L’Outaouais est frappée par une pénurie de main-d’œuvre dans l’industrie de la construction. La réalité frontalière de la région pourrait fausser les données.

Construction: une pénurie difficile à évaluer

La région de l’Outaouais est happée de plein fouet par la pénurie de main-d’œuvre dans l’industrie de la construction. Et en raison du contexte frontalier, les statistiques disponibles pourraient bien être « que la pointe de l’iceberg », affirme l’Association de la construction du Québec (ACQ).

Selon une étude de la firme Raymond Chabot Grant Thornton commandée par l’organisation, alors que les grues et les pelles mécaniques sont très actives en Outaouais, il manquera en moyenne 300 travailleurs par an dans la région au cours de la prochaine décennie. Sur la liste des métiers pour lesquels la pénurie risque de continuer à s’aggraver localement, on retrouve entre autres les ferrailleurs, les opérateurs d’équipement lourd, les manœuvres et les poseurs de systèmes de systèmes intérieurs.

Pour aborder cette situation jugée alarmante, l’ACQ effectue cet automne une tournée provinciale. Celle-ci s’est arrêtée à Gatineau mercredi, alors que des dizaines d’intervenants du milieu étaient réunis pour discuter des solutions à court, moyen et long terme.

« Même si la construction se porte très bien dans la région, quand on analyse l’offre et la demande de main-d’œuvre, c’est somme toute difficile de recruter en Outaouais. Nos entrepreneurs le disent. On propose de faire davantage la promotion des métiers de l’industrie. Ils ne sont souvent pas tous connus, les jeunes pensent qu’il n’y a que des charpentiers-menuisiers ou des plombiers, etc. Il y a plein d’autres emplois où l’on peut avoir d’excellentes carrières et c’est payant, avec 40 $ l’heure en plus des assurances et du fonds de pension », affirme Jean-Philippe Cliche, économiste à l’ACQ.

Ce dernier soutient que le virage technologique est aussi « un incontournable », rappelant que le design 3D permet de régler plusieurs problèmes en amont et d’être ensuite « plus efficace pendant la construction ».

L’ACQ prévient que les statistiques avancées pour l’Outaouais ne représentent qu’une partie de la réalité.

« C’est une région pour laquelle on a eu de la difficulté à obtenir des données précises, car beaucoup de gens vont travailler à Ottawa et reviennent faire quelques heures de ce côté-ci de la rivière. Les heures à Ottawa ne sont pas comptabilisées comme ici au Québec », indique-t-il.

Les besoins sont à ce point importants dans la région que pour certains métiers, par exemple les peintres et les couvreurs, les bassins de main-d’œuvre sont ouverts presque durant toute l’année, c’est-à-dire que les intéressés n’ont pas à détenir un diplôme d’études professionnelles.

L’étalement des travaux sur une période de 12 mois est une autre solution à étudier pour atténuer la pénurie de main-d’œuvre, selon l’ACQ.

« Dans les écoles par exemple, les commissions scolaires vont souvent donner des contrats en voulant que les travaux soient effectués sur une période de quelques mois ou uniquement durant l’été. Dans le contexte actuel, ça devient presque impossible à faire. Il va falloir voir à étaler les travaux sur toute l’année. Il y a des façons de faire, on le voit dans les hôpitaux, les universités. Une autre solution à étudier, c’est une meilleure gestion des ressources humaines. Il y a une certaine culture en chantier qu’on gagnerait à modifier. Le taux de roulement est relativement élevé dans notre industrie », lance M. Cliche.

On propose également un assouplissement pour la réglementation liée à l’accès à l’industrie.

« Les cartes de compétence ne sont pas toujours faciles à obtenir, il y a un effort qui doit être fait pour aller chercher une clientèle qui n’est pas typique dans le domaine, comme des femmes ou des immigrants. L’industrie a un avantage majeur par rapport au commerce de détail et à la restauration, on paie presque le double du salaire médian », analyse-t-il.

M. Cliche précise que l’ensemble des solutions proposées sont loin d’être la panacée et que la pénurie de main-d’œuvre ne se réglera pas du jour au lendemain.

Dans un sondage réalisé l’été dernier par la Commission de la construction du Québec (CCQ), à peine 1 % des entrepreneurs en construction ont dit que les difficultés à embaucher sont moins intenses qu’il y a 12 mois.