Des députés fédéraux de tous les partis demandent au gouvernement de mieux soutenir les agriculteurs qui seraient selon eux particulièrement vulnérables aux problèmes de santé mentale tels que le stress, la dépression et les idées suicidaires.

Il faut s’occuper de la santé mentale des agriculteurs, estiment des députés

Des députés fédéraux de tous les partis demandent au gouvernement de mieux soutenir les agriculteurs qui seraient selon eux particulièrement vulnérables aux problèmes de santé mentale tels que le stress, la dépression et les idées suicidaires.

Dans un nouveau rapport publié mardi, les membres du Comité permanent de l’agriculture et de l’agroalimentaire des Communes ont formulé 10 recommandations, notamment qu’Ottawa prenne en compte et atténue les impacts potentiels de toute nouvelle politique publique sur le bien-être des producteurs agricoles.

Les députés ont également recommandé de mettre sur pied des campagnes de sensibilisation pour lutter contre l’intimidation, la cyberintimidation et les menaces qui viendraient de ceux qui s’opposent à leurs pratiques agricoles.

«Les enjeux comme l’insécurité économique, le climat, les catastrophes naturelles et le suicide font partie de notre existence depuis le siècle dernier», a admis le député conservateur Earl Dreeshen, membre du comité et lui-même agriculteur de quatrième génération en Alberta. «Mais l’incidence des problèmes de santé mentale dans le secteur agricole canadien atteint des proportions alarmantes.»

Le rapport, qui s’appuie sur des témoignages de producteurs, d’experts en santé mentale et de représentants du gouvernement, conclut que les agriculteurs doivent faire face à de nombreux défis - tels que la volatilité des marchés, l’endettement, les longues journées de labeur, les effets du changement climatique et la solitude. Or, les services de santé mentale sont souvent inadéquats dans les régions rurales et répartis de façon inégale à travers le Canada, indique le rapport des parlementaires.

«En ce qui concerne la santé mentale de ceux qui travaillent dans notre secteur agricole - ceux qui nous nourrissent et contribuent énormément à notre bien-être économique -, nous devrions être en mesure de nous attaquer à ce problème et de trouver des solutions de manière non partisane», a déclaré le député libéral du Nouveau-Brunswick Pat Finnigan, président du comité.

Un des objectifs de l’exercice était d’éliminer la stigmatisation liée au débat même sur la santé mentale.

Alistair MacGregor, député néo-démocrate, a déclaré que les agriculteurs avaient tendance à demeurer «stoïques» dans l’adversité, mais que parfois, leur force intérieure ne suffisait pas. «Nos agriculteurs sont fatigués et ils ont besoin que l’on mette l’accent sur cette question», a déclaré le député de la Colombie-Britannique.

Détecter la détresse

Le comité recommande notamment:

- d’accélérer le déploiement d’internet haute vitesse dans les zones rurales;

- une coordination nationale, menée par Ottawa, des activités de recherche et de prévention spécifiquement conçues pour la santé mentale;

- la formation des partenaires commerciaux et d’autres acteurs travaillant avec les agriculteurs pour les aider à détecter les signes de troubles et de détresse psychologiques.

M. Dreeshen s’est dit satisfait du rapport, mais lui et deux autres députés conservateurs du comité ont estimé qu’il n’allait pas assez loin. Ils ont publié une «opinion complémentaire» avec des recommandations supplémentaires.

Ils suggèrent notamment de faire de la «nature de la production alimentaire et l’attention que les agriculteurs accordent à la gestion de leurs animaux ou de leurs récoltes» une partie intégrante des programmes scolaires.

Selon le député Dreeshen, les agriculteurs et leurs proches doivent maintenant lutter contre une nouvelle source de détresse: «les attaques menées dans les médias sociaux par des activistes des droits des animaux et des écologistes extrémistes». Il ajoute aussi que les producteurs subissent parfois des difficultés du fait des politiques gouvernementales, comme la taxe sur le carbone et les concessions accordées dans le cadre d’accords commerciaux récents.