Des fertilisants foliaires pour améliorer les rendements des bleuetières

Selon des tests réalisés dans les bleuetières du Saguenay-Lac-Saint-Jean entre 2016 et 2019, l’utilisation de fertilisants foliaires (vaporisés sur les feuilles) permet d’augmenter la production de 1854 kg par hectare, générant un revenu supplémentaire de 1055 dollars, en moyenne.

Depuis quatre ans, Michel Baril, un producteur de bleuets qui possède une centaine d’hectares en culture, participe à un projet de recherche et développement avec Agro-100, une entreprise spécialisée dans la production d’intrants agricoles de haute technologie.

« Depuis 2011, j’applique de l’engrais granulaire dans mes bleuetières, mais il manquait toujours quelque chose, explique-t-il, en ajoutant que les engrais granulaires causent de la calcification dans ses champs. Avec les engrais foliaires, j’ai atteint des rendements records de 5200 kg/ha, l’an dernier. »

Selon ce dernier, l’efficacité des engrais foliaires est particulièrement surprenante lorsqu’ils sont utilisés pour une deuxième année de récolte consécutive. Un test a révélé une production de 500 kg/ha sans application, et de plus de 4000 kg/ha avec les engrais foliaires, soutient le producteur qui a commencé à utiliser les produits d’Agro-100 en 2016. « Les rendements sont au rendez-vous », souligne le producteur.

Les fertilisants foliaires fournissent des éléments de base, comme le calcium, le bore, le phosphore, le potassium, le magnésium, pour favoriser la bonne croissance des cultures, explique Stéphane Beaucage, le président-directeur général d’Agro-100. Lorsqu’un plant vient en carence d’un des éléments de base, il ne croît pas à sa pleine capacité, ajoute ce dernier. « On a travaillé avec les producteurs de bleuets pour identifier le programme idéal qui permet d’améliorer la quantité et la qualité des fruits, en maximisant l’apport des nutriments selon le stade développement du plant », dit-il.

Sébastien Montminy, qui cultive six hectares de bleuets, a rapidement constaté un impact visuel sur ses bleuetières en appliquant l’engrais foliaire. « Malgré la sécheresse de l’an dernier, il y avait une bonne différence de calibre dans les parcelles traitées », dit-il. Selon ce dernier, la meilleure façon de savoir si un produit est efficace, c’est de le tester chez soi en faisant des comparaisons avec des parcelles témoins. « Jusqu’à maintenant, l’investissement en vaut le coût », se réjouit-il.

Selon le producteur, qui exploite aussi 700 hectares en grandes cultures, l’avenir de l’industrie du bleuet dans la région passe par l’amélioration des rendements et ce type de produit fait partie de la solution, tout comme l’augmentation de la pollinisation.

Trois applications

Contrairement aux applications granulaires, où l’on peut appliquer des centaines de kilogrammes de produits par hectare, l’application foliaire se fait sous forme liquide en petite quantité, à raison d’un ou de quelques kilogrammes par hectares, pour que la plante absorbe les nutriments par les feuilles.

Au lieu de l’appliquer une seule fois comme c’est le cas avec un engrais granulaire, il faut faire trois passages par saison, que ce soit pendant l’année de végétation ou de production, explique Michel Baril. En utilisant des produits l’année de production, ce dernier ne peut pas obtenir la certification Bleuets boréals. « Ça me fait moins de paperasse et la certification ne génère aucune prime pour l’instant », dit-il, soutenant être prêt à réévaluer sa stratégie si une prime voit le jour éventuellement.

Les tests effectués par Agro-100 au cours des dernières années ont démontré d’importantes augmentations des rendements, allant de 113 à 2863 kg de bleuets en plus par hectare. En calculant le prix du produit et son application dans les champs, celle-ci permet de générer des revenus supplémentaires allant de 521 à 1827 dollars de plus par hectares.

Les fertilisants foliaires ne sont pas une cure miracle qui règle tous les problèmes et ils ne remplacent pas les fertilisants granulaires, mais c’est un outil complémentaire qui permet de répondre à des carences. Pour Michel Baril, ces produits lui permettent désormais de répartir les risques en générant deux bonnes années de production consécutives, ce qui permet d’atténuer les effets des saisons désastreuses. De plus, ça lui permet de continuer à être rentable même si les prix atteignent des creux historiques.

Après quatre années de recherche et développement, les produits spécialement conçus pour les bleuets sauvages sont maintenant commercialisés par Agro-100. L’entreprise québécoise commercialise aussi plusieurs autres engrais foliaires pour les légumineuses, les pommes de terre et autres cultures, ainsi que des produits nutrichaulants, issus de la valorisation des matières résiduelles fertilisantes produites dans les cimenteries. Celles-ci génèrent effectivement une poussière de chaux riche en souffre, en potassium, en magnésium et en calcium.