Pierre Fitzgibbon

Factures impayées dans le dossier BioÉnergie AE: l’intervention de Fitzgibbon demandée

Les Industries Fournier de Thetford Mines demandent l’intervention du ministre de l’Économie et de l’Innovation, Pierre Fitzgibbon, afin que BioÉnergie AE Côte-Nord de Port-Cartier, qui fabrique du biocarburant à partir de copeaux de bois, acquitte enfin une dette de 5,6 millions $ qu’elle a contractée pour la construction de son usine et dont le non-paiement met en péril le fonctionnement de l’entreprise thetfordoise.

«J’ai eu des promesses, mais je n’ai jamais été payé. Pendant ce temps, le tuyau d’air est de plus en plus petit», illustre Harold Roy, président et chef de la direction des Industries Fournier à propos de l’impact du non-paiement de cette dette sur son entreprise. Interrogé à savoir si la situation mettait en danger l’avenir des Industries Fournier, qui emploient près de 400 travailleurs, M. Roy a été clair : «Danger, le mot est faible! Tous nos projets d’investissement, tous nos projets d’innovation et tous nos projets de croissance en Europe sont arrêtés depuis que nous attendons ce paiement, soit depuis un an», déplore-t-il.

Hypothèque légale

Les Industries Fournier ont même dû se résoudre à enregistrer une hypothèque légale sur l’usine BioÉnergie AE afin de protéger cette importante créance. «Si rien n’est fait, nous n’aurons pas le choix d’aller démanteler l’usine et vendre le métal au recyclage. On est rendu là... Je doute que ce soit la vision du gouvernement du Québec pour la filière du biocarburant forestier alors qu’il songe à augmenter l’utilisation du biocarburant», a poursuivi M. Roy.

C’est en raison d’un dépassement de coûts de moins de 10 % du coût total du projet que BioÉnergie AE refuserait de payer ses fournisseurs, dont les Industries Fournier est le plus important pour 5,6 millions $ et d’autres pour un total de 3,6 millions $ incluant AXC Construction, G7 Construction, le Syndicat et les travailleurs de la construction et l’entrepreneur RFP Électrique de Port-Cartier.

M. Roy estime cependant que BioÉnergie AE est la seule responsable des dépassements de coûts, notant une installation et un assemblage plus complexes et plus coûteux que prévu, des retards de livraison d’équipement qui ont amené les employés d’Industries Fournier à travailler 80 000 heures sur le projet plutôt que les 30 000 prévues au devis et l’installation de 9 km de tuyaux plutôt que les 3 km prévus. De plus, de graves vices de conception ou de fabrication de l’équipement livré pour l’usine par l’entreprise Envergent et un changement du statut réglementaire de BioÉnergie AE d’industriel léger à industriel lourd auraient contribué à faire gonfler les coûts de construction. Le groupe Rémabec/Arbec/Ensyn, promoteur de BioÉnergie AE, n’aurait payé depuis juillet 2018 que 3,6 millions $ des 12,7 millions $ de travaux supplémentaires réalisés à l’usine.

Intervention nécessaire

Pour M. Roy, l’intervention du ministre Fitzgibbon s’impose, non pas seulement pour sortir son entreprise d’une situation difficile, mais parce que le projet BioÉnergie AE a englouti près de 80 millions $ en fonds publics dans ce projet de 105 millions $ issu d’un partenariat public-privé. Le gouvernement du Québec y a en effet injecté 32 millions $ et celui du Canada, 44,5 millions $.

«Nous souhaitons obtenir une rencontre avec le ministre afin de discuter des tenants et aboutissants du dossier et pour le convaincre d’intervenir de façon urgente afin que les promoteurs règlent leurs dettes une fois pour toutes», poursuit-il. L’usineBioÉnergie AE fonctionne présentement en mode rodage avec une trentaine de travailleurs. Harold Roy déplore que le Groupe Rémabec/Arbec et son actionnaire Jolina Capital inc., la société de portefeuille des actifs de la famille Saputo, continuent tout de même de financer les frais d’exploitation de l’usine de Port-Cartier livrée en juillet 2018 pendant que des fournisseurs attendent toujours d’être payés. «Ce comportement de «mauvais payeur» est non seulement inacceptable, mais également indigne et odieux de la part de grandes entreprises québécoises qui agissent elles-mêmes en partenariat avec l’État québécois dans divers projets de développement économique. Prendre les entrepreneurs et fournisseurs en otage comme l’ont fait Groupe Rémabec/Arbec et son actionnaire Jolina Capital envoie un très mauvais message pour l’avenir de tels projets», conclut-il.