La Fromagerie Montebello compte sur deux équipes de livraison pour répondre aux demandes des clients.
La Fromagerie Montebello compte sur deux équipes de livraison pour répondre aux demandes des clients.

Fromagerie Montebello: de la fromagerie à la porte du client

Forcé de développer sa plateforme de vente en ligne en quatre jours afin de répondre à la crise de la COVID-19, le fromager Alain Boyer, propriétaire de la Fromagerie Montebello, ignorait à quel point son outil de commerce électronique, qui devait ironiquement être lancé l’automne prochain, allait trouver écho auprès du public. Avec plus d’une centaine de livraisons par semaine effectuées depuis un mois dans une quinzaine de municipalités de la Petite-Nation, mais aussi aux quatre coins de la ville de Gatineau et dans certains secteurs de L’Ange-Gardien et Mayo, l’homme d’affaires n’a plus de doute dans son esprit.

«J’ai un livreur qui passe de 8 à 10 heures dans la Petite-Nation et moi et ma conjointe (Anouk), on passe entre 12 et 14 heures sur la route à Gatineau. Nous sommes deux équipes de livraison. On doit malheureusement refuser des commandes parce que la demande est trop élevée. On est en train de développer une nouvelle clientèle. Ça fait un mois que ça dure et on voit du repeat. Je suis vraiment emballé par ça, surtout parce que ça me permet d’être en contact direct avec nos clients. Ça me donne des ailes», lance le fromager au bout du fil.

Le système est assez simple. Les clients doivent enregistrer leur commande en ligne ou par téléphone avant 19h le dimanche. Ils choisissent parmi les gammes de fromages en grains ou de fromages fins concoctés à Montebello. Le paiement se fait par Internet. Les produits sont livrés directement à la porte des clients chaque jeudi.

Quand la pandémie a frappé de plein fouet le Québec, à la mi-mars, la fabrique artisanale de fromage dont les produits se retrouvent dans quelque 200 épiceries et épiceries fines au Québec ainsi que dans les succursales Farm Boy d’Ottawa, a dû fermer son comptoir de Montebello, souligne M. Boyer.

«J’ai eu l’anxiété dans le tapis durant une semaine. Du jour au lendemain, ma production a chuté de 50% parce que j’ai perdu tous mes restaurateurs et mes distributeurs achetaient moins. J’ai pris la décision de fermer le comptoir pour la sécurité de mes employés et j’ai misé sur les ventes en ligne. C’était un pari risqué, mais ç’a fonctionné. Ce qui est le fun avec le commerce en ligne, c’est la liquidité. Quand je vends, ça entre dans le compte directement», raconte M. Boyer.

Solidifier l’entreprise à long terme

«Je compétitionne avec moi-même, c’est sûr, parce que je vends moins cher sur la plateforme qu’en épicerie, mais je n’avais pas le choix. Sans les ventes en ligne, je n’aurais pas été dans une bonne position. J’aurais été forcé de réduire ma production au minimum. Au début de la plateforme, j’avais un employé qui préparait les commandes. Aujourd’hui, j’ai quatre personnes qui préparent les commandes à livrer. J’ai la même main d’oeuvre qu’au début de la crise, même si la production n’est pas la même», ajoute l’entrepreneur.

Même si le comptoir de la Fromagerie Montebello est fermé, les employés sont à pied d'oeuvre pour produire le fromage vendu en ligne.

La jauge de résilience de l’entrepreneur a d’ailleurs grimpé considérablement avec toute la situation des dernières semaines. Même si elle a vu son chiffre d’affaires fondre de 30% malgré la mise en place de son service de livraison, la Fromagerie Montebello, qui a récolté plusieurs distinctions à travers les années dont deux prix Caseus en 2018 et 2019 pour son fromage à pâte molle l’Adoray, va sortir grandie de cette pandémie, estime M. Boyer.

«C’est sûr que je ne pourrai jamais récupérer tout l’argent que j’ai perdu. C’est trop énorme comme pertes, mais ce n’est pas grave. Je pense que tout ça me permet de me positionner plus fort pour l’avenir. Si les ventes en ligne continuent de bien fonctionner quand le comptoir physique rouvrira et que les restaurateurs reprendront leurs activités, la business va être encore plus solide pour le futur», de conclure l’homme d’affaires.