Henri Giscard d'Estaing: le visionnaire du Club Med

Quand Henri Giscard d’Estaing est devenu directeur général de Club Med au début des années 2000, l’entreprise n’allait pas très bien. Il aura fallu presque une décennie, et beaucoup de sacrifices, pour que celui qui est désormais pdg de la multinationale au trident réussisse à redorer le blason de ses 70 villages vacances éparpillés à travers le monde.

M. Giscard d’Estaing peut aujourd’hui dire mission accomplie puisque pour le Club Med, 2018 constitue une année record avec un chiffre d’affaires de 2,4 milliards $, en hausse de 8 %, et plus de 1,4 million de clients, une hausse de 6,5 %. La multinationale a aussi plusieurs autres projets en chantier, dont son premier établissement au Canada qui ouvrira ses portes en décembre 2020 au Massif de Petite-Rivière-Saint-François, dans Charlevoix, et où le pdg s’était rendu vendredi pour souligner le début des réservations et l’avancement des travaux de construction.

Diversification

En entrevue avec Le Soleil, M. Giscard d’Estaing énumère d’ailleurs trois décisions qu’il a prises et qui ont contribué à la relance de la vénérable entreprise qui aura bientôt 70 ans. «D’abord, il fallait faire en sorte que le Club Med soit plus global. On vit dans un monde plus agité à cause des désastres naturels et plus dangereux à cause des attentats et des guerres. Il faut être capable de bénéficier de la croissance là où elle se trouve et il faut aussi une diversité des destinations afin de pouvoir faire face aux incidents qui se produisent dans le monde», explique-t-il.

L’ajout d’une destination canadienne fait justement partie de cette diversification pour Club Med, qui compte des installations en Floride, au Mexique, dans cinq îles des Caraïbes, six pays d’Europe et de la Méditerranée, dans les Alpes, au Brésil, trois pays d’Afrique, cinq pays d’Asie, à l’île Maurice et aux Maldives. En conférence de presse, le pdg avait d’ailleurs parlé d’une «journée de premières» puisqu’on lançait officiellement les réservations au Club Med du Massif, «le premier au Canada et le premier village nature quatre saisons». «Quiconque y séjournera y découvrira le Québec», a-t-il ajouté, vantant la montagne «où l’on peut skier en ayant l’impression qu’on aboutira dans le fleuve Saint-Laurent».

La Fin des cases

«La deuxième décision est notre mouvement vers le haut de gamme. Il fallait être soit les moins chers, soit les meilleurs. On ne pouvait pas être à moitié moins chers et à moitié meilleurs. On a choisi d’être les meilleurs», a-t-il illustré. L’organisation qui comptait à l’époque 130 clubs en a donc fermé 60. «Ce sont des villages qui n’avaient pas les caractéristiques physiques pour soutenir notre nouveau modèle», explique-t-il. Bref, fini les villages de cases qui étaient pendant un certain temps l’image du Club Med. 

«On avait un village de cases qui fonctionnait bien à Cefalú, en Italie, et on l’a fermé pour investir 151 millions $ et bâtir un Club Med Exclusive Collection, le premier avec la cote “cinq tridents” en Europe», poursuit-il. Le Club Med de Charlevoix aura pour sa part la cote quatre tridents. Aujourd’hui, aucun Club Med dans le monde n’a une cote inférieure à trois tridents. Club Med se donne maintenant comme objectif d’ouvrir un nouvel établissement en montagne et quatre nouveaux établissements balnéaires par année.

Miser sur le numérique

En troisième lieu, Club Med a choisi de miser sur le numérique. «Il fallait devenir happy digital, mettre le digital au service des vacances de nos clients. Par exemple, des gens qui arrivent du Brésil pour skier au Club Med de Charlevoix n’ont pas le goût de faire la queue une heure pour choisir leurs skis, leurs chaussures et leur équipement. C’est du temps perdu! Grâce au digital, tout peut se faire d’avance!»

Et maintenant, on a cessé de fermer des clubs Med pour plutôt en ouvrir de nouveaux avec une accélération au niveau du développement des centres de ski, dont l’achalandage a augmenté de 8 % en deux ans. «Club Med a débuté dans le ski en 1956, mais oui, ces dernières années, j’ai décidé d’accélérer les choses et Charlevoix fait partie de cette démarche. Nous avons 20 clubs dans les Alpes et quatre en Asie, deux au Japon et deux en Chine», conclut-il, ajoutant que le Club Med Tomamu Hokkaido, au Japon, a été une destination ski extrêmement populaire depuis son ouverture l’an passé.

L’ajout d’une destination canadienne fait partie de la diversification du Club Med souhaitée par son pdg Henri Giscard d’Estaing.

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OUBLIEZ LA POLITIQUE

Fils de l’ex-président français Valéry Giscard d’Estaing et membre de l’assemblée du département de Loir-et-Cher de 1979 à 1992, le pdg de Club Med Henri Giscard d’Estaing jure qu’il n’a pas l’intention de tenter un retour en politique.

«La réponse est non», laisse tomber l’homme d’affaires de 62 ans. «Je considère que ce que je fais maintenant est aussi utile à la collectivité, apporte autant à la collectivité que ce que je pourrais faire en politique. Pour moi, c’était frappant ce matin avec les gens de la Chambre de commerce de Charlevoix, de constater ce qu’un projet comme le Club Med de Charlevoix peut apporter à une communauté», poursuit-il.

Celui dont le paternel a aussi siégé au parlement européen et présidé la Convention sur l’avenir de l’Europe garde également une vision optimiste de l’Union européenne malgré la situation difficile qu’elle traverse avec le Brexit et la montée des extrémismes dans certains pays. 

«Malgré la période trouble que nous traversons, moi, je regarde les choses avec optimisme. Il y a eu une très forte participation aux dernières élections européennes [50,94 %, en hausse de 8,3 %]. C’est l’un des meilleurs taux de participation depuis la création du parlement européen, alors je préfère m’appuyer sur ça!» conclut-il. Ian Bussières

Henri Giscard d’Estaing, la ministre du Tourisme Caroline Proulx et Daniel Gauthier ont déballé les deux premiers fauteuils du futur Club Med de Charlevoix.

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LE VILLAGE PREND FORME

Deux chaises représentant les premières pièces de mobilier du futur Club Med de Charlevoix et la possibilité de faire des réservations en ligne à un an et demi de l’ouverture officielle. Daniel Gauthier, président du conseil d’administration du Groupe Le Massif, se réjouit de voir tranquillement prendre forme le projet de 120 millions $ qui sera complété en décembre 2020.

«La construction est débutée depuis déjà un an et nous entrons dans la période de prévente. On a déjà commencé à vendre aux groupes. Vous savez, dans les Clubs Med, il y a des clients qui veulent absolument être parmi les premiers à essayer un nouveau club», a déclaré Daniel Gauthier en entrevue avec Le Soleil.

La construction est présentement à l’étape du revêtement du bâtiment principal et, une fois l’aménagement terminé, ce sont 302 chambres familiales et pour couples en plus des suites haut de gamme de l’espace Collection Exclusive qui seront disponibles pour les visiteurs. C’est la firme Lemay Michaud qui a conçu l’architecture et le design du village de montagne en utilisant des matériaux d’inspiration locale.

Cofondateur du Cirque du Soleil, Daniel Gauthier a lancé le projet du Massif en 2002 et est heureux d’avoir maintenant le Club Med comme partenaire. «Ils ont 70 ans d’expérience et ça paraît, ils savent ce qu’ils font et comment le faire. C’est une belle formule sans souci et tout compris», poursuit-il.

«L’un des éléments de leur modèle d’affaires est d’être les premiers sur un site et, pour nous, c’est clair que le Massif doit devenir une destination nationale et internationale parce que le marché domestique n’est pas assez gros. C’était donc une alliance toute naturelle pour nous», conclut M. Gauthier, qui considère que le Club Med Charlevoix stimulera aussi les autres projets de développement immobilier à Petite-Rivière-Saint-François. Ian Bussières