Le ministre Bill Morneau estime que le taux d’imposition marginal pour les entreprises au Canada en tenant compte des trois mesures annoncées mercredi est désormais plus avantageux de 5% que celui offert par les États-Unis, et le plus compétitif des pays du G7.

Éviter une fuite des investissements vers les USA

OTTAWA — Les demandes du secteur des affaires ne sont pas tombées dans l’oreille d’un sourd. Le ministre des Finances, Bill Morneau, a annoncé mercredi trois mesures fiscales pour éviter une fuite des investissements des entreprises vers les États-Unis.

Le gouvernement leur permettra de rentabiliser leurs achats en amortissant en entier le coût de leur nouvelle machinerie dès la première année suivant l’achat et d’amortir le coût de leurs investissements dans les technologies propres. 

Il crée également l’Incitatif à l’investissement accéléré pour que les entreprises, des petites aux grandes, puissent déduire une portion plus grande du coût d’autres biens qu’elles achètent pour soutenir leurs activités.

«Le but est vraiment d’avoir plus d’investissements à l’avenir pour assurer qu’on ait une création d’emplois, a expliqué M. Morneau. Donc, ça c’est notre but et on a (pris) des mesures pour assurer que vis-à-vis des Américains, nous sommes dans une position compétitive.»

Ces trois mesures qui entrent en vigueur immédiatement coûteront 14 milliards $ jusqu’en 2023-2024. Plus de la moitié de cet argent serait dépensé lors des deux prochaines années financières. Les retombées qu’elles pourraient générer ne sont toutefois pas chiffrées.

«Bien sûr, c’est impossible de dire exactement qu’est-ce qui va se passer, a concédé M. Morneau. Mais nous avons (la) certitude qu’avec les investissements, on va avoir une bonne économie et, ça, c’est vraiment notre position.»

Ces mesures ciblées visent à stimuler l’investissement et entretenir la compétitivité des entreprises canadiennes pour éliminer la tentation américaine. La réforme fiscale américaine adoptée en décembre 2017 a fait passer le taux d’imposition des entreprises de 35% à 21% et leur permet également d’amortir le coût entier de certains biens en capital.

Le ministre Morneau estime que le taux d’imposition marginal pour les entreprises au Canada en tenant compte de ces trois mesures est désormais plus avantageux de 5% que celui offert par les États-Unis, et le plus compétitif des pays du G7.

Pas de retour à l'équilibre budgétaire

Contrairement à la mise à jour économique de l’an dernier qui capitalisait sur une forte croissance économique, celle de mercredi prévoit peu de nouveaux revenus pour financer ces nouvelles mesures. Ceux-ci varient entre 5,3 milliards $ en 2019-2020 et 4,1 milliards $ en 2022-2023.

Aucun retour à l’équilibre budgétaire n’est prévu ni à court terme ni dans un deuxième mandat libéral. 

Le déficit anticipé est légèrement plus bas que ce que le dernier budget prévoyait, mais augmentera de près de 2 milliards $ annuellement au cours des années subséquentes. Celui-ci, qui devait s’élever à 17,8 milliards $ en 2019-2020 selon les prévisions du budget de 2018, se chiffrera plutôt à 19,6 milliards $ lors de cette année financière, puis diminuerait graduellement par la suite.

M. Morneau a défendu son approche qu’il qualifie de «responsable» et d’«optimiste». Il a répondu aux critiques qui prônent une élimination rapide des déficits.

«Ce que ça voudrait dire, c’est que nous devrions faire des compressions et adopter une approche fondée sur l’austérité, ce qui aurait à notre avis l’effet inverse que ce que nous tentons d’accomplir, soit le maintien de la croissance (économique) et (de la création) d’emploi», a-t-il affirmé.