Le premier ministre Justin Trudeau a présenté sa stratégie d’implantation de sa taxe sur le carbone dans les provinces récalcitrantes.

Des chèques pour les citoyens touchés par la taxe sur le carbone

Le premier ministre Justin Trudeau s’est défendu d’acheter des votes, mardi, en redonnant de l’argent dès 2019 aux citoyens des provinces qui seront touchés par la taxe sur le carbone qu’Ottawa imposera en avril.

« Au contraire, nous amenons un prix sur la pollution parce que nous savons que c’est essentiel d’agir sur les changements climatiques, mais nous savons aussi que nous devons aider les familles à assumer les coûts sur la pollution », a-t-il répondu en conférence de presse.

Les conservateurs et les néo-démocrates ont accusé le gouvernement fédéral de donner des « chèques préélectoraux » avec cette nouvelle ristourne.

Les provinces comme le Québec qui ont leur propre système de réduction des GES ne seront pas touchées. L’argent généré par la bourse du carbone à laquelle a adhéré le gouvernement québécois continuera donc de s’accumuler dans le Fonds vert.

Le premier ministre a cité le Québec en exemple lorsqu’il a dévoilé mardi « l’Incitatif à agir pour le climat », une compensation financière pour convaincre les électeurs du bien-fondé de la taxe sur le carbone.

« Le moment est venu (d’)agir maintenant et les provinces qui ont agi déjà, comme le Québec, comme la Colombie-Britannique, ont démontré que la croissance et la protection de l’environnement vont la main dans la main », a-t-il dit.

Les citoyens des quatre provinces récalcitrantes au plan fédéral sur le carbone, soit de l’Ontario, du Nouveau-Brunswick, du Manitoba et de la Saskatchewan, recevront un montant d’argent fixe par le truchement de leur déclaration de revenus pour compenser cette taxe qui vise à réduire les émissions de gaz à effets de serre (GES). Elle sera appliquée aux achats d’essence et d’autres types de combustibles fossiles à compter du 1er avril 2019.

Le gouvernement promet que le montant compensatoire sera plus élevé que le total de la taxe que 70 % de ces citoyens paieront en une année.

Les habitants des provinces plus polluantes vont recevoir plus parce qu’ils paieront davantage de taxe, selon les estimations du gouvernement. Par exemple, une famille de quatre en Saskatchewan devrait recevoir environ 600 $ pour 2019, soit près du double du montant d’une famille manitobaine. La Saskatchewan produit son électricité à partir du charbon tandis que le Manitoba produit la sienne à partir de barrages hydroélectriques.

Quatre-vingt-dix pour cent de l’argent récolté avec la taxe fédérale sur le carbone retournera directement dans la poche des citoyens et les 10 %restants iront aux petites et moyennes entreprises et aux organismes publics qui ne pourront pas refiler la facture aux consommateurs.

Tir contre lesprovinces conservatrices

Lors de son annonce à Toronto, Justin Trudeau s’en est pris aux premiers ministres conservateurs, comme Doug Ford, qui s’opposent au plan fédéral pour réduire les émissions de carbone.

« L’ONU a été très claire, on a 12 ans pour agir, a-t-il rappelé. On a déjà attendu trop longtemps, très longtemps.

«Alors, je pense que les premiers ministres conservateurs qui résistent vont réellement devoir répondre à la question : pourquoi ils ne pensent pas qu’il faudrait agir ?»

Le premier ministre de l’Ontario, Doug Ford, s’est retiré en juillet de la bourse du carbone à laquelle sa province participait avec le Québec. Il estimait que ce programme coûtait trop cher aux Ontariens tout en ayant peu d’impact sur les émissions de gaz à effet de serre.

L’Ontario s’est joint à une contestation constitutionnelle de la taxe fédérale sur le carbone lancée par la Saskatchewan. Le Manitoba a abandonné sa propre taxe sur le carbone au début du mois et le plan du Nouveau-Brunswick a été jugé insuffisant par Ottawa.

«Tactique électorale»

Le chef conservateur Andrew Scheer doute que l’argent distribué par Ottawa couvre l’augmentation du prix de l’essence et du coût du chauffage causée par la taxe fédérale sur le carbone dans ces provinces.

«C’est néfaste pour les contribuables, ce n’est pas bon pour l’économie et c’est mauvais pour l’environnement», a-t-il résumé en point de presse.

Il estime que les grands pollueurs paieront moins que les familles de la classe moyenne.

En vertu du plan fédéral, les industries pollueuses dans les quatre provinces récalcitrantes doivent être assujetties à un système d’échange de crédits de carbone à compter du 1er janvier 2019. Les détails ne seront toutefois pas connus avant cette date.

La ristourne fédérale permettra fort probablement aux libéraux d’obtenir des votes lors de la prochaine élection fédérale, selon la chef du Parti vert, Elizabeth May, même si la taxe ne permettra pas de réduire suffisamment les émissions de GES pour atteindre la cible canadienne.

«Ça va aider les libéraux à attirer des votes et ça va laisser Andrew Scheer et sa négligence lâche là où elle doit être, sous les projecteurs de l’inutilité», a-t-elle imagé.

Elle estime qu’il s’agit d’un premier pas, mais que le gouvernement devra également prendre des mesures pour encourager une meilleure efficacité énergétique.

Le Canada vise actuellement une réduction des GES de 30 %sous les niveaux de 2005 d’ici 2030 dans le cadre de l’accord de Paris sur le climat. Elizabeth May demande que cette cible soit haussée à 45 % lors de la conférence de l’ONU sur les changements climatiques prévue en décembre.

La taxe fédérale sur le carbone à 20 $ la tonne en 2019 n’est pas assez élevée pour changer les comportements des consommateurs et des pollueurs, a critiqué à son tour le député néo-démocrate Alexandre Boulerice.

«Le Québec a pris un autre modèle qui est la bourse du carbone qui fonctionne bien, qui n’a pas eu un impact si catastrophique sur les contribuables dans les dernières années, mais le plan (...) de Justin Trudeau ne fonctionne pas», a-t-il martelé.

Compensation au Québec ?

La nouvelle ministre québécoise de l’Environnement, MarieChantal Chassé, a réagi en fin de journée en point de presse.

Elle a été questionnée à savoir si Ottawa ne devrait pas dédommager le Québec pour avoir mis en place très tôt un mécanisme de plafonnement du carbone contrairement aux provinces réfractaires. Le fédéral devrait-il verser des sommes aux contribuables québécois en reconnaissance des efforts consentis ? Mme Chassé s’est refusée à réclamer quoi que ce soit pour le Québec.

Actuellement, les sommes obtenues par la bourse du carbone et la taxe sur l’essence sont versées dans le Fonds vert, pour financer des projets de réduction des GES.

«(L’argent) est redonné en projets pour protéger l’environnement, ce que les consommateurs désirent grandement», s’est-elle bornée à dire.

En entrevue avec La Presse canadienne, le porte-parole du Parti québécois en environnement, Sylvain Gaudreault, a affirmé que la stratégie du fédéral équivalait ainsi à «pénaliser les meilleurs joueurs», comme le Québec, qui n’obtiennent aucune récompense pour leurs efforts.