Le préjugé voulant que les travailleurs expérimentés soient réfractaires à la technologie devrait être déconstruit par une campagne de sensibilisation, soutient une étude réalisée par la Fédération des chambres de commerce.

Faut-il repousser l’âge de la retraite?

MONTRÉAL — Si Québec veut maintenir au travail les employés plus âgés, voire inciter ceux qui ont pris leur retraite à revenir sur le marché du travail, il nous faudra collectivement réfléchir à savoir si 65 ans « est toujours l’âge optimal pour prendre sa retraite », estime le PDG de la Fédération des chambres de commerce du Québec, Stéphane Forget.

Plusieurs pays comme les États-Unis, la France, l’Allemagne et l’Australie ont repoussé à 67 ans l’âge de la retraite. Et 65 ans est peut-être l’âge optimal pour des travailleurs manuels, mais peut-être pas pour tous les types de travailleurs, a-t-il souligné au cours d’une entrevue, mardi.

Alors que le ministre du Travail, Jean Boulet, a annoncé lundi une offensive de séduction auprès des travailleurs expérimentés, pour contribuer à résoudre les problèmes de rareté de main-d’œuvre dans bien des secteurs, la Fédération des chambres de commerce a justement réalisé une étude sur ce « potentiel sous-exploité » qu’ils représentent.

Le Japon généreux

L’étude fait notamment référence au Japon, qui a adopté des mesures qui ont connu un succès certain en la matière. Les organisations qui recrutent des travailleurs de 60 à 64 ans touchent une subvention équivalant à une somme de 6250 $ à 11 250 $ CAN par recrutement.

On y offre aussi une subvention de 500 $ par mois à toute entreprise qui prend à l’essai pendant trois mois un travailleur de 45 ans et plus. Et cela fonctionne, puisque les taux de maintien après trois mois dépassent 75 %.

M. Forget souligne que les gouvernements du Québec et du Canada ont déjà adopté des crédits d’impôt en ce sens, qui sont particulièrement intéressants pour les plus bas salariés.

Enlever des barrières

Mais on pourrait faire plus par des mesures simples, souligne-t-il.

« Au Régime des rentes du Québec, quelqu’un qui décide de commencer à recevoir sa rente, si huit mois après avoir débuté, il décide de retourner sur le marché du travail à temps plein, il appelle à Retraite Québec en disant ‘j’aimerais arrêter de percevoir ma rente, parce que je suis retourné sur le marché du travail’, la réponse actuellement va être : ‘monsieur, ça fait plus de six mois et on ne peut pas arrêter’. Est-ce qu’on ne pourrait pas penser à modifier cela ? » demande M. Forget.

Des conventions collectives pourraient également être modifiées pour permettre aux travailleurs expérimentés de travailler graduellement durant quatre, puis trois jours, afin de permettre à un autre employé de travailler durant les autres journées du même poste à temps complet, illustre M. Forget.

L’étude suggère aussi de mener une campagne de sensibilisation pour déconstruire certains préjugés, comme ceux voulant que les travailleurs expérimentés soient réfractaires à la technologie et qu’ils ne veulent plus apprendre.

« Il va falloir faire évoluer le rapport de la société avec l’âge », note M. Forget. Dans les pays où de telles initiatives ont fonctionné, il a fallu faire d’importantes campagnes de promotion, tant auprès des entreprises que des travailleurs.