L’an dernier, les ventes générées pendant le week-end de l’Action de grâce ont chuté de 4,2 pour cent, tandis que l’achalandage reculait de 4,4 pour cent, selon les données de la firme RetailNext.

Le Vendredi fou s’assagit

VANCOUVER — Les images chaotiques de consommateurs qui se bagarrent dans les portes pour être les premiers à profiter des aubaines sont devenues synonymes du Vendredi fou («Black Friday») au fil des ans.

Toutefois, la frénésie des emplettes qui balaie habituellement les commerces et les centres commerciaux le lendemain de l’Action de grâce américaine semble être en perte de vitesse, maintenant que certains détaillants ont décidé d’abandonner la tradition et que des consommateurs choisissent de faire leurs achats en ligne.

«Dans les années 70 et 80, si on voulait se distinguer du lot en tant que compagnie, il fallait participer à cet événement, a expliqué Markus Giesler, de l’université torontoise York. Aujourd’hui, c’est exactement l’inverse.»

Sites Internet fermés et jour de congé

Le détaillant de vêtements en ligne ModCloth, par exemple, a annoncé plus tôt cette année que son site serait fermé le jour du Vendredi fou et que la compagnie donnerait 5 millions $ de vêtements à une organisation sans but lucratif.

«Ça a été amusant, Black Friday. Il y a eu les aubaines et les vols, mais cette année, nous cherchons les sentiments», a indiqué la compagnie sur son blogue.

Le détaillant de produits pour l’extérieur REI, en revanche, ferme ses magasins pour le Vendredi fou depuis deux ans, offre un congé payé à ses employés et encourage la population à participer à une nouvelle tradition en allant plutôt jouer dehors.

Ces marques suivent les consommateurs qui s’éloignent de la consommation de masse, a dit M. Giesler.

Des mouvements auparavant marginaux comme la Journée sans achat (Buy Nothing Day) — une manifestation anticonsommation organisée le jour du Black Friday — le sont de moins en moins, maintenant que les consommateurs choisissent le minimalisme et qu’ils sont plus conscients de l’impact de leurs achats sur l’environnement, leur santé et leur vie.

«Je ne serais pas surpris d’entendre mes voisins dire qu’ils ont renoncé au centre commercial et au Black Friday», a ajouté M.Giesler.

L’an dernier, les ventes générées pendant la fin de semaine de l’Action de grâce américaine ont chuté de 4,2 %, tandis que l’achalandage reculait de 4,4 %, selon les données de la firme RetailNext.

Une semaine de rabais

Deux facteurs semblent avoir modifié la perception qu’a la population du Black Friday, selon JoAndrea Hoegg, de l’Université de la Colombie-Britannique : les ventes durent environ une semaine, au lieu d’une seule journée, et Internet permet aux consommateurs de dénicher des aubaines toute l’année, a-t-elle expliqué.

«Les achats semblent moins urgents, dit-elle. On s’énerve de moins en moins que c’est la journée de l’année — ça et le Boxing Day —, où on peut vraiment trouver des aubaines incroyables.»

Elle considère néanmoins que la frénésie n’est pas entièrement passée, surtout en ligne. Les consommateurs américains ont dépensé 30,39 milliards $US entre le 1er et le 22 novembre, selon les données d’Adobe Analytics, qui couvrent 80 % des 100 plus gros détaillants en ligne des États-Unis. Cela représente un bond de 18 % sur un an.

À 17h jeudi, le jour de l’Action de grâce, la compagnie rapportait des dépenses en hausse de 17 % depuis l’an dernier, soit 1,52 milliard $US déboursés en ligne.

Le Web en profite

Pour les consommateurs que l’aspect social du Vendredi fou laisse indifférents, les achats en ligne sont logiques, dit Mme Hoegg. «On évite les foules et les aubaines sont essentiellement les mêmes.»

Certaines industries profitent d’une renaissance en ligne lors du Vendredi fou, selon M. Giesler, puisque les firmes technologiques ont la réputation d’offrir des aubaines «légendaires».

Les consommateurs qui veulent un Alexa d’Amazon, un système Hue de Phillips, un thermostat Nest ou d’autres technologies, dit-il, écument le web à la recherche d’aubaines du Vendredi fou.

«Je n’achèterai peut-être pas un téléviseur géant chez Best Buy, a-t-il expliqué, mais je vais peut-être visiter Amazon ou Nest ou Ecobee pour m’acheter un peu de technologie.»

Selon le cabinet Deloitte, pour la première fois depuis qu’il réalise son enquête, c’est-à-dire 32 ans, les dépenses réalisées sur Internet devraient dépasser celles dans les magasins traditionnels dans une proportion de 51 % face à 42 %, les 7 % restants venant des ventes sur catalogues et publipostage.  Avec AFP

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Grève chez Amazon en Allemagne et en Italie

Des salariés d’Amazon en Italie et en Allemagne ont entamé vendredi une grève pour alerter sur leurs conditions de travail à l’occasion du Vendredi fou.

En Allemagne, l’appel à la grève a mobilisé 2000 salariés sur six sites d’Amazon.

«C’est le meilleur jour pour nous faire entendre et mettre la pression sur cet employeur qui nous ignore depuis des années», avait dit jeudi Thomas Voss, porte-parole du syndicat allemand Verdi.

«Amazon joue avec la santé de ses employés. La pression pour faire plus en un minimum de temps, les évaluations de performance et la surveillance sont permanentes», alors que les temps de récupération sont «insuffisants», dénonce le syndicat.

À Berlin, quelques centaines de manifestants se sont rassemblés devant un site d’Amazon au slogan de «Bloquons le Black Friday», et «Faites payer Amazon».

En Italie, le centre de distribution Amazon de Castel San Giovanni était également concerné vendredi par un appel à la grève.

Le Vendredi fou a généré en 2016 en Allemagne quelque 2,6 milliards $ de ventes, associé au «Cyber Monday» qui concerne le commerce en ligne, selon la fédération allemande du commerce.