Le ministre responsable de l’Outaouais et député de Papineau, Mathieu Lacombe, a participé à une rencontre sur la crise forestière.

Crise forestière en Outaouais: des élus réclament l’intervention de Québec

À l’unisson, des élus de l’Outaouais demandent à Québec d’intervenir rapidement afin de sauver l’industrie forestière régionale qui a été frappée de plein fouet dans les dernières semaines. D’abord par la fermeture temporaire de l’usine Fortress, à Thurso, puis par la décision de vendredi dernier de Lauzon Planchers, à Papineauville, de cesser immédiatement toutes ses coupes forestières, ce qui entraînera d’ici la fin novembre une perte d’emploi pour quelque 165 travailleurs.

Des mesures transitoires instaurées par le provincial afin d’assurer la continuité des opérations forestières en Outaouais et la mise sur pied d’un comité de travail qui serait responsable d’analyser l’industrie et de « recommander des solutions durables » pour garantir la viabilité ce secteur d’activités : c’est essentiellement ce que réclament au gouvernement caquiste le maire de Thurso et préfet de la MRC de Papineau, Benoît Lauzon, et sa collègue préfète de la MRC de la Vallée-de-la-Gatineau, Chantal Lamarche, qui ont convoqué une réunion d’urgence, lundi matin, à l’hôtel de ville de Thurso, afin de faire le point sur la crise qui sévit dans l’industrie forestière régionale.

Le ministre responsable de l’Outaouais et député de Papineau, Mathieu Lacombe, de même que la préfète de la MRC de Pontiac, Jane Toller, le député fédéral d’Argenteuil-La Petite-Nation, Stéphane Lauzon, et le député provincial du comté de Gatineau, Robert Bussières, étaient notamment présents à cette réunion. Des représentants de l’industrie ont aussi assisté aux échanges.

Premier à prendre la parole devant les médias, Benoît Lauzon, qui a qualifié la situation de « l’une des pires crises de l’histoire de l’industrie forestière en Outaouais », a logé ces deux demandes au gouvernement provincial. Le conseil de la MRC de Papineau tiendra d’ailleurs une assemblée spéciale, mercredi après-midi, afin d’entériner les deux demandes.

« Ça prend des mesures transitoires et un comité d’analyse pour assurer la viabilité de l’industrie forestière pour l’ensemble de l’Outaouais. Notre objectif, c’est que l’ensemble de nos travailleurs retournent au travail le plus tôt possible », a affirmé le premier magistrat de Thurso.

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Les élus sont demeurés vagues sur la nature exacte des « mesures transitoires » réclamées. On parle notamment d’argent pour éponger la hausse des coûts d’approvisionnement, mais aucun chiffre n’a été évoqué précisément lors de la conférence de presse. 

Michel Pitre, vice-président pour Lauzon Planchers de bois exclusifs, soutenait vendredi dernier, en entrevue avec Le Droit, que 2000 $ par hectare de coupe effectuée en forêt publique seraient suffisants pour éponger les pertes engendrées depuis six ans par les entreprises. 

Selon Benoît Lauzon, c’est tout le régime forestier québécois, en vigueur depuis 2013, qui doit être revu et « adapté à la réalité du milieu ». Depuis l’entrée en vigueur de celui-ci, les coûts en approvisionnement ont bondi de 35 %, selon les données évoquées par les entreprises forestières de l’Outaouais.

C’est pourquoi un comité de travail spécial doit être créé pour cibler des solutions pour le long terme. Le préfet Lauzon et sa collègue Chantal Lamarche demandent de pouvoir siéger à ce comité. 

« On a beau parler de la Chine, des États-Unis et de tout ça (pour Fortress), on a zéro contrôle là-dessus. Quand le nouveau régime forestier est arrivé en 2013, les coûts d’approvisionnement des usines étaient censés baisser de 2 $ du mètre cube. Le contraire a eu lieu. Il a augmenté de 30 $ du mètre cube. Quand quelqu’un tousse aujourd’hui dans l’industrie forestière, tout le monde attrape la grippe. C’est impensable de continuer comme ça. On pense relancer une papetière et amener un investisseur ici (pour Fortress), mais un investisseur, la première chose qu’il regarde, c’est : “Est-ce que j’ai l’approvisionnement pour mon usine et combien ça me coûte ?” Avec le régime forestier qu’on a ici présentement en Outaouais, c’est impensable », a affirmé M. Lauzon.

Les élus se sont dits satisfaits de l’écoute du ministre Lacombe. « On va laisser M. Lacombe retourner à Québec et on va être en attente du gouvernement en place pour répondre à nos deux demandes qui sont assez urgentes », a souligné Chantal Lamarche.

Aucun engagement

En mêlée de presse, le ministre Mathieu Lacombe a précisé que l’objectif de cette rencontre « initiée par les gens du milieu » n’était pas de procéder à une annonce officielle, mais bien d’échanger sur le dossier. M. Lacombe a dit avoir pris bonne note des requêtes formulées à son endroit. Il a affirmé être en constante discussion avec son collègue Pierre Dufour au ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs.

En ce qui concerne une éventuelle modification au régime forestier, le député de Papineau n’a pas voulu se mouiller.

« Je pense qu’il est trop tôt pour nous avancer là-dessus, mais définitivement qu’il faut trouver des solutions pour l’Outaouais. Il faut trouver des solutions pour l’Outaouais parce que là, nous avons une crise. On s’attendait dans une certaine mesure à ce qu’il y ait des conséquences qui suivent la fermeture de Fortress, mais nous sommes au travail », a mentionné M. Lacombe.

Les intervenants autour de la table ont d’ailleurs pressé le gouvernement de réagir rapidement au « jeu de domino » amorcé par Fortress. Les élus municipaux craignent d’autres fermetures d’entreprises dans les prochaines semaines. 

L’usine de sciage de bois franc située à Namur, Forespect, a dû licencier une dizaine de ces 50 employés depuis que Fortress a cessé ses opérations, le mois dernier. Selon le directeur de l’approvisionnement chez Forespect, Robin Leggett, la scierie pourrait devoir mettre à pied d’autres travailleurs au fil des prochains jours si Québec n’intervient pas. L’arrêt de Fortress, dont l’alimentation en copeaux et en bois de pâte provenait entre 25 % et 30 % de l’entreprise Lauzon, a déclenché un « effet d’enchaînement » sur l’industrie régionale, mais le régime forestier demeure le vrai problème à l’origine de la crise actuelle, estime M. Leggett.

« Ça prend ce joueur-là (Fortress) dans la chaîne. Avec cette maille manquante, ça crée un déséquilibre. La chaîne est brisée. On peut livrer à d’autres acheteurs, mais ça va nous coûter plus cher. Sur le long terme, ce sont les coûts d’approvisionnement qui nous font mal. C’est ce qui fait tout basculer les opérations forestières », a mentionné M. Leggett.