L'entreprise de Gatineau fonctionne si bien présentement que Glatfelter construit une usine similaire en Arkansas, aux États-Unis. Et c'est Alexandre Gosselin qui en a également pris la direction.

Glatfelter: un succès industriel méconnu

Lorsqu'Alexandre Gosselin, le directeur de l'usine Glatfelter, débarque en Outaouais en 2010, il arrive en terrain totalement inconnu. Âgé d'à peine 31 ans, il n'a jamais dirigé d'entreprise, ignore tout de Glatfelter et ne connaît pas la région.
Il prend alors la direction d'une usine qui perd de l'argent, avec des clients insatisfaits du produit et un grand nombre d'employés qui se blessent au travail. Cinq ans plus tard, l'usine est redevenue rentable, les clients sont heureux et le nombre d'accidents de travail de travail a fondu!
«La compagnie a pris un risque avec moi, c'est certain», reconnaît en riant cet ingénieur mécanique doté d'une maîtrise en administration des affaires, dans son bureau situé dans l'Aéroparc de Gatineau. Avant son arrivée à Glatfelter, il était directeur de la production dans le domaine de l'imprimé.
Et le risque a été payant pour Glatfelter, une compagnie qui existe depuis 152 ans. Depuis son arrivée en poste, l'usine de Gatineau a vu ses ventes bondir de 40 %, les plaintes ont chuté de 60% et l'an dernier, seulement cinq accidents de travail ont été rapportés alors qu'il y en avait eu une vingtaine en 2011. Le climat de travail a changé du tout au tout.
«Je n'ai pas accompli ça tout seul, j'ai été bien encadré par la compagnie et mes gestionnaires. Mais avec de la discipline et en mettant l'accent sur la qualité, tout le reste a suivi. Et c'est vrai que j'ai confiance en moi, lance-t-il, toujours en souriant. Au début, les gens du siège social (en Pennsylvanie) étaient ici toutes les deux semaines. Maintenant, on ne les voit plus!» Lui qui avait toujours voulu diriger une usine, il réalise présentement son rêve.
Une entreprise en pleine expansion
Glatfelter est une référence mondiale dans le papier absorbant. Si vous achetez des serviettes hygiéniques, des lingettes pour bébé, des linges nettoyants ou des couches, soyez assurés que leurs fibres ont été produites à Gatineau. L'usine vend pour plus de 100 millions de dollars US par année et elle est devenue, avec ses 320 ouvriers, le plus gros employeur industriel privé de la région. Pourtant, cette entreprise encore plus vieille que le Canada, demeure peu connue de la population.
En fait, l'entreprise de Gatineau fonctionne si bien présentement que Glatfelter construit une usine similaire en Arkansas, aux États-Unis, pour répondre à la demande mondiale. Et c'est Alexandre Gosselin qui en a également pris la direction.
Exportation égale richesse
Monsieur Gosselin pourrait très bien s'appeler Monsieur Exportation en Outaouais. Son usine exporte 98 % de sa production hors-Québec, il préside Export Outaouais, dont le mandat est de stimuler les entreprises à vendre à l'étranger et depuis le mois dernier, il siège à la commission de développement économique de la ville de Gatineau. «La seule façon de s'enrichir comme région, c'est par l'exportation. Ça rapporte de l'argent neuf. Ce sont les clients en Chine ou au Brésil qui payent nos salaires», affirme avec conviction l'homme de 36 ans.
Il entend bien porter son message aux responsables économiques de la ville. «Les grandes entreprises de la région ont peut-être été oubliées au fil du temps. La ville doit avoir une stratégie pour les faire grandir. Il faut les aider.» Comment? Trop tôt dit-il pour en parler publiquement.
Défis pour rester à l'avant-garde
Pour continuer de grandir, l'usine de Gatineau doit s'assurer d'avoir une main-d'oeuvre qualifiée et abondante. Elle doit aussi diminuer ses coûts de production, dit-il, car bientôt elle sera en compétition avec sa propre usine-soeur, en Arkansas. Et surtout, elle doit innover. Pour y arriver, elle peut compter sur cinq chercheurs dont la mission est de trouver de nouveaux produits et de nouveaux marchés.
Entre ses déplacements en Arkansas et l'usine de Gatineau, Alexandre Gosselin gère aussi une autre entreprise tout aussi exigeante : sa famille. Marié, père de trois jeunes garçons, dont l'aîné qui a commencé à jouer au hockey, il doit trouver du temps pour elle. Mais désormais, après cinq ans dans la région, il est en terrain de connaissance, sinon celui de la reconnaissance.