent reste dans la région et c'est ce message que nous devons véhiculer aux consommateurs.»
Petites entreprises
La région métropolitaine de recensement (RMR) d'Ottawa-Gatineau compte plus 1900 fermes, dont plus de la moitié déclare des revenus agricoles bruts inférieurs à 25 000$. Seule RMR à chevaucher deux provinces, 80% des fermes se retrouvent du côté ontarien et 20% au Québec.
Et qui dit petites entreprises dit petits moyens, rappelle Vincent Philibert dont l'organisme chapeaute diverses initiatives pour mettre en valeur le travail des producteurs locaux, mais aussi pour s'assurer que les différents acteurs du secteur agroalimentaire évoluent dans la même direction.  
Réalité frontalière
La campagne Croquez l'Outaouais a été créée pour justement apporter une notoriété et une mise en valeur aux produits de la région. La ferme Moore, le Marché de l'Outaouais, la Fête gourmande de l'Outaouais à Chelsea, tous les moyens sont bons pour faire briller le secteur agroalimentaire. Vincent Philibert croit que les producteurs régionaux bénéficieraient d'un appui politique plus prononcé. «Nous pouvons penser à des programmes pour accélérer la commercialisation des produits, par exemple.»
La frontière Ontario-Québec représente tout un casse-tête pour les agriculteurs. Pour traverser les ponts, les viandes produites du côté québécois doivent avoir été apprêtées dans un abattoir qui répond aux normes fédérales. «Ça demande un investissement très important», d'ajouter Vincent Philibert.
Production bovine
En Outaouais, la production bovine arrive au premier rang des activités agricoles avec des revenus d'environ 35 millions de dollars, soit près de 40% des revenus agricoles pour la région en 2010. Et ce, même si le cheptel de vaches de boucherie est en diminution (31 500 à 25 000 têtes), tout comme la proportion d'entreprises dédiées à la production bovine qui est passée de 60 à 55%. Cette diminution n'est pas propre à l'Outaouais. À l'échelle de la province, le cheptel de bovins de boucherie a diminué de 18% par rapport à 2011 pour se chiffrer à 266 378 têtes en 2016. Le nombre d'entreprises dans ce secteur a aussi chuté de près de 15 %.
«Le Québec reste un leader pour la production de viande naturelle», souligne Brian Maloney qui voit de plus en plus de clients s'intéresser à la qualité des produits qu'ils consomment. La popularité grandissante du régime paléo, qui favorise la consommation de viandes issues d'animaux nourris à l'herbe, est aussi bénéfique pour son entreprise. «Mais il y a encore beaucoup de désinformation dans notre domaine. Par exemple, les gens pensent que notre viande est moins grasse. Ce n'est pas ça, c'est plutôt qu'elle a un taux élevé d'oméga 3 et d'ALC (acide linoléique conjuguée). Ce sont les gras dans la viande conventionnelle qui sont nocifs pour la santé. Ça ressemble au faux débat du beurre et de la margarine !»
Selon Brian Maloney, l'Outaouais est une région propice à l'agriculture en raison de bien des facteurs. «Le climat, la qualité des sols qui n'ont pas subi de productions intensives, mais aussi, nous sommes tout près de deux importants marchés, Ottawa-Gatineau et son million de consommateurs et de Montréal avec quatre millions de personnes.»
Lait et maïs-grain
Au Québec, c'est la production laitière qui demeure le secteur agricole le plus important en 2016. En Outaouais, cela représente près de 30 % de tous les revenus agricoles de la région. La province est d'ailleurs chef de file à l'échelle nationale avec 76 % de toute la production au pays. En Ontario, c'est les cultures du maïs-grain et du soja qui arrivent au premier rang, soit 59,8 % et 49,6 % de la superficie nationale respectivement.