La liste des besoins du Canada en infrastructure dans l’Arctique est longue, selon John Higginbotham.

Développement de l’Arctique: le Canada serait en retard

Un groupe de réflexion sur les affaires internationales affirme que le développement économique dans l’Arctique canadien est grandement en retard par rapport à celui des régions nordiques des autres pays.

John Higginbotham, du Centre pour l’innovation dans la gouvernance internationale, soutient qu’il n’y a aucun indice d’»une énergie et d’une vision politique à long terme» qui seraient nécessaires pour rapprocher le Canada de la Russie et de la Norvège en ce qui a trait aux actions pour le développement dans l’Arctique.

L’organisation participe à un comité, à l’occasion d’une conférence cette semaine à Ottawa, avec les premiers ministres des trois territoires nordiques du Canada et de hauts responsables de l’Alaska et du Groenland.

M. Higginbotham a affirmé que l’objectif était d’attirer l’attention sur l’ampleur du retard de l’Amérique du Nord par rapport à l’Europe et l’Asie dans le développement des régions de l’Arctique.

Il a souligné que la Russie construisait des installations de gaz naturel liquéfié dans son secteur de l’Arctique et utilisait des brise-glaces pour transporter les produits vers le Sud.

M. Higginbotham a indiqué que la Russie étudiait aussi le passage du Nord-Est, une voie navigable que le pays devrait être en mesure d’exploiter pour le commerce bien avant le Canada.

«En Norvège, le Nord est la première chose à laquelle ils pensent le matin et la dernière chose qui leur reste en tête le soir. C’est probablement la même chose pour (le président russe Vladimir) Poutine», a soutenu M. Higginbotham, auteur d’une étude pour le Centre pour l’innovation dans la gouvernance internationale concernant la vision de divers pays sur les régions de l’Arctique.

«Dans la conscience canadienne, il ne s’agit pas d’une priorité nationale constante. Il n’y a personne qui s’inquiète du développement économique à long terme dans l’Arctique et du fait de réaliser les investissements dont nous avons besoin», a-t-il ajouté.

La liste des besoins du Canada en infrastructure dans l’Arctique est longue, selon lui.

Un projet de route en veilleuse

Le projet de construire une route dans le centre de l’Arctique canadien riche en minéraux, avec un port en eaux profondes pour transporter le minerai vers le Sud, est en veilleuse depuis des dizaines d’années. Le gouvernement fédéral étudie actuellement une demande de financement de 365 millions $.

Bien qu’une route toutes saisons ait été récemment finalisée sur les côtes de la mer de Beaufort, les Territoires du Nord-Ouest demandent encore des fonds pour une route allant jusqu’à la vallée du Mackenzie.

L’accès à internet dans la majeure partie de l’Arctique est rudimentaire selon les normes du Sud. Peu de communautés côtières nordiques ont des installations d’amarrage en dépit d’un tourisme croissant.

Des décisions prises dans le Sud, comme le moratoire de cinq ans sur le développement énergétique extracôtier dans l’Arctique décrété par le gouvernement Trudeau, n’aident pas, a fait valoir M. Higginbotham.

Le gouvernement libéral fédéral, qui est entré dans la seconde moitié de son mandat, en est encore à l’étape des consultations sur une politique formelle sur l’Arctique.

«On en est encore dans les débuts», a souligné le premier ministre des Territoires du Nord-Ouest, Bob McLeod.

Il a dit avoir réalisé, en participant à de récentes conférences dans d’autres territoires nordiques, comme l’Islande, que les hautes latitudes n’ont pas à être associées à de faibles investissements.

«D’autres pays de l’Arctique disaient faire des investissements importants dans le Nord et que le Nord était la portion dominante de leur économie», a indiqué M. McLeod.

M. Higginbotham croit que le Nord canadien devrait commencer à former des alliances avec des groupes en Alaska et au Groenland.

«Peut-être que cela contribuerait à voir l’Arctique nord-américain comme une région. En travaillant ensemble en tant que front uni, ils seraient en mesure de faire bouger les gouvernements nationaux et le secteur privé», a-t-il affirmé.

M. McLeod pense aussi qu’une alliance pourrait faire progresser les choses.

«Nous suggérons fortement qu’il serait bien mieux d’avoir une alliance entre les territoires de l’Arctique, le Groenland, l’Islande et les îles Féroé - tous ces territoires ont des enjeux similaires», a dit le premier ministre des Territoires du Nord-Ouest.

La conférence doit se conclure samedi.