Une augmentation du salaire minimum supérieure à l’inflation menace les marges bénéficiaires des producteurs, allègue le président général de l’UPA, Marcel Groleau.

Hausse du salaire minimum: l’UPA réclame des mesures atténuantes

L’Union des producteurs agricoles (UPA) s’inquiète des conséquences de la hausse rapide du salaire minimum. Quelques jours avant l’élection du 1er octobre, le syndicat réclame au prochain gouvernement de mettre en place diverses mesures pour en atténuer les impacts sur la productivité des fermes du Québec.

D’ordinaire de l’ordre de plus ou moins 2 %, la hausse du salaire minimum a été de 5 % et de 7 % en 2017 et 2018. Ces augmentations plus prononcées menacent les marges bénéficiaires — déjà faibles — des producteurs, qui ne peuvent les transférer en totalité dans le prix des produits sans nuire à leurs affaires, allègue le président général de l’UPA, Marcel Groleau.

« On fait face à des produits importés dont les producteurs ne sont pas soumis aux mêmes contraintes et dont les prix sont compétitifs. L’écart serait trop grand, croit-il. Les gens souhaitent acheter local, mais on sait que le prix demeure un enjeu très important. »

« On ne s’oppose pas à la hausse du salaire minimum. Au contraire, si nos fermes sont plus attrayantes pour les travailleurs avec un meilleur salaire, on est en faveur », nuance celui qui dénonce par ailleurs la dévitalisation des régions et l’exode rural, qui contribuent à la pénurie de main-d’œuvre observée sur de nombreuses fermes du Québec.

Garder la tête hors de l’eau
Un sondage réalisé ce printemps par l’UPA auprès de ses membres — particulièrement les producteurs maraîchers et de petits fruits — a révélé que 90 % d’entre eux sont affectés par la croissance rapide de la rémunération des travailleurs, au point de reporter des investissements, de réduire leurs dépenses ou de geler l’embauche, voire de réduire leur masse salariale. De plus, 43 % des répondants ne réalisent pratiquement plus de profits depuis la plus récente augmentation du salaire minimum, de 0,75 $ l’heure.

Toujours selon l’enquête, près de six producteurs sur dix envisagent de changer leur modèle d’affaires ou de production dès l’an prochain. « Pour plusieurs de nos producteurs, le choix est de diminuer la masse salariale ou de diminuer la superficie en culture parce que certaines tâches ne peuvent pas être remplacées par des robots. Dans le milieu horticole et des petits fruits, par exemple, il y a beaucoup de travail manuel », explique M. Groleau.

Environ 60 % de la main-d’œuvre agricole a une rémunération avoisinant le salaire minimum. Dans le secteur maraîcher, des petits fruits, des vergers et de la culture en serre, les salaires peuvent représenter jusqu’à la moitié des dépenses d’entreprise, indique l’UPA.

Demandes
Pour encaisser le choc d’autres augmentations du salaire minimum, le syndicat de producteurs agricoles réclame du prochain gouvernement qu’il instaure une ou plusieurs mesures permettant d’en étaler les impacts.

Idéalement, le syndicat souhaite la mise en place d’un programme de sécurité du revenu qui compenserait l’écart entre le taux d’inflation et la hausse réelle du salaire minimum. « La hausse de salaire qui suit l’inflation, nous sommes capables de l’absorber; c’est quand elle est supérieure qu’il devient difficile d’en accuser les impacts, allègue le président de l’UPA. On veut seulement une période de transition plus longue pour conserver la rentabilité de nos entreprises. »

La Financière agricole du Québec, qui gère déjà bon nombre de programmes d’aide pour les entreprises du secteur agroalimentaire, serait toute désignée pour prendre en charge cette nouvelle mesure. « À nos yeux, c’est la manière la plus intelligente et ciblée de nous aider, car ça aide ceux qui en ont vraiment besoin. C’est ce que l’Ontario a fait de son côté », relève M. Groleau.

À défaut d’offrir ce programme de sécurité du revenu, l’UPA penche pour un crédit d’impôt remboursable pour les entreprises du secteur agricole qui compenserait en partie la hausse des dépenses engendrées par l’augmentation du salaire minimum.

Selon M. Groleau, il en coûterait tout au plus 30 millions de dollars annuellement pour mettre en place des mesures compensatoires, soit deux fois moins qu’en Ontario. « Trente millions, c’est si le salaire minimum passe à 15 $ de l’heure d’un seul coup », précise-t-il.

En parallèle, l’UPA réclame la mise en place d’un fonds de soutien à l’investissement et à l’adaptation permettant d’identifier des technologies prometteuses pour l’industrie et les coûts et bénéfices liés à leur implantation. Cette dernière pourrait être ensuite subventionnée à partir de ce fonds. « De pouvoir s’automatiser là où on peut permettre aux entreprises de faire face à la fois à la pénurie de main-d’œuvre et à l’augmentation des salaires, tout en devenant plus performantes pour faire face à la compétition [internationale] », mentionne M. Groleau, qui n’a toutefois pas pu chiffrer le coût de la mesure.

Inquiétudes
La prolongation des négociations sur l’ALENA n’inquiète pas M. Groleau outre mesure. Selon lui, la guerre commerciale que se livrent la Chine et les États-Unis aura plus d’incidence sur le prix des aliments à court terme, puisqu’une surabondance de produits sur le marché nord-américain pourrait entraîner des enchères à la baisse.

« La Chine, qui est un gros client des États-Unis, a commencé à taxer des viandes et des fruits. D’autres fournisseurs internationaux en ont profité pour entrer sur le marché chinois, et ça risque d’entraîner des surplus sur le marché nord-américain auquel on appartient, croit M. Groleau. On est donc des victimes collatérales de cette guerre commerciale, qui à mon avis a plus d’impact actuellement. »