Côté chômage, la FED projette un taux de 6,5 % en 2021 et 5,5 % en 2022.
Côté chômage, la FED projette un taux de 6,5 % en 2021 et 5,5 % en 2022.

Dernière réunion de la Fed avant l’élection présidentielle

Julie Chabanas
Agence France-Presse
WASHINGTON — La Banque centrale américaine tient mardi et mercredi sa réunion monétaire, la dernière avant l’élection présidentielle du 3 novembre, alors que démocrates et républicains sont dans l’impasse sur le vote d’un nouveau plan d’aide à l’économie américaine.

À l’issue de cette réunion, la Fed dévoilera ses prévisions pour l’économie américaine jusqu’en 2023, des données très attendues dans le contexte de grande incertitude générée par la crise de la COVID-19.

Les membres du comité monétaire devraient ainsi miser sur «une reprise (économique) lente, une reprise lente de l’inflation», anticipe Steve Englander, de la banque Standard Chartered.

Avant l’été, la Fed tablait sur un recul de 6,5 % du produit intérieur brut des États-Unis en 2020, avant un rebond de 5 % en 2021 et une hausse de 3,5 % en 2022.

Côté chômage, elle projetait un taux de 9,3 % en 2020, avant de tomber à 6,5 % en 2021 et 5,5 % en 2022.

Mais, les chiffres du mois d’août ont été meilleurs que prévu avec un taux de chômage réduit déjà à 8,4 % contre un pic historique de 14,7 % en avril.

Le PIB s’est, lui, contracté de 31,7 % au deuxième trimestre en rythme annualisé.

Acteurs du marché impatients

Un autre sujet devrait particulièrement intéresser les observateurs : le changement de politique annoncé fin août par l’institution.

Cette évolution, majeure, doit permettre à la Fed d’être plus efficace, notamment pour atteindre le plein emploi et faire profiter à tous d’une reprise économique, notamment aux minorités.

Son président Jerome Powell a ainsi profité de la réunion annuelle des Banques mondiales, virtuelle cette année, pour expliquer qu’une inflation supérieure à l’objectif des 2 % pourra être tolérée pendant un certain temps sans entraîner une augmentation automatique des taux d’intérêt.

Jusqu’alors, la politique habituelle voulait que les taux d’intérêt soient abaissés pour stimuler l’économie, mais rehaussés lorsque l’inflation est trop forte.

«Beaucoup attendent de la Fed qu’elle modifie sa déclaration de fin de réunion et ses prévisions pour refléter» ce changement, a également indiqué à l’AFP David Wessel, économiste pour la Brookings Institution.

Nouveau plan d’aide

«Je vais m’intéresser de près à la manière dont Jerome Powell parle de la politique budgétaire [du gouvernement]. Il a été assez prudent, tout en expliquant que la Fed espère que le Congrès fournira prochainement un soutien budgétaire à l’économie», a-t-il également souligné.

Démocrates et républicains ne parviennent pas, depuis plus d’un mois, à s’entendre sur un nouveau plan d’aide pour les ménages, entreprises, collectivités, écoles, etc.

Et, les deux camps se rejettent la responsabilité de l’échec, s’accusant mutuellement de calcul électoral à un mois et demi de l’élection.

L’hypothèse qu’il n’y ait au final pas de nouveau plan d’aide d’ici là n’est désormais plus à exclure.

Jerome Powell et d’autres responsables de la Fed ont régulièrement fait état de l’importance d’un nouveau plan d’aide pour permettre à la première économie du monde de repartir.

«Il va continuer à encourager un soutien budgétaire, sans prendre parti», a commenté Steve Englander.

Les responsables de la Fed devraient également bien se garder de commenter le duel entre Donald Trump et Joe Biden, à un mois et demi de l’élection.

«Si la question lui est posée [pendant la conférence de presse], [Jerome Powell] répondra qu’il ne fait pas de commentaire», avance Jay Bryson, chef économiste pour la banque Wells Fargo.

Rien à attendre non plus du côté des taux d’intérêt.

Ils ont été ramenés à zéro en mars face à la propagation de la COVID-19 aux États-Unis et à la mise en place des mesures de confinement. Et ne devraient pas bouger pendant plusieurs années, selon un entretien du président de la Fed à la radio publique NPR, le 4 septembre.