Hydro-Québec travaille à l’élaboration d’une offre intégrée pour attirer des entreprises dans le secteur des serres industrielles, notamment dans le domaine de la marijuana, au Québec.

Hydro-Québec lorgne les producteurs de pot

Hydro-Québec fait de l’oeil aux joueurs dans le secteur des serres industrielles, dont les producteurs de cannabis. Une étude a d’ailleurs été réalisée pour mesurer le potentiel économique pour la société d’État.

Dans son dernier rapport financier, on peut lire qu’«Hydro-Québec a mandaté [cet automne] une entreprise externe pour évaluer le potentiel de ventes additionnelles d’électricité dans le secteur des serres industrielles, par exemple pour la production de fleurs ornementales ou de produits maraîchers».

À l’aube de la légalisation de la marijuana à des fins récréatives à travers le pays, la société d’État travaille à l’élaboration d’«une offre intégrée pour [entre autres] attirer ce type d’entreprises au Québec, en s’appuyant sur la disponibilité d’une électricité verte à des tarifs avantageux».

Cette offensive d’Hydro-Québec s’inscrit dans le plan stratégique du producteur d’électricité qui vise à doubler ses revenus d’ici 2030. Ils se chiffrent actuellement à 13,47 milliards $.

«L’initiative est de cibler des industries énergivores qui ont des facteurs de localisation flexibles donc, autrement dit, qui seraient prêtes à venir s’installer au Québec pour profiter de notre électricité propre et très abordable», fait valoir au Soleil, Serge Tsoto, porte-parole chez Hydro-Québec. «La première industrie que nous avons ciblée a été les centres de données et, à l’automne, nous avons commandé une étude pour confirmer le potentiel des serres industrielles dans le même sens. L’étude confirme ce potentiel, quoique moins important que celui des centres de données», poursuit-il.

Ce dernier a refusé de fournir au Soleil mardi les grandes lignes de cette analyse pour une question stratégique. Il n’était également pas en mesure de chiffrer l’ampleur du marché potentiel. La question des serres de cannabis figurait toutefois dans cette étude, confirme-t-il.

Au cours des derniers mois, plusieurs producteurs maraîchers, comme Productions horticoles Demers, Sagami—Savoura et les Serres Bertrand, ont été sollicités pour leurs serres par des entreprises liées à la production de cannabis. Les Serres Bertrand ont notamment signé un partenariat d’affaires avec la société Canopy Growth Corporation (TSX : WEED). Comme quoi, il y a de l’intérêt pour ce type marché.

Tarifs préférentiels

Depuis 2013, il est important de rappeler que les producteurs en serres déjà installés au Québec bénéficient de tarifs préférentiels s’ils utilisent les éclairages de photosynthèse. Contrairement aux autres tarifs préférentiels offerts par Hydro-Québec à ses clients, celui destiné aux producteurs en serre ne se base pas sur leur consommation énergétique, mais plutôt sur le type d’éclairage utilisé.

Pour le président des Producteurs de serre du Québec, la stratégie «charme» d’Hydro-Québec afin d’attirer de nouveaux joueurs sur le territoire n’a rien d’inquiétant. Toutefois, André Mousseau estime que la société d’État devrait assouplir davantage certains privilèges dédiés aux producteurs locaux.

«Nous sommes toujours en discussions avec Hydro-Québec. Nous avons régulièrement des rencontres. Nous développons de nouvelles approches qui vont permettre à moyen et à long terme d’avoir un tarif facilitant le développement de notre industrie», note au bout du fil M. Mousseau. «Cette année, nous avons réussi une avancée. Avant, il fallait un minimum de 400 kilowatts pour profiter des avantages du programme. Ils ont accepté de descendre à 300. Cela permet à de plus petits producteurs d’y avoir accès», poursuit-il.

Ce dernier stipule que la grande majorité des joueurs du Québec dans son secteur d’affaires n’ont toutefois toujours pas encore accès «aux rabais» sur l’électricité de la société d’État.

Sur les 900 producteurs en serre au Québec, «seulement une quinzaine profitaient du programme d’énergie additionnelle [avant la modification]», avance-t-il. «Notre défi, c'est que les petits producteurs aient aussi accès à l’électricité. Le tarif en place est beaucoup trop coûteux. C’est parfois presque deux fois plus dispendieux que le gaz naturel ou le propane», conclut-il.