Imperial Tobacco veut de la cohérence

MONTRÉAL — Imperial Tobacco demande aux gouvernements une réglementation cohérente des industries du tabac et de la marijuana, notamment en ce qui a trait aux taxes et aux emballages.

Le président et chef de la direction du fabricant de cigarettes, Jorge Araya, a prononcé une allocution à cet effet, jeudi, devant les membres du Conseil du patronat du Québec réunis à Montréal.

M. Araya a soutenu que comme le gouvernement du Canada a déjà affirmé que les futures taxes sur le cannabis devraient être gardées relativement basses, afin de ne pas encourager la vente de cannabis par le crime organisé ou sur le marché noir, il devrait logiquement en être de même pour les cigarettes.

« Le ministre des Finances dit “ça prend une taxation raisonnable pour retirer le marché illégal des mains des contrebandiers” » pour ce qui est de la marijuana, a rappelé Éric Gagnon, directeur principal aux Affaires corporatives chez Imperial Tobacco.

Or, malgré ce raisonnement logique pour le cannabis, selon lui, « les gouvernements continuent à augmenter les taxes » sur les cigarettes, alors que ce produit légal fait justement face à un important marché de contrebande, déplore le dirigeant d’Imperial Tobacco.

M. Gagnon cite aussi l’exemple des règles sur l’emballage.

« Ce qui est bon pour la marijuana devrait être bon pour le tabac. Par exemple, sur l’emballage : on regarde le projet de loi C-45, qui veut protéger les jeunes, et qui dit “l’emballage ne devrait pas être attrayant pour les jeunes”. On est d’accord avec ça. Mais le projet de loi S-5 sur la cigarette dit que l’emballage devrait être neutre pour le tabac. C’est là qu’on n’est pas d’accord avec les deux approches, qui semblent être beaucoup plus sévères sur le tabac que sur la marijuana », a protesté M. Gagnon.

Dans son allocution, M. Araya a également dénigré l’emballage neutre que le gouvernement fédéral envisage d’imposer aux fabricants de cigarettes — des emballages sans logos, couleurs et images.

Il soutient qu’en Australie où de tels emballages neutres ont été imposés, le taux de tabagisme n’a pas diminué pour autant.

Et comme les cigarettes de contrebande sont justement vendues ici dans des sacs de plastique — une sorte d’emballage neutre — M. Araya soutient qu’une règle fédérale imposant l’emballage neutre se trouverait à imposer à l’industrie de la cigarette de vendre un produit sous une forme qui ressemblerait au produit de contrebande.

Québec et les opposants au tabac

À Québec, le ministre de la Santé et des Services sociaux, Gaétan Barrette, a rappelé que ce n’est pas le Québec ni une autre province qui ont décidé de légaliser le cannabis le 1er juillet prochain, mais bien le gouvernement fédéral qui l’impose aux provinces — avec les conséquences qui s’ensuivent en matière de santé publique notamment.

Et pour ce qui est d’éventuelles mesures ou règles qui entraîneraient une baisse hypothétique du tabagisme, il a affirmé qu’à titre de ministre de la Santé, cela ne le peinerait aucunement. « Vous pensez que je vais m’émouvoir contre une baisse éventuelle du tabagisme ? Non, je ne m’émeus pas », a-t-il lancé.

De son côté, la Coalition québécoise pour le contrôle du tabac a critiqué Imperial Tobacco qui « se sert du Conseil du patronat pour promouvoir ses nouveaux produits et fausser le débat ».

« Mettre le tabac (qui a tué 39 000 Canadiens en 2002) et le cannabis (qui en a tué 39) sur un même pied d’égalité est malhonnête et trompeur et ne sert qu’à minimiser les dommages causés par le tabac et l’importance de la lutte contre le tabagisme », a déploré Flory Doucas, codirectrice et porte-parole de la Coalition.

Elle reproche au cigarettier de vouloir « rallier la communauté des affaires à la défense des intérêts des fabricants de cigarettes en semant la peur face aux nouvelles mesures antitabac ».