Chrystia Freeland s'est entretenue à Toronto avec le président du syndicat canadien Unifor, Jerry Dias (à droite), et son homologue américain, le président du syndicat des Travailleurs unis de l'automobile, Dennis Williams (à gauche).

Freeland rencontre les syndicats de l'automobile

Les syndicats canadiens et américains des travailleurs de l'automobile disent qu'ils continueront à lutter pour des salaires plus élevés au Mexique, et ce, avec ou sans un renouvellement de l'ALÉNA, malgré la menace du président américain Donald Trump de se retirer de l'accord, quelques jours avant le début d'une autre ronde de pourparlers.
À la suite d'une rencontre avec la ministre des Affaires étrangères, Chrystia Freeland, à Toronto, vendredi, le président d'Unifor et son homologue américain des Travailleurs unis de l'automobile ont déclaré qu'ils ne se sentent pas concernés par la déclaration du président Trump. Lors d'un rassemblement aux allures de campagne électorale, en Arizona, cette semaine, M. Trump a prédit que les États-Unis allaient éventuellement se retirer de l'ALÉNA.
«Si Donald Trump menace de s'en retirer, pas de problème», a déclaré Jerry Dias, le président national d'Unifor, un syndicat qui représente les travailleurs de l'industrie automobile au Canada.
«La peur de rester dans l'ALÉNA dans les conditions actuelles est bien pire que la peur de l'abandonner.»
Le président des Travailleurs unis de l'automobile, Dennis Williams, a renchéri que si «le président des États-Unis décide de déchirer l'ALÉNA, qu'il en soit ainsi.»
Les bas salaires au Mexique ont été une épine au pied des syndicats canadiens et américains depuis l'entrée en vigueur de l'Accord de libre-échange nord-américain, dans les années 1990.
Les syndicats affirment que l'augmentation des protections pour les travailleurs et l'application des sanctions pour les contrevenants augmenteront le niveau de vie des Mexicains, tout en rendant le Canada et les États-Unis plus attractifs par comparaison. Ils se plaignent que les salaires versés au Mexique peuvent être aussi bas que 90 centimes par heure et ils accusent le pays d'utiliser de la main-d'oeuvre bon marché comme moyen d'attirer des entreprises.
Plusieurs estiment que l'ALÉNA a entraîné la fermeture de quatre usines d'assemblage au Canada et dix aux États-Unis, alors que le nombre d'usines mexicaines a pour sa part augmenté depuis la signature de l'accord.
M. Williams avance que les bas salaires au Mexique et les conditions de travail demeureront un point d'achoppement, même si le renouvellement de l'ALÉNA échoue.
«Les travailleurs sont toujours exploités et le niveau de vie aux États-Unis continue de baisser», a-t-il souligné.
«Dès que nous pouvons discuter de commerce, discuter des droits des travailleurs, discuter d'équité pour toutes les communautés, ça ne sert pas à rien.»
L'événement de vendredi a été l'une des nombreuses rencontres de la ministre Freeland avec des représentants des syndicats, alors que l'équipe de négociation du Canada poursuit les pourparlers à Washington.
Chrystia Freeland n'a pas répondu aux questions des journalistes lors la réunion à huis clos, mais a réitéré certains des principaux enjeux de la  renégociation pour le pays.
«Comme le Canada l'a dit, les conditions de travail sont particulièrement importantes pour nous, tout comme l'est l'enjeu de l'environnement», a-t-elle déclaré.
Le secteur de l'automobile a émergé comme un enjeu majeur dès le début des discussions, la semaine dernière, lorsque le représentant américain au Commerce, Robert Lighthizer, a amorcé les pourparlers en ciblant le secteur manufacturier comme principale raison pour laquelle les Américains considèrent l'ALÉNA comme un échec.
Il a parlé du secteur de l'automobile jusque dans les plus petits détails, signalant que des milliers de travailleurs américains avaient perdu leur emploi.
Les États-Unis insisteront pour que le nombre minimal de pièces de voitures fabriquées en Amérique du Nord soit augmenté afin d'éviter les tarifs.