Nathalie Deshaies, propriétaire du casse-croûte de la Pointe, constate les effets de la rareté de main-d’œuvre depuis quelques années.

Emplois saisonniers: «Il n’y a aucun jeune qui vient porter son CV»

TROIS-RIVIÈRES — La pénurie de main-d’œuvre qui sévit actuellement donne aux employés l’embarras du choix parmi les 1517 offres d’emploi disponibles en Mauricie. Alors que le nombre d’emplois permanents qui offrent des horaires de jour de semaine sont nombreux dans ce contexte, de moins en moins de personnes postulent pour des emplois saisonniers, comme dans des restaurants, casse-croûtes ou dans le domaine agricole.

C’est la réalité à laquelle font face les propriétaires de plusieurs entreprises de la région qui fonctionnent durant une partie de l’année. «Il n’y a aucun jeune qui vient porter son CV. Je ne peux même pas dire que je sélectionne, je n’ai rien», indique Nathalie Deshaies, propriétaire du casse-croûte de la Pointe, dans le secteur Cap-de-la-Madeleine. «Ce qu’on se demande, c’est ils sont où les jeunes?» commente pour sa part Isabelle Gauthier, propriétaire du casse-croûte et bar laitier Le Tournesol, à Sainte-Anne-de-la-Pérade.

Des constatations semblables sont faites au Centre d’emploi agricole de la Fédération de l’UPA Mauricie. «En 2015, on avait près de 700 personnes qui postulaient pour les différents postes qu’on avait. En 2018, on en avait environ 300», affirme Marie-Christine Brière, productrice agricole et présidente du syndicat de l’UPA des Chenaux.

Une pénurie lourde de conséquences

Le manque d’employés dans les emplois saisonniers au Québec n’est pas sans conséquence pour les propriétaires d’entreprises. Selon Martin Vézina, responsable des communications et des affaires publiques à l’Association Restauration Québec (ARQ), plusieurs restaurateurs doivent diminuer leurs services, fermer lors de certaines journées ou encore diminuer leurs heures d’ouverture.

Yves Marchand, copropriétaire du restaurant L’Air Bête, au centre-ville de Trois-Rivières, considère l’une de ces options s’il ne réussit pas à embaucher au moins deux aides-cuisiniers ou un cuisinier. «Si jamais on ne trouve pas d’ici 2 ou 3 semaines, on va probablement fermer des midis, et je ne fais même plus les déjeuners le samedi», affirme M. Marchand.

De son côté, Mme Deshaies raconte avoir particulièrement de la difficulté à compenser pour le manque d’employés lors des journées fériées. «On n’est pas sans penser que dans les années qui suivent, le 24 juin, on va fermer. C’est encore loin, mais ça peut arriver», dit-elle.

L’aspect saisonnier de plusieurs restaurants qui sont davantage achalandés durant la période estivale joue sans doute un rôle dans les difficultés de recrutement, selon M. Vézina. «Comment être compétitif dans une offre où une autre entreprise, dans un autre secteur d’activité, peut offrir un emploi à l’année?» indique-t-il.

Dans le domaine agricole, certains producteurs devront se résigner à tout simplement fermer leur entreprise ou encore changer de production afin de s’adapter à la rareté de main-d’œuvre.

«Il y en a qui vont se tourner vers les grandes cultures comme des productions de maïs, de soya, qui demandent moins de main-d’œuvre, moins de manipulation des animaux», explique Mme Brière.

Des propriétaires au bout du rouleau

Dans cette situation, les producteurs agricoles sont bien souvent obligés de faire des heures supplémentaires afin de pallier la pénurie. Selon Mme Brière, plusieurs d’entre eux travaillent du lever au coucher du soleil, tout l’été. «La période estivale, elle ne s’étire pas dans le temps parce qu’on a moins de main-d’œuvre».

Des propriétaires d’établissements de restauration se voient également forcés de compenser eux-mêmes pour le manque d’employés qui est plus criant en cuisine.

«En plus de faire une gestion de plancher et une gestion financière, on se tape de la cuisine en tant qu’aides-cuisiniers pour aider notre chef cuisinier, parce qu’on n’a pas de main-d’œuvre», commente M. Marchand, qui mentionne que sa copropriétaire et lui travaillent environ 90 heures par semaine.

Cette situation est la même pour Nathalie Deshaies, qui constate les effets de la pénurie depuis quelques années déjà.

«C’est moi qui bouche les trous quand il manque du monde», dit celle qui ne prend presque aucune journée de congé durant l’été. «Quand je suis obligée de répondre aux clients, les autres affaires ne se font pas».

Un manque du côté des sauveteurs

Le faible nombre de jeunes qui postulent pour des emplois saisonniers a également un effet sur l’embauche de sauveteurs dans la région.

À Shawinigan, par exemple, trois postes d’assistants et de surveillants sauveteurs sont restés vacants, ce qui force la Ville à ouvrir en alternance certaines piscines municipales. Les samedis et dimanches, seulement deux piscines extérieures sur quatre sont ouvertes au public. 

De plus, la plage du parc des Piles sera sans surveillance durant tout l’été. La baignade à cet endroit sera donc aux risques et périls des gens qui s’y aventureront. «Pour nous, à la Ville, la plage n’est pas ouverte parce qu’on n’a pas de surveillance», affirme Véronique Gagnon-Piquès, responsable des communications à la Ville de Shawinigan.

Les difficultés à embaucher des sauveteurs surviennent alors que la Ville de Shawinigan a déployé une campagne plus grande au niveau de l’affichage et de la promotion des emplois. Tout comme à la Ville de Trois-Rivières, les services des ressources humaines utilisent davantage les réseaux sociaux afin d’attirer les jeunes.