Isabelle Hudon a rappelé le rôle prépondérant des entreprises dans la vie artistique locale.

Entrelacer la culture et les affaires

Un tabou pour certains, une opportunité en or pour les plus optimistes.
Le 30 janvier, la Fondation Culture Outaouais et la Chambre de commerce de Gatineau ont donné l'occasion aux chefs d'entreprise et aux intervenants du secteur culturel de se rencontrer pour échanger sur la possibilité de « maillage » arts-affaires. En d'autres termes, il s'agissait d'encourager le financement de la communauté artistique par l'argent privé.
L'initiative d'Isabelle Hudon, femme d'affaires québécoise impliquée dans le mécénat, en fournissait l'illustration. Invitée à animer une conférence sur le sujet à la Maison de la culture de Gatineau, elle a rappelé le rôle prépondérant des entreprises dans la vie artistique locale. La cheffe de la direction Québec à la Financière Sun Life, membre de plusieurs conseils d'administration (dont le Conseil des arts du Canada) et reconnue comme l'une des 100 femmes les plus influentes du Canada, s'est adressée aux participants du milieu artistique en toute franchise : « Leaders culturels, vous n'y arriverez pas seuls. Vous avez besoin des municipalités mais aussi du secteur privé. » Et de conseiller l'organisateur de l'événement : « La Chambre de commerce de Gatineau doit jouer un rôle de leadership pour que ce maillage réussisse. »
Le recours au privé peut paraître stimulant dans une ville qui consacre 2,8 % de son budget à la culture. Il donne l'occasion aux chefs d'entreprise de s'impliquer dans l'intérêt général d'une communauté tout en leur permettant de tirer partie stratégiquement de cet engagement : valorisation de l'image de marque, avantages fiscaux, billets de spectacles gratuits... Le « retour sur investissement » n'est pas négligeable, a rappelé Mme Hudon.
Du côté des arts, la femme d'affaires appelle à un changement de posture et de mentalité : « Il faut présenter la culture non pas comme un secteur souffrant d'un besoin criant d'argent mais comme un pilier essentiel à la santé d'une ville, soutient-elle. Je conseille aux artistes de trouver ce qui les différencie, d'aller cogner aux portes des entreprises fiers et motivés, non pas dans un esprit "j'ai besoin de vous, je n'ai plus un sou". »
Un nouveau programme arts/affaires
Le même jour, Vision centre-ville et Culture Outaouais annonçaient la naissance d'un nouveau programme de partenariat entre artistes et communauté des affaires. Première à en bénéficier, l'artiste en arts visuels Dinorah Catzalco investira l'espace vacant du Glacier Bilboquet, le temps de la fermeture saisonnière du commerce sis rue Eddy.
« C'est un local bien éclairé et chauffé qui restait vide le temps de sa réouverture fin avril, présente son propriétaire Jean-François Béland. Accueillir un artiste, c'était la moindre des choses. » 
Avec l'aide de Culture Outaouais, il obtient un nouveau permis qui transforme son glacier en atelier d'hiver : « selon la réglementation, je suis répertorié à titre de crémerie ; je me demandais si j'avais le droit d'accueillir un artiste », partage-t-il. 
Il aura suffi de deux mois pour que l'idée prenne forme et que Mme Catzalco soit hébergée gracieusement, sans contrepartie assure M. Béland. Il espère inspirer d'autres initiatives semblables, convaincu que nombre de locaux inutilisés à Gatineau feraient le bonheur de bien des artistes.