COVID-19: des travailleurs étrangers pourront encore traverser la frontière

Jean-Philippe Angers
La Presse Canadienne
MONTRÉAL - L'Union des producteurs agricoles (UPA) se dit «soulagée» de la décision du gouvernement fédéral, qui a indiqué que les travailleurs étrangers temporaires (TET) pourront entrer au pays, malgré la fermeture de la frontière entre le Canada et les États-Unis et d'autres restrictions de déplacement.

«Le gouvernement canadien a pris la bonne décision. Empêcher la venue de ces travailleurs aurait entraîné des conséquences désastreuses sur le secteur agricole, plus particulièrement horticole (fruits, légumes, etc.), mais surtout sur le coût du panier d'épicerie des Canadiens et des Canadiennes», a déclaré par communiqué le président général de l'UPA, Marcel Groleau.

Plus tôt mercredi en conférence de presse, M. Groleau avait exprimé ses vives inquiétudes sur le risque d'une incapacité pour ces travailleurs d'entrer au pays.

L'UPA, l'Association des producteurs maraîchers du Québec, le Conseil de la transformation alimentaire du Québec et Sollio Groupe Coopératif avaient fait valoir qu'en raison de la pénurie de main-d'oeuvre dans le secteur agricole, la présence au Québec des quelque 16 000 travailleurs étrangers temporaires en provenance du Mexique, du Guatemala et d'autres pays était «essentielle à la filière agroalimentaire québécoise».

«Sans leur arrivée à partir du mois prochain, plus particulièrement dans le secteur horticole, la saison de production était compromise et ouvrait la porte à une explosion de la facture d'épicerie. C'est pourquoi une exemption était demandée pour ces travailleurs, accompagnée d'un protocole très strict pour encadrer leur arrivée», a indiqué M. Groleau à la suite des précisions apportées par Ottawa et le gouvernement du Québec.

L'UPA a dit être en communication avec les autorités gouvernementales concernées pour obtenir tous les détails.

«Il est toutefois possible qu'un certain nombre de travailleurs étrangers temporaires, compte tenu de la pandémie, ne puisse se rendre au Canada. La recherche de main-d'oeuvre québécoise, par le biais des centres d'emploi agricole, est donc toujours en cours», a affirmé l'organisation.

Mercredi, en conférence de presse, le ministre fédéral de la Sécurité publique, Bill Blair, a dressé une liste des étrangers, Américains ou d'ailleurs, qui pourront continuer à entrer au Canada. Les travailleurs étrangers temporaires en font partie.

«Ils pourront entrer au Canada, en se soumettant à un isolement de 14 jours», a déclaré le ministre Blair.

À Québec, le premier ministre François Legault a dit avoir discuté de cet enjeu avec le premier ministre Justin Trudeau et la vice-première ministre Chrystia Freeland.

«L'objectif du fédéral est de permettre à tous les travailleurs temporaires étrangers qui ont déjà un emploi de prévu ici d'entrer ici», a dit M. Legault en réponse à une question sur les travailleurs temporaires.

«Mais il y a des exceptions, comme si on parle d'agriculture, le Guatemala a fermé ses aéroports pour ses vols commerciaux. Mais si par exemple, une compagnie québécoise, canadienne, nolisait un avion pour aller chercher des personnes là-bas pour les amener ici, le gouvernement fédéral serait d'accord pour les accueillir», a relaté M. Legault.

Il a dit vouloir rassurer les agriculteurs.

«On est en train de faire une entente qui va marcher avec le gouvernement fédéral pour que ces travailleurs-là puissent venir faire le travail qu'ils font actuellement durant l'été», a expliqué le premier ministre.

Le premier ministre Justin Trudeau a confirmé, mercredi, la fermeture de la frontière entre le Canada et les États-Unis à la «circulation non essentielle». Cette fermeture de la frontière canado-américaine durera «autant que ce sera nécessaire», a fait savoir M. Trudeau, et les restrictions aux déplacements ne s'appliqueront pas aux «échanges commerciaux».

Le président des États-Unis, Donald Trump, a relayé le même message.

Mardi, M. Trudeau a annoncé que dès mercredi midi, sauf pour quelques exceptions, les frontières canadiennes seraient fermées à tous ceux qui ne sont pas des citoyens canadiens ou des résidents permanents.

Appel à Ottawa de la FCEI

Plus tôt, la Fédération canadienne de l'entreprise indépendante (FCEI) avait dit joindre sa voix à celle de l'UPA pour demander que les travailleurs étrangers temporaires du Mexique, du Guatemala et des autres pays d'Amérique latine, puissent continuer de travailler au Québec.

«Il est urgent que le Canada s'entende avec les pays concernés afin d'assurer une circulation sécuritaire et sanitaire de ces travailleurs avant le réchaud printanier», a affirmé par communiqué François Vincent, vice-président à la FCEI.

En se basant sur un sondage effectué pour la FCEI, l'organisation soutient que 75 % des exploitants agricoles au Canada ne pourraient pas fonctionner sans travailleurs étrangers.