Des recettes de bière à base de cannabis ont été réalisées par certains microbrasseurs.

De la bière au pot dans les microbrasseries?

La marijuana pourrait s’avérer un nouveau marché d’affaires pour des microbrasseries québécoises. Des recettes à base de cannabis ont d’ailleurs été réalisées par certains brasseurs.

Impossible toutefois d’obtenir le nom de ces artisans. Le produit étant toujours illégal, et ce, jusqu’en 2018. La semaine dernière, Québec annonçait que le cannabis sera vendu à partir du 1er juillet dans des succursales de la Société québécoise de cannabis. Il y aura 15 points de vente en 2018 et il pourrait y en avoir jusqu’à 150 d’ici trois ans à travers la province. 

«Certains se sont essayés par le passé dans leur sous-sol, mais il n’y a actuellement aucune production commerciale. On comprend que le pot, c’est le cousin du houblon», indique le président de l’Association des microbrasseries du Québec (AMBQ), Frédérick Tremblay, prudent dans ses réponses. Lorsqu’il y a de l’argent à faire, habituellement, «il y a des gens intéressés [...], mais le sujet n’a pas encore été discuté lors de nos rencontres», poursuit-il. 

Ce dernier assure ne pas être de ceux qui souhaitent, à partir de son établissement de Charlevoix, brasser des recettes à base de marijuana. Il est d’avis que certains joueurs vont toutefois emboiter le pas lorsque le pot sera légal.

En octobre 2016, une étude de la firme Deloitte avançait que le marché du cannabis récréatif pourrait générer plus de 22 milliards $ au Canada pour le secteur alimentaire. D’ailleurs, l’un des plus importants producteurs de bières et de vins au monde, Constellation Brands, a investi 245 millions $ au mois d’octobre dans ce marché en achetant 9,9 % des actions de Canopy Growth, un producteur de cannabis médical basé en Ontario. 

«La» transaction

Lundi, l’AMBQ a amorcé à Québec son huitième congrès annuel. L’un des sujets sur toutes les lèvres était la récente transaction entre Le Trou du Diable et le brasseur Molson-Coors. Le montant de l’entente n’a pas été dévoilé. 

«C’est une transaction qui a créé tout un émoi. Pourtant, ce n’est pas la première, il y a eu Unibroue qui a été vendue à Sleeman [2004] ou Archibald à Labatt [2016]», rappelle M. Tremblay. «On voit toutefois une consolidation du marché. Les grands brasseurs s’intéressent à notre industrie. On voit que la tendance va vers les microbrasseries», poursuit-il, notant que son industrie rafle entre 8 % et 10 % des parts de la consommation de bière au Québec. 

Le patron de l’AMBQ ne cache pas que son secteur d’affaires sera appelé à se renouveler au cours des prochaines années. La compétition provient maintenant de l’Ontario, des États-Unis ainsi que de l’Europe.

«Nous sommes rendus à un point où la manière de faire doit changer», estime-t-il. «Est-ce que nous sommes condamnés à vendre aux gros joueurs pour réussir? Pas nécessairement. Présentement, le tiers des microbrasseries au Québec sont dans des municipalités de moins de 10 000 habitants. Cela veut dire que certains entrepreneurs ont comme modèle d’affaires de miser sur leur région. Il y a encore de la place pour de nouveaux brasseurs», poursuit-il. 

Selon M. Tremblay, d’autres transactions du genre sont à prévoir au cours des prochaines années. Il estime que «tous les joueurs ou presque» dans son secteur d’affaires ont déjà été approchés pour être achetés.

«Il va y avoir du mouvement, c’est clair. [...] Le gouvernement va devoir agir. On lui demande entre autres depuis un bon moment de permettre des échanges entre les microbrasseries. Par exemple, une compagnie pourrait se servir des installations d’une autre pour brasser sa bière en canette au lieu d’en bouteille. Cela permettrait de répondre aux demandes des consommateurs», note M. Tremblay. «Notre crainte, c’est qu’il ait des ententes d’exclusivité entre de gros groupes et des détaillants. Avec une transaction comme Le Trou du Diable, il ne faut pas que les autres microbrasseries n’aient plus d’espace sur les tablettes», ajoute-t-il, souhaitant que le gouvernement instaure une politique de développement pour son industrie. «Le gouvernement est frileux. Il faut qu’il s’assure que la bataille soit à armes égales», conclut-il.