À Paris, 13 lignes de métro sur 16 étaient fermées dimanche du fait de la grève.

Conflit sur les retraites: le ton monte en France

PARIS — Au 25e jour du conflit social en France sur la réforme des retraites, le ton s’est durci dimanche entre le puissant syndicat CGT et le gouvernement, chacun se renvoyant la responsabilité de l’enlisement de la situation.

En attendant les voeux mardi du président français Emmanuel Macron pour le nouvel an et une éventuelle initiative de sa part, les perturbations dans les transports ont continué comme depuis plus de trois semaines, en particulier en région parisienne.

À Paris, 13 lignes de métro sur 16 étaient fermées dimanche du fait de la grève, mais la direction de la Régie autonome des transports parisiens (RATP), qui gère le réseau, a annoncé dans la soirée que seules deux lignes resteraient fermées lundi, avec une circulation néanmoins partielle sur les autres.

Alors qu’aucune négociation n’est prévue d’ici au 7 janvier, Philippe Martinez, le secrétaire général de la Confédération générale du travail (CGT), le deuxième syndicat de France, a accusé le gouvernement dans l’hebdomadaire Journal du Dimanche d’organiser «le bordel» et de jouer «le pourrissement» du mouvement social, qui est déjà le plus long dans le pays depuis la fin des années 1980 et est soutenu par une majorité de la population.

«Ils se sont dit "On va leur coller les ultimatums pendant les fêtes de Noël". Emmanuel Macron se veut l’homme du nouveau monde, mais il imite Margaret Thatcher», première ministre britannique conservatrice (1979-1990) réputée pour son intransigeance face aux mouvements sociaux, cingle-t-il.

Dans le même journal, le secrétaire d’État aux Transports Jean-Baptiste Djebbari fustige un syndicalisme «de blocage», voire «d’intimidation», de la part de la CGT, dénonce «une pression qui s’exerce de façon anormale sur une partie des cheminots» pour qu’ils participent au mouvement de grève, et assure avoir invité la CGT-Cheminots et un autre syndicat, Sud-Rail, à discuter de la réforme.

Ce qu’a immédiatement démenti la CGT des cheminots, disant n’avoir «pas été contactée une seule fois par ses services depuis le début de la grève».

Macron quasi muet

Le président de la République, élu en 2017 sur la promesse de réformer notamment le système des retraites, est resté quasiment muet sur le conflit depuis des semaines, laissant son premier ministre Edouard Philippe en première ligne pour défendre le projet de système «universel» de retraite à points. Il s’est contenté depuis la Côte d’Ivoire d’un vain appel à la trêve pour Noël avant de se retirer au fort de Brégançon, dans le sud-est de la France.

Il se ménage ainsi une possible fenêtre de tir lors de ses voeux le 31 décembre pour débloquer la situation, sauf s’il opte pour le bras de fer, au risque de radicaliser les opposants.

Le chef de l’État est en particulier attendu sur un possible aménagement de l’âge pivot (celui auquel il est possible d’avoir une retraite à taux plein), que l’exécutif prévoit d’instaurer dès 2022 et d’assortir d’un bonus-malus: une «ligne rouge» pour la CFDT, premier syndicat du pays, qui en demande le retrait.

Le président peut aussi vouloir tenter de mieux expliquer un système à points qui déroute les Français.

Mettre en avant à nouveau la suppression des régimes spéciaux - au nombre aujourd’hui de 42 - risque de ne pas suffire, alors qu’une majorité de Français juge positivement le mouvement social. Et que le gouvernement a préservé les militaires et accordé des dérogations aux policiers, puis aux pilotes ou aux danseurs de l’Opéra de Paris, notamment. D’autres, en revanche, perdraient la possibilité de prendre leur retraite avant l’âge en vigueur pour la plupart des Français. Mesure d’équité, argue le gouvernement.

L’opposition attend elle aussi une initiative. La gauche lui demande de retirer sa réforme lors de ses voeux. La droite réclame «des clarifications» et insiste sur la prise en compte de la pénibilité du travail, possible levier des négociations.