Une vidéo de l’entreprise Ocado permet de voir un entrepôt semblable à celui qui sera construit à Toronto. Les nombreux robots se déplacent rapidement pour assembler les commandes en quelques minutes.

Épicerie en ligne: «bond en avant» pour Sobeys

Sobeys fait «un important bond en avant» pour suivre la forte croissance de l’épicerie en ligne au Canada et pour concurrencer le géant Amazon. L’entreprise vient de conclure un partenariat avec le détaillant alimentaire britannique Ocado pour ouvrir un centre automatisé ultramoderne à Toronto. Un concept qui devrait faire des petits au Québec plus tôt que tard, selon l’épicier.

Les deux entités ont annoncé l’entente lundi. Ils promettent «la plateforme d’épicerie en ligne la plus innovante au monde». Le client pourra faire ses courses en ligne, sur le site Web ou l’application. Mais plutôt que d’envoyer la commande dans un des magasins à proximité où elle sera assemblée par un commis — comme c’est le cas actuellement —, elle sera envoyée au centre de traitement, un entrepôt automatisé à la fine pointe de la technologie et spécialement adapté au service d’épicerie en ligne, précise-t-on dans le communiqué. Une vidéo de l’entreprise Ocado permet d’ailleurs de voir un entrepôt semblable à celui qui sera construit à Toronto. Les nombreux robots se déplacent rapidement pour prendre les différents produits dans les milliers de caissons et assembler la liste d’aliments du client en quelques minutes. 

La commande sera ensuite immédiatement prête à être livrée chez le consommateur. Encore là, la technologie permettra une gestion plus efficace de l’itinéraire, fait-on valoir. Le centre devrait être opérationnel dans près de deux ans. Le montant des investissements n’a pas été dévoilé. Sobeys et Ocado annoncent déjà leur intention d’en construire d’autres dans des régions urbaines du pays. Au Québec, les épiceries du groupe Sobeys sont regroupées sous la bannière IGA.

Devenir rentable

«C’est une solution qui est fantastique pour nos magasins. Les croissances de vente en ligne sont incroyablement élevées, ce qui fait que ça met de plus en plus de pression pour les magasins à assembler toutes ces commandes-là», a commenté Pierre St-Laurent, le vice-président exécutif Québec chez Sobeys. 

Les ventes en ligne restent marginales, confirme-t-il, sans vouloir avancer de chiffres. Mais la tendance est lourde. Et pour l’instant, la rentabilité n’est pas vraiment au rendez-vous, admet le gestionnaire. «C’est un service qui est rendu au consommateur. Mais avec ce partenariat, on en fait une activité profitable qu’on va avoir le goût de pousser encore davantage, dans la mesure où ça répond au besoin des consommateurs.» 

M. St-Laurent vante la précision et l’efficacité de la technologie d’Ocado, tant pour l’exactitude des commandes, la fraîcheur des aliments ainsi que la ponctualité des livraisons.

Mais pas question d’être à la remorque des collègues du reste du Canada, avance M. St-Laurent, alors qu’IGA fait du commerce en ligne depuis 20 ans. «On va suivre ça de très près, ce qui se passe à Toronto, et dès qu’on va avoir l’assurance que ça nous permet d’améliorer encore plus notre expérience client et notre profitabilité de faire du commerce en ligne, on n’attendra pas longtemps.»

Est-ce que les gains des marchands se répercuteront dans les poches des clients? Trop tôt pour dire comment ça se déclinera, estime M. St-Laurent, qui laisse toutefois planer que les consommateurs ne perdront pas au change.

Les épiciers canadiens ont mis du temps avant d’offrir la livraison à domicile à leurs clients, optant plutôt pour des services de type «cliquez et ramassez», offerts notamment par Loblaw dans quelque 200 de ses supermarchés.

Au Québec, Metro offre à ses clients la possibilité de commander leur épicerie en ligne dans sept établissements répartis dans les régions de Montréal, Québec et Gatineau.  Avec La Presse canadienne

LA BONNE VOIE À SUIVRE, SELON DES EXPERTS

Investir dans les services d’épicerie en ligne était la voie à suivre pour Sobeys, constatent deux experts en marketing contactés par Le Soleil

«C’est vraiment une bonne nouvelle pour Sobeys. C’est une association qui est très intéressante, avec un grand joueur comme Ocado. On s’en va avec des technologies qui sont à la fine pointe», fait valoir JoAnne Labrecque, professeure de marketing à HEC Montréal. 

Le partenariat aidera à relever les défis du commerce en ligne, comme les délais de livraison, la qualité des produits et la fiabilité. «La norme, c’est Amazon et ils ont une longueur d’avance. C’est important que nos distributeurs rattrapent cet écart-là.»

Mme Labrecque confirme que l’épicerie en ligne est en forte croissance, même si les consommateurs ont un peu tardé à prendre le virage, compte tenu de la nature des produits.

«C’est la bonne décision à prendre parce que les millions de dollars en infrastructures ne répondent pas nécessairement aux attentes des consommateurs. Les millions de dollars doivent être investis maintenant dans les services directs aux consommateurs», considère Jean-Claude Dufour, doyen de la Faculté des sciences de l’agriculture et de l’alimentation à l'Université Laval.

Par contre, le client s’attend à ne pas payer plus cher pour ce virage. Les épiciers doivent aussi garder en tête que l’expérience doit s’avérer la plus agréable et simple possible, conclut-il.