À une semaine du début de la pêche, les acheteurs de homard n’offrent toujours pas de prix de base.
À une semaine du début de la pêche, les acheteurs de homard n’offrent toujours pas de prix de base.

Homard: les pêcheurs veulent des réponses

CARLETON — Les 550 pêcheurs de homard du Québec et 3000 de leurs collègues des Maritimes se demandent s’ils obtiendront un appui financier comparable aux autres Canadiens affectés par la COVID-19, à une semaine du lancement de la capture, le 9 mai, alors que les conditions de marché sont au plus bas.

Depuis trois semaines, les homardiers demandent notamment au gouvernement fédéral de leur donner l’assurance qu’ils pourront se qualifier pour l‘assurance emploi jusqu’au printemps 2021, que ce même gouvernement renonce aux recettes des permis et qu’il contingente la pêche, par le biais d’une baisse du nombre de casiers et des jours de capture.

«Il y a quelqu’un qui ne fait pas sa job. On n’a pas de réponse claire. Je ne suis pas capable de penser que nous sommes oubliés, alors que les autres secteurs économiques reçoivent un appui important», précise O’Neil Cloutier, directeur du Regroupement des pêcheurs professionnels du sud de la Gaspésie, représentant les 150 homardiers de la péninsule.

À une semaine du début de la pêche, les acheteurs de homard n’offrent toujours pas de prix de base. Il y a deux mois, en Nouvelle-Écosse, à la fin de la pêche d’hiver, «seulement le tiers des homardiers allaient encore en mer, et ils recevaient 2 $ la livre», précise M. Cloutier.

En 2019, les homardiers gaspésiens ont reçu en moyenne presque trois fois et demie ce montant, soit 6,75 $ la livre. Alors que dans le crabe des neiges, le marché a gardé une certaine vigueur, parce que les ventes sont réalisées en grande majorité au détail, un débouché encore assez vigoureux en temps de pandémie, les ventes de homard se font surtout dans des marchés pratiquement fermés.

«Le homard est vendu dans les restaurants, les hôtels, les casinos, les navires de croisières. Tout ça est arrêté présentement. Si 3500 pêcheurs débarquent en même temps avec leurs prises à partir du 9 mai, la saison va durer trois jours et le prix va planter. Contingentons les prises; réduisons l’offre et ajustons-nous selon ce que le marché du détail pourra prendre. Sinon, on va handicaper la pêche au homard pour les 10 prochaines années», analyse O’Neil Cloutier.

Mesures de gestion

Le ministère fédéral des Pêches et des Océans n’est-il pas tenté de laisser les pêcheurs déterminer eux-mêmes leur contingentement?

«Effectivement, c’est la réponse que nous avons eue du bureau de la ministre. Ils mentionnent que le MPO n’est pas une agence régulatrice du marché. Je lui réponds que la lettre-mandat du premier ministre envoyée à la ministre le 13 décembre 2019 l’autorise à tenir compte de l’impact socio-économique quand des décisions sur des mesures de gestion sont prises […] Les mesures de gestion sont la date d’ouverture, le nombre de casiers utilisés, le nombre de jours de pêche, etc. De toute façon, la nouvelle loi sur les pêches force la ministre à tenir compte de l’aspect socio-économique des pêches par rapport aux décisions prises», précise M. Cloutier, qui n’a pas eu de nouvelles du bureau de la ministre Bernadette Jordan depuis ce temps.

Jane Deeks, attachée de presse de la ministre Jordan, précise par courriel qu’une aide pourrait être accordée, mais elle ne donne pas d’échéancier. «Nous reconnaissons que les pêcheurs de poissons et de fruits de mer font face à de réels défis et ont de graves préoccupations financières à cause du [sic] COVID-19. La ministre, avec ses collègues du cabinet, [travaille] sans relâche sur des mesures qui aideront les pêcheurs d’obtenir [sic] le soutien dont ils ont besoin pendant cette période.»

La valeur des débarquements de homard au Québec s’est établie à 145 millions $ en 2019 et elle a donné du travail à environ 2000 personnes. 

Depuis cinq ans, les prises sont en croissance.