Résolu a été victime de conditions de bas de cycle pour la pâte commerciale.
Résolu a été victime de conditions de bas de cycle pour la pâte commerciale.

Exercice difficile pour Résolu

Louis Tremblay
Louis Tremblay
Le Quotidien
Le dernier trimestre de 2019 de la papetière Résolu traduit une année marquée par des conditions de bas de cycle pour la pâte commerciale. La multinationale a affiché une perte nette de 71 millions $ US, comparativement à un bénéfice net de 36 millions $ US, il y a un an, ce qui entraînera une perte globale de 47 M$ pour l’année financière.

Les chiffres publiés jeudi par la papetière dissimulent toutefois certains éléments favorables en cette fin d’année financière, lesquels amènent le patron Yves Laflamme à être optimiste pour l’avenir de l’entreprise.

« Dans les secteurs de la pâte commerciale, on doit tenir compte que nous avons eu des problèmes avec une usine aux États-Unis. Mais nous sommes toujours en bonne position avec des actifs de qualité avec nos usines de Saint-Félicien et de Thunder Bay », indique le président et chef de direction.

Les indices sont également intéressants du côté du marché du bois d’œuvre aux États-Unis, alors que les prix ont augmenté de 30 $ le 1000 PMP, après une descente spectaculaire. Le marché a ainsi passé la barre des 400 $ US/1000 PMP, alors qu’il a déjà été à 260 $ US pendant la crise. Selon Yves Laflamme, ce sont des prix intéressants.

Mais le rapport financier fait aussi état d’une augmentation des coûts de production découlant du prix de la fibre au Québec, hausse qui a eu pour effet de pratiquement annuler l’augmentation du prix.

Acquisitions

Produits forestiers Résolu (PFR) mise sur l’acquisition de trois scieries aux États-Unis pour profiter de cette amélioration du marché et des perspectives d’avenir favorables aux États-Unis.

« L’acquisition imminente de trois scieries dans le sud des États-Unis est une étape importante de notre stratégie de transformation. Cette opération fournira une croissance immédiate dans un marché attrayant, avec des approvisionnements en fibre suffisants et des actifs se trouvant près des marchés finaux en expansion. Notre situation financière restera solide après cette acquisition et nous soutiendra dans la poursuite de notre stratégie de transformation », a déclaré le chef de direction.

Le président et chef de la direction de Résolu, Yves Laflamme, juge important d’apporter des correctifs au régime forestier afin de freiner la hausse du prix de la fibre observée depuis sa mise en place.

Autres secteurs

Le patron de Résolu enchaîne en soulignant une performance intéressante dans le papier tissu, un nouveau marché dans la mire de Résolu depuis l’acquisition d’usines de production aux États-Unis. Yves Laflamme explique que l’entreprise doit continuer d’améliorer ses performances au chapitre de la production de ce type de papier, et que les éléments se présentent bien.

Le vaste secteur du papier journal poursuit son recul en raison de la transformation de l’industrie des médias écrits. La demande mondiale a diminué de 14 %, au cours de la dernière année. La situation est aussi sous pression pour le secteur de l’impression commerciale.

Yves Laflamme donne en exemple la décision de Wallmart USA, qui a décidé de cesser la distribution de circulaires. Ce sont, selon les dires de M. Laflamme, des décisions qui s’accumulent, comme le Publisac dans la région de Montréal, et qui ont un impact sur la demande.

« Il faut donc avoir des usines en mesure de fabriquer différents produits », précise le président de Résolu.

Présence régionale

Il est impossible pour la papetière de se prononcer à long terme sur la situation de son parc de machines à papier en raison de la réalité des marchés.

Malgré les problèmes du coût de la fibre au Québec, Résolu entend maintenir une présence importante au Saguenay–Lac-Saint-Jean.

Les investissements annoncés pour Kénogami et ceux réalisés à l’usine de Saint-Félicien témoignent de la confiance de l’entreprise pour les installations régionales.

« Nous sommes également ravis de notre projet nouvellement annoncé visant la modernisation de la machine à papier de Kénogami en vue de produire du papier surcalandré SCA+ de catégorie supérieure ainsi que de notre intention d’accroître notre présence dans le secteur des biomatériaux grâce à la construction d’une installation commerciale spécialisée dans la production de filaments de cellulose à cette usine », a-t-il ajouté.

Ce projet de fibre de cellulose illustre bien, selon Yves Laflamme, la volonté de Résolu de jouer un rôle important dans la transformation de l’industrie, en investissant dans une toute nouvelle technologie pour un produit à haute valeur ajoutée.

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PRIX DE LA FIBRE: DES IMPACTS NÉGATIFS INÉVITABLES

L’augmentation du prix de la fibre découlant de la mise en place du dernier régime forestier aura inévitablement des impacts négatifs pour l’industrie du sciage québécois, qui a vu la dernière augmentation du prix du bois sur le marché américain annulée par le prix du bois rond.

En marge de la présentation des résultats financiers du dernier trimestre de 2019, le président et chef de la direction de Résolu, Yves Laflamme, a de nouveau sonné l’alarme. Le prix de la fibre est un élément central dans la capacité de l’industrie québécoise de concurrencer les scieurs américains et de réaliser les investissements pour améliorer sa productivité.

« Le régime forestier québécois est à peu de chose près similaire à celui de la Colombie-Britannique. Au cours des derniers mois, les scieurs de l’Ouest canadien ont fermé une capacité de transformation qui équivaut à 50 % de la capacité totale de production du Québec pour investir aux États-Unis », évoque le président de Résolu.

Le processus de mise en vente des volumes de bois des terres publiques aux enchères a eu un impact à la hausse sur le prix du bois. D’autres contraintes plus techniques ont aussi provoqué des hausses dans les coûts d’opération.

« Nous ne voulons pas dire que c’est mieux aux États-Unis qu’ici. Le prix du bois est un peu moins élevé et il est vendu par les propriétaires de plantation. Il n’y a pas de routes à construire et le transport est également moins élevé. Mais il n’y a pas de garantie d’approvisionnement rattachée aux usines, comme au Québec. Il devra y avoir des ajustements pour régler cette situation », croit Yves Laflamme.

M. Laflamme craint surtout que le gouvernement attende que des entreprises se retrouvent en difficulté avant d’agir pour freiner l’augmentation du prix de la fibre. Il rappelle que de nombreuses scieries ont fermé pendant la dernière crise.