Entente avec Netflix: un «désastre», selon le patron de Cogeco

MONTRÉAL — Le grand patron de Cogeco, Louis Audet, qualifie de «désastre» l’entente controversée conclue entre le gouvernement Trudeau et Netflix, qui permet au géant américain de la diffusion en ligne de bénéficier d’un congé de taxes.

À l’instar d’autres joueurs du secteur des télécommunications, M. Audet estime qu’Ottawa a «abdiqué son pouvoir» d’imposer les mêmes règles du jeu à tous.

«Je pense que nous avons plié les genoux. Après cela, qu’est-ce que nous allons faire avec les autres? Nous avons perdu une occasion en or», a-t-il dit, vendredi, au cours d’un entretien téléphonique visant à discuter des résultats du quatrième trimestre de l’entreprise.

La politique culturelle d’Ottawa prévoit que Netflix investira 500 millions $ sur cinq ans dans la production de contenu au pays, mais la multinationale américaine n’aura pas à prélever les taxes de vente sur ses abonnements au Canada.

En contrepartie, le gouvernement fédéral compte bonifier sa contribution au Fonds des médias canadiens dès 2018 pour compenser la baisse du financement privé, dont les revenus sont en déclin.

«Je ne crois pas que les gouvernements puissent forcer des tiers à contribuer à des fonds qui constituent une initiative domestique, a analysé M. Audet. Ils peuvent par contre exiger que tous paient les taxes à la consommation.»

Par la suite, Ottawa aurait pu «prendre le fruit» des taxes prélevées sur les abonnements de Netflix au Canada pour rediriger ces sommes dans des fonds d’aide, a estimé le président et chef de la direction de Cogeco (TSX : CGO).

De la patience

Plus tôt, avec les analystes, M. Audet a continué de prôner la patience à l’endroit du secteur des solutions informatiques — qui comprend l’hébergement de données —de Cogeco Communications, qui est toujours en redressement.

Au quatrième trimestre terminé le 31 août, cette division a généré des revenus de 69,6 millions $, en baisse de 5,3 % sur un an, alors que le bénéfice d’exploitation ajusté a fléchi de 1,8 %, à 21,4 millions $.

«Si l’on compare le quatrième trimestre, la croissance s’est amenuisée d’une année à l’autre, a précisé M. Audet. J’ai confiance que nous allons être en mesure de générer une légère croissance pour l’année financière en cours.»

La performance trimestrielle de cette division a légèrement raté la cible de Maher Yaghi, de Desjardins Marchés des capitaux, qui tablait sur un chiffre d’affaires de 72 millions $ ainsi qu’un bénéfice d’exploitation ajusté de 22 millions $.

«Ce secteur continue d’être affecté par une concurrence féroce au chapitre des prix», a écrit l’analyste dans une note envoyée par courriel.

L’incursion de Cogeco dans les solutions informatiques, en 2012, ne s’est pas faite sans heurts pour l’entreprise, qui, confrontée à des géants comme Amazon, Microsoft et Google, est forcée de se repositionner.

En raison de la pression des géants du secteur, le câblodistributeur avait décidé l’an dernier de comptabiliser une perte de valeur de 450 millions $ de sa division des services de technologies d’information et de communication (TIC).

Pour le moment, Cogeco, qui exploite 16 centres d’hébergement de données au Canada aux États-Unis ainsi qu’au Royaume-Uni, n’a pas l’intention de procéder à d’autres ouvertures, a assuré M. Audet.

Cogeco Communications a affiché un bénéfice net de 71,3 millions $, ou 1,45 $ par action, en recul par rapport à 74,6 millions $, ou 1,52 $ par action, au quatrième trimestre de 2016, ce qui, selon l’entreprise, est attribuable à une hausse des impôts sur le résultat. 

Les revenus ont augmenté de 1,4 % pour atteindre 551,7 millions $.

De son côté, la société mère, Cogeco, a engrangé des profits de 71,1 millions $ au cours du quatrième trimestre, comparativement à 80,7 millions $ lors de la période correspondante de l’exercice 2016.