Guy Laliberté a fait part, jeudi à Montréal, de la stratégie de Lune Rouge, son plus récent projet.

Guy Laliberté: Pour que les fruits de la créativité restent au Québec

MONTRÉAL - Un peu plus de trois ans après avoir vendu le Cirque du Soleil, Guy Laliberté désire mettre en place les outils afin de s’assurer que la propriété intellectuelle des prochaines initiatives créatives demeure au Québec.

Selon l’homme d’affaires, une fenêtre de «trois à cinq ans» est ouverte afin que le Québec et Montréal se positionnent comme des acteurs importants du secteur des nouvelles technologies du divertissement et de la créativité.

«Nous sommes à l’aube de cette nouvelle technologie, comme la réalité augmentée et l’intelligence artificielle», a-t-il expliqué, jeudi, au cours d’une rencontre de presse visant à dévoiler la stratégie de Lune Rouge, son plus récent projet, qui est le fruit d’une longue réflexion.

À terme, M. Laliberté a dit souhaiter que cette initiative puisse épauler les plus jeunes entrepreneurs et accélérer le développement de leurs idées et que la propriété et les bénéfices demeurent dans la province.

Sans aller jusqu’à remettre en question les crédits d’impôt qui ont incité de nombreux géants de l’industrie des jeux vidéo à venir s’installer au Québec, le fondateur du Cirque y est allé de son analyse sur cette mesure fiscale.

«De grandes entreprises sont venues (...) et ont développé de la créativité, mais les bénéfices vont où? Ils restent dans leurs sièges sociaux ailleurs. La créativité, elle va où? Elle n’est pas ici», a-t-il dit.

L’écosystème Zu et la fondation ayant été mise sur pied par le créateur du Cirque ratissent très large, allant de la création, en passant par le secteur du multimédia, les investissements immobiliers ainsi que par la présentation de spectacles physiques.

Siège social de Lune Rouge, la Maison Alcan, qui se situe au centre-ville de Montréal, servira notamment de lieu de rencontre pour les différents créateurs. Des travaux de rénovation d’environ 35 millions $ seront réalisés au cours des deux prochaines années dans cet immeuble acquis pour 50 millions $.

Au sud de la frontière, Lune Rouge s’est associé à des partenaires dans le but de développer un projet dans les quartiers Little Haiti et Little River de Miami afin de les orienter vers les technologies, les arts et le divertissement.

Déjà, à la fin septembre, Lune Rouge avait annoncé le lancement d’une filiale, Reflector, un studio montréalais spécialisé dans le contenu multimédia.

En ayant l’oeil sur la présentation de spectacles physiques, Lune Rouge n’empiétera pas sur le terrain de jeu du Cirque du Soleil, a estimé M. Laliberté, évoquant d’éventuelles collaborations entre les deux entreprises.

«Nous sommes dans une niche créative différente de celle du Cirque», a-t-il estimé.

Argent à venir

Toujours propriétaire du Cirque à hauteur de 10%, M. Laliberté a expliqué que la fondation Lune Rouge financera et accompagnera les projets sélectionnés. Selon lui, des annonces auront lieu très prochainement.

«Nous allons financer des jeunes créateurs ou des jeunes entrepreneurs, a-t-il dit. Ce sont des dons accompagnés. Je ne crois pas (à la stratégie) de seulement donner un chèque.»
Un montant - qui n’a pas été précisé - sera annuellement déposé dans la fondation Lune Rouge. M. Laliberté mettra son patrimoine personnel à contribution, disant être «pas mal «all in»» avec ses investissements.

M. Laliberté a profité du dévoilement de sa stratégie pour inviter les différents paliers de gouvernement, le secteur privé ainsi que les individus à apporter une contribution financière dans le but d’accompagner le plus grand nombre de projets.

«Les lignes sont déjà à l’eau, a dit le fondateur du Cirque. Certaines personnes sont intéressées. Pour les cinq prochaines années, le plus d’implication possible et un maximum d’argent permettra à plus de gens de se positionner.»

Bien que les critères entourant la créativité, les partenaires et les impacts sociaux seront évalués avant de sélectionner un projet, M. Laliberté a aussi souligné que la rentabilité entrera en ligne de compte.

Lune Rouge compte déjà plus de 250 employés ainsi que d’autres collaborateurs.

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Le Cirque du Soleil en Arabie Saoudite: un malaise pour Guy Laliberté

À la lumière des récentes tensions géopolitiques en Arabie saoudite, Guy Laliberté, a exprimé un certain malaise vis-à-vis la performance offerte par la troupe dans ce pays le 23 septembre dernier.

Dans le cadre d’une rencontre avec la presse, jeudi, afin de dévoiler la stratégie de son plus récent projet, Lune Rouge, l’homme d’affaires a pris soin de rappeler qu’il ne détenait plus de pouvoir décisionnel dans cette entreprise.

«Je suis partenaire (...) mais je ne prends plus ces décisions-là, a expliqué M. Laliberté. Oui, cela me fait quelque chose, mais ce n’est pas moi qui décide.»

Ce spectacle du Cirque s’est déroulé avant que le royaume ne devienne la cible de virulentes critiques de la part des membres de la communauté internationale pour le meurtre brutal du journaliste dissident Jamal Khashoggi dans un consulat à Istanbul, en Turquie.

Néanmoins, la performance de la troupe, qui a eu lieu à l’occasion de la fête nationale saoudienne, est survenue en pleine querelle diplomatique entre Ottawa et Riyad - qui a entre autres provoqué l’expulsion de l’ambassadeur du Canada par le royaume.

Invité à commenter, M. Laliberté s’est montré très prudent, affirmant que cela était «difficile» en raison de la présence de «vieux amis» au sein de l’entreprise qu’il ne voulait pas critiquer.

«Je suis sûr que dans le contexte actuel le Cirque doit avoir son malaise parce que (l’entente a été conclue) à une époque où il semblait que les choses allaient dans le bon sens (en Arabie saoudite), a affirmé l’homme d’affaires. À un moment donné, est-ce que tu prends une décision de te retirer ou pas? Ce n’est pas mon choix.»

En 2015, M. Laliberté avait cédé 60% de sa participation dans le Cirque du Soleil à la firme d’investissement américaine TPG Capital ainsi que 20% à Fosun Capital Group, une firme chinoise. La Caisse de dépôt et placement du Québec avait mis la main sur une participation de 10%, soit la même que conserve le fondateur de la troupe ayant vu le jour en 1984.

L’homme d’affaires est toujours impliqué dans la «réflexion créative» au sein de l’entreprise, a-t-il indiqué. 

Jeudi après-midi, la Cirque du Soleil n’avait pas répondu aux courriels envoyés par La Presse canadienne.