Quatre compagnies de taxi de la région, comme Regal Taxi, ont décidé de participer à la grève rotative qui touche le Québec depuis quelques jours.

Grève rotative de l'industrie du taxi à Gatineau: «la juste valeur» réclamée

Les chauffeurs de quatre compagnies de taxi de Gatineau se sont joints jeudi au mouvement de grève rotative qui affecte le Québec depuis quelques jours en guise de protestation contre le projet de loi 17. Durant une période de deux heures, les clients se butaient à des boîtes vocales en téléphonant chez Bob Taxi, Crown Taxi, Regal Taxi et Aylmer Taxi.

De 9 h à 11 h, un cortège composé d’une centaine de chauffeurs de taxi a défilé à différents endroits du secteur Hull, dont le stationnement du Casino du Lac-Leamy et quelques rues du centre-ville. En signe de mécontentement, les klaxons se sont fait entendre à plusieurs reprises. Les répartiteurs ne répondaient à aucun appel, mais le service de transport adapté a été maintenu.

Le propriétaire de Bob Taxi, Toni Fadel, estime qu’il était essentiel de participer à cette grève pour lancer un message clair au gouvernement Legault au sujet de sa réforme de l’industrie du taxi. Le projet de loi met fin aux territoires et aux quotas de taxis, rendant nulle la valeur des permis des taxis. S’il est adopté, il ouvre aussi la porte aux nouvelles initiatives de covoiturage rémunéré comme Uber.

« Ce projet de loi, ça vise carrément à éliminer le système actuel, alors que ce n’est pourtant pas nous qui l’avons inventé. Depuis des dizaines d’années, le gouvernement exige un permis dont la valeur varie d’une ville à l’autre, alors nous on en a acheté et on a investi. On s’est conformé à la réglementation. Il y a des inspections, de la calibration, une vérification des antécédents judiciaires, etc. Là, du jour au lendemain, on décide de mettre ça à zéro en disant : on va vous payer la valeur initiale de votre permis et on se fout des investissements que vous avez pu faire. Nous, on répond que s’ils veulent nous éliminer, ils devront nous payer notre juste valeur. C’est comme une maison, si l’on veut t’exproprier, on ne peut pas t’offrir le prix d’il y a 30 ans », lance-t-il.

Insatisfaits de l’indemnisation d’un peu plus de 800 millions $ offerte par Québec, les chauffeurs de taxi réclament que plus de 1,3 milliard $ soit déposé sur la table pour la perte de valeur de leurs permis et leur rachat.

À l’heure actuelle, 179 permis de taxi sont décernés par la Commission des transports du Québec (CTQ) dans les différentes agglomérations du territoire de Gatineau, dont 84 uniquement dans le secteur Hull. Le maximum autorisé est de 186.

« Il n’y aura plus de limites. On pourrait se retrouver peut-être avec 400 permis à Gatineau si la loi est adoptée demain matin. Qui va faire de l’argent ? Personne. On a répété à maintes reprises au ministre (François Bonnardel) de regarder ce qui se passe à New York. Là-bas, on a procédé à une déréglementation de l’industrie et on a réalisé quelques années plus tard que les chauffeurs gagnaient en deçà du salaire minimum et qu’il y avait plus de pollution. On a fait marche arrière. [...] Le gouvernement pourrait par exemple établir un seuil maximal durant les deux ou trois premières années, plutôt que d’opter tout de suite pour un nombre illimité » affirme M. Fadel, qui espère que le gouvernement finira par plier.

Interrogé à savoir si le domaine du taxi a su s’adapter au 21e siècle, le principal intéressé répond qu’une modernisation s’est entamée dans la région ces deux dernières années et que certaines entreprises ont entamé des discussions afin d’améliorer le service à la clientèle.

« Le gouvernement a mis une sorte de murs mitoyens entre les territoires desservis, mais s’il nous laisse travailler ensemble, on pourrait par exemple s’aider à certaines périodes de la journée, selon l’achalandage. En ce moment, ce n’est pas le cas, car les règles sont strictes », explique-t-il.

La grève tournante se poursuivra à travers la province dans les semaines à venir. L’option de déclencher une grève générale illimitée n’est pas écartée, si le gouvernement « demeure insensible », soutient M. Fadel. Une grève d’une journée complète, voire d’une semaine, est aussi dans les cartons, dépendant de la suite des pourparlers.

Taxi Loyal n’a pas participé à la grève rotative de jeudi en Outaouais. Invitée à s’expliquer, la compagnie n’a pas rappelé Le Droit.