C’est à plus de 10 000 km du Québec, dans les îles du Pacifique, que Rémy Ruaroo a réussi à trouver un employeur en Amérique du Nord.

Cuisinier de Tahiti à Québec

Pour combler le manque de main-d’oeuvre, plusieurs restaurants parrainent des cuisiniers internationaux dans leurs démarches d’immigrations. C’est le cas de Rémy Ruaroo. Arrivé directement de Tahiti, ce cuisinier souhaitait relever de nouveaux défis, ici, à Québec, loin des plages et de l’eau turquoise.

C’est une journée chaude et ensoleillée. Le Vieux-Québec est surpeuplé de touristes. Les passants se pressent à l’ombre et se rafraîchissent sur les terrasses de restaurants. Avec les yeux marron, les cheveux bruns et plusieurs tatouages dessinés sur les bras, Rémy Ruaroo attend devant le restaurant Chez Jules. Depuis la mi-juin, ce bistro français est sa nouvelle maison. «Ça faisait 13 ans que je travaillais sur un bateau de croisière qui faisait toutes les îles Marquises, et j’ai fait tous les postes. Je voulais un changement radical», explique-t-il. Curieux, il est venu apprendre de nouvelles techniques pour cuisiner. Il s’est engagé pour les deux prochaines années à Québec. «Ça change un peu des langoustes et des poissons que je faisais aux Marquises et à Tahiti», s’esclaffe-t-il.

Descendant de cuisiniers 

Rémy a toujours baigné dans le milieu de la restauration. «Depuis que je suis petit, j’ai grandi dans la restauration, mon grand-père vient de Paris, c’est un cuisinier, et il a eu quatre restaurants à Tahiti. Il est resté avec ma grand-mère, une Tahitienne. Ma mère est chef à Tahiti. On est tous dans la restauration», détaille-t-il. Il est cependant le premier à partir du nid familial et s’établir au Canada. «Je suis parti travailler dans un bateau de croisière, et ensuite, je suis arrivé ici», indique-t-il.

Les groupes Facebook

C’est à plus de 10 000 km du Québec, dans les îles du Pacifique, que Rémy a réussi à trouver un employeur en Amérique du Nord. Il a publié une lettre de motivation et son CV dans un groupe Facebook. «J’ai écrit que je cherchais un travail, et j’ai tout de suite eu des réponses», souligne-t-il. Avec la pénurie de main-d’œuvre, la copropriétaire du restaurant Chez Jules, Michelle Doré, passait des heures et des heures sur les groupes Facebook pour recruter des cuisiniers de qualité. Lorsqu’elle a vu la publication de Rémy, elle s’est empressée de le contacter. «Je me rappelle, il était tard à cause du décalage horaire. J’avais de la difficulté à dormir, donc j’étais la première à voir son message», se réjouit-elle.

Manque de main-d’œuvre

Avec la pénurie de main-d’œuvre que connaît le Québec, le recrutement international est une solution plus qu’efficace. «Les sept employés dans la cuisine, ce sont tous des Français que nous sommes allés chercher. Mais on a encore besoin de gens», explique Michelle Doré. Très heureuse d’être entrée en contact avec Rémy, elle l’a accueilli les bras ouverts. «Le recrutement international, c’est bien, surtout pour ici, car on a vraiment besoin de la main-d’œuvre. Tu le vois vraiment sur le terrain», observe Rémy.

De plus en plus populaire

Selon le professeur au département des relations industrielles de l’Université Laval, Michel Racine, le recrutement international est beaucoup plus employé par les entreprises. «Cela n’existe pas depuis très longtemps. Le recrutement international est de plus en plus appuyé par les organisations qui appuient le développement des entreprises dans la région», explique-t-il. Pour pouvoir recruter à l’international, il y a toutefois plusieurs démarches à faire. «Quand on va ailleurs dans le monde, il faut prouver qu’on n’est pas en mesure de trouver des candidatures ici au Québec avant de pouvoir aller à l’international», réplique-t-il. Les procédures sont aussi complexes pour le travailleur. «Pour la biométrie, qui n’a même pas duré 15 minutes, j’ai dû me déplacer à Paris qui est quand même très loin de Tahiti», déplore Rémy. Malgré son lot de défis, le recrutement international peut être autant bénéfique pour l’employeur que l’employé. «Dans le secteur de la restauration, ça permet d’enrichir les menus et ça permet aux restaurants de rester ouverts», souligne M. Racine. Aujourd’hui, le restaurant Chez Jules offre un dessert à saveur tahitienne, une touche spéciale de Rémy. «J’ai rapporté un kilo de vanille de Taha’a. On fait des crèmes brûlées avec celle-ci, et c’est excellent», se réjouit-il.